mercredi 23 mai 2012

Bruno Bertez : La Bourse est un piège. Nième avertissement

A Chaud!!!!Du Mercredi 23 Mai 2012 : La Bourse est un piège. Nième avertissement par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Nous nous souvenons, en 2009 alors que les mesures monètaires non conventionnelles et les dépenses keynésiennes se dessinaient, nous nous souvenons avoir écrit : “Sur le long terme la seule position possible est l’achat d’actions. Nous ne croyons pas à une hausse réelle des assets à risque, mais nous croyons dur comme fer à une hausse de misère.”

Nous définissons la hausse de misère comme provoquée par la surabondance de monnaie et sa détérioration. La hausse de misère ne protège pas contre la dépréciation de la monnaie, mais elle est permet une relative protection. L’activité vivante des entreprises permet une meilleure défense que le contrat mort que constituent les titres de dettes.



Attention la hausse ne sera pas linéaire, au contraire, elle sera faite d’alternances sanglantes dans lesquelles vous risquez au passage d’être ruinés. Le système joue contre vous, il veut votre argent, il veut que vous vous en déssaisisiez au profit des Banques et des Gouvernements ; que vous en sépariez volontairement, comme dans les émissions en capital des Banques ou malgré vous, en spéculant alors que tout est conçu pour que vous perdiez.

Seuls les prédateurs peuvent intervenir sur les marchés, si vous n’en faites pas partie abstenez vous. Plus que jamais il ne faut pas être propriétaire d’un portefeuille, il faut en être locataire. Les vrais intervenant utilisateurs finaux gagnent toujours sur la spéculation, la spéculation bonifie la fortune des vrais opérateurs.

Comprenez une fois pour toute : Personne ne veut votre bien, ce que l’on veut c’est votre argent, vos économies, votre capital retraite, ils en ont besoin. Qui ils ? Les Banques, le Gouvernement et leurs comparses. La prédation boursière organisée est le complément des autres armes de la panoplie de la répression financière.

Mème Greenspan l’avoue ! Greenspan, l’ex messie de l’argent facile, est un indicateur contrarian, il a trouvé il y a quelques jours quelqu’un pour l’interviewer et il a trouvé le moyen de déclarer que les actions n’étaient pas chères, que les primes de risque étaient au plus bas et donc qu’il fallait acheter. Donc si Greenspan dit qu’il faut acheter c’est qu’il faut vendre, il s’est trompé sur tout !

Les actions sont surévaluées, n’écoutez pas ceux qui vous disent le contraire ; Elles sont surévaluées parce que les marges bénéficiaires actuelles des entreprises sont intenables, elles sont 50 à 70 % supérieures aux moyennes historiques, parce que le partage de la valeur ajoutée entre le capital et les salaires est à un record historique en faveur du capital, enfin parce que les taux d’intérêts qui sont utilisés pour actualiser les cash flow des entreprises sont au plancher historique. Et nous ajoutons, parce que les chiffres d’affaires sont gonflés par les dépenses et les revenus keynésiens et que ceci ne saurait se poursuivre.

Sitôt que les taux d’intérêt vont remonter, la valeur des actions va s’effondrer, c’est mathématique ; et c’est voulu, cyniquement voulu. On fait des bulles, on gonfle, ensuite on claque, ensuite on nettoie, c’est la régulation par l’accordéon des bulles.

La seule hypothèse qui permet de justifier la valorisation des assets à risque est l’hypothèse de la dévalorisation de ce avec quoi on achète une action, la monnaie. C’est la perte de valeur de la monnaie dont on se sert pour acheter les actions qui justifie, par anticipation les niveaux actuels. La disproportion entre la masse de monnaie disponible et à venir et le volume des actions disponibles crée une sorte de réserve de valorisation pour les actions. La même chose pour l’or métal, mais en accentué car l’or métal est plus rare.

Le problème est que avant que l’inflation potentielle contenue dans le prix des actions se révèle, vous pouvez avoir été ruiné 10 fois.

Le système a besoin de reprendre tous les excès et au delà et il est évident que c’est aux plus faibles qu’il entend le reprendre au profit des plus forts.

Comme le dit un commentateur américain, “trust and truth” ont disparu du système, inutile même de chercher à prévoir, les autorités elles mêmes sont incapables de se représenter ce qui a pu se passer correctement le mois dernier. Ce commentateur est un ancien économiste de la FED de Chicago !

Il nous revient une citation du bon vieux Keynes, mais la référence nous échappe : “Les plus fous ne sont pas ceux qui jouent, mais ceux qui croient avoir gagné”

Le point sur l'Europe

En vrac...

Je commence par la chronique de Lenglet de ce matin, qui explique très bien les euro bonds où il s'agit de noter chaque élève avec la moyenne de la classe. Forcément, les cancres sont super d'accord. Les meilleurs eux ne veulent pas...
La Chronique de François Lenglet
BFM Business, François Lenglet, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Emission de Bunds à 2 ans à 0%. Le bank run rampant et la fuite vers l'Allemagne continue...
Les investisseurs se ruent sur l'emprunt allemand à deux ans 0%
Reuters, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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L'Allemagne a adjugé mercredi 4,56 milliards d'euros de son nouvel emprunt à deux ans zéro coupon, à un rendement bas sans précédent de 0,07%, suscitant néanmoins une forte demande dans un contexte de crise propice à la recherche de valeurs refuges.



L'Autriche aussi ne veut pas des eurobonds :
Austria Joins Germany In Opposing Euro Bonds
Bloomberg via ZeroHedge, 23/05/2012 (traduire en Français texte en anglais )
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Austria’s Finance Minister Maria Fekter said she opposes joint euro-area bonds as they would cost the Alpine republic more interest.

C'est bizarre quand même tous ces pays qui refusent de se porter garants pour la retraite à 50 ans des fonctionnaires grecs. Quels sâââlauds !


On a aussi Egan Jones qui abaisse la note de l'Espagne de BB+ à BB- :
Egan Jones Cuts Spain To BB- From BB+
ZeroHedge, 22/05/2012 (traduire en Français texte en anglais )
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Spain has been weakened by the government deficit of 8.9%, the 24+% unemployment

Spain will inevitably be faced with sizable payments to support its banking sector and for its weaker provinces. Assets of Spain's largest two banks exceed its GDP. We are slipping pour rating to "BB"; watch for requests for support from the banks.



En France, nos politocards en sont réduits à tenter désespérément de décréter la richesse :
La chronique de Christophe Jakubyszyn
RMC, 22/05/2012 (en Français texte en français )
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Et sinon, la BCE après avoir annoncé qu'elle abandonnait les banques grecques, finalement revient avec 100 milliards :
La BCE pourrait fournir aux banques grecques 100 milliards d'euros
easybourse, 22/05/2012 (en Français texte en français )
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Après avoir reçu 18 milliards d'euros par le FESF cette semaine, pour être recapitalisées , les banques grecques devraient être en mesure d'obtenir de nouveau des prêts d'urgence auprès de la Banque centrale européenne.

La BCE avait signalé la semaine dernière avoir arrêté le versement des liquidités à certaines banques grecques en raison de leur faible dotation en fonds propres.

Le Financial Times révèle que cette aide qui s’élèverait à 100 milliards d’euros passerait par la Banque centrale grecque, avec l’approbation secrète de la Banque centrale d’Allemagne.

Le ralentissement chinois continue

La Banque mondiale réduit sa prévision de croissance pour la Chine
Capital, Koh Gui Qing, Marine Pennetier, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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La Banque mondiale a annoncé mercredi qu'elle réduisait sa prévision de croissance économique pour la Chine de cette année, la ramenant de 8,4% à 8,2%, et a exhorté le pays à privilégier la relance par la consommation sur la relance par investissement.


Une Chine au bord de l’implosion économique
hashtable, H16, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Il semble en effet que ce qui devait arriver est en train de se produire exactement comme prévu : la bulle immobilière chinoise est en train d’exploser et avec cette explosion, les prix des matières premières comme le fer et le charbon s’effondrent. À tel point que certains donneurs d’ordre cassent leurs contrats et ne prennent même pas livraison des cargaisons qu’ils avaient achetées.

Du reste, on pouvait se douter qu’il y avait bien un petit problème de bulle immobilière lorsqu’on découvre cet intéressant graphique, qui montre la consommation de ciment dans différents pays rapporté au PIB, le tout par tête de pipe. On notera la présence de deux points aberrants : la Chine et l’Arabie Saoudite…

Consommation de ciment par habitants

Un autre article permet de confirmer la tendance de fond en Chine. Non, la baisse récente de la croissance chinoise n’est pas un petit trouble passager, mais bien une inversion de tendance : là où l’on pouvait s’attendre à une croissance annuelle à 9%, les analystes de différentes banques et fonds d’investissement tablent à présent sur une baisse à 7.5% (comme PIMCO).

Les raisons de ce changement ?

Tout d’abord, un effondrement de la croissance de la production d’électricité. Le graphique (dont les données sont ici) est suffisamment parlant pour que je le reproduise ici :

Evolution de la croissance de la production électrique en Chine

Là où on aurait pu s’attendre à une augmentation de plusieurs points de pourcentage, on se retrouve avec un maigre 0.7% …

Une autre explication réside dans l’effondrement des prêts accordés dans la construction : les banques China Construction Bank Corp, Bank Of China, et Agricultural Bank of China n’ont semble-t-il accordé aucun prêt ce mois-ci, dans l’ensemble. Cet effondrement s’accompagne d’une chute de la consommation des ménages et, bien sûr, d’une dégringolade du secteur immobilier. Si l’on ajoute les articles de la presse chinoise expliquant sobrement que les dettes du secteur commercial atteint des sommets inquiétants, et le petit graphique ci-dessous, pas tout neuf mais éclairant, sur les déficits des gouvernements locaux et nationaux en Chine, on se rend compte que la voie choisie par le leader Wen Jiabao, celle d’un soutien à l’économie par une relance budgétaire, ressemble furieusement à celle choisie par d’autres pays dans des circonstances similaires avec le piteux résultat que l’on sait.

Deficit fiscal de la Chine - SocGen

Au passage, on notera que pour réaliser ce graphique, la Société Générale a utilisé les chiffres de l’augmentation de la dette et non ceux, officiels, des déficits gouvernementaux ; au lieu des 2.3% en 2010, elle obtient alors près de 8%. La différence pourrait être liée à des opérations « hors bilan » dont — par déduction — une bonne partie serait de la bonne grosse relance par la consommation publique, c’est-à-dire du keynésianisme avec tout ce que cela veut dire pour l’avenir : le pire est devant et non derrière nous.

Les signes s’accumulent donc : si les États-Unis patinent dans une épaisse choucroute socialisante et montrent une reprise bien trop timide pour faire illusion, si l’Europe inquiète le reste du monde par ses problèmes monétaires dont tout indique qu’ils vont très mal se terminer, la Chine, de son côté, nous prépare une violente crise économique qui, si l’on en croit les commentaires d’Izabella Kaminska sur FT Alphaville, se double d’un problème aigu de liquidité en dollars (!) : en effet, si la Chine dispose bien d’un stock considérable de bons du trésor américain, elle ne peut pas vraiment les liquider massivement sans envoyer un message désastreux aux marchés qui pourraient largement paniquer devant ces mouvements.

Pour le moment, ces marchés sont plus intéressés par les dollars que les yuans, et le fait que le yuan ne soit pas directement convertible en dollar n’arrange évidemment pas les choses. Or, plus les investisseurs veulent du dollar, moins ils veulent d’exposition en yuan, plus le problème de liquidité de la Chine se fait aigu, et plus le risque d’un éclatement complet de la bulle chinoise se fait jour, éclatement qui, à son tour, incite à diminuer son exposition au yuan et à retirer des dollars de l’économie chinoise.

Or, cette tendance générale est exactement ce qui est observé actuellement : les investisseurs ne parient plus sur une appréciation du yuan, et les capitaux quittent la Chine. « Fuient » serait même plus approprié si on en croit ce petit graphique :

Entrées de capitaux en Chine

Autrement dit : entre la Grèce dont la sortie de l’Euro n’est plus qu’une question de jours (semaines, au plus) et la Chine dont l’économie montre tous les signes avant-coureurs d’une implosion, ce qui reste de l’année 2012 promet d’être particulièrement agité.



Et les chinois qui achetaient des matières premières pour s'endetter dessus (phénomène largement décrit par Mish et repris ici), sont en train de faire défaut, alors que les matières premières tombent :
Chinese Buyers Defaulting On Commodity Shipments As Prices Plunge
ZeroHedge, 21/05/2012 (traduire en Français texte en anglais )
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everyone was convinced prices would only go up, and underlying assets was pledged as debt collateral at > 100 LTV... and then everything blew up. Precisely the same thing is happening in China right now, where buyers of commodities thought prices could only go up, up, up and instead got a nasty surprise: prices went down. Big. As a result, many are not even waiting for their orders to come in, but are defaulting on orders with shipments en route.

At least six defaulted thermal coal cargoes were being re-offered at a discount, traders said, including contracts for shipments from the United States, Colombia and South Africa.

"Many of them signed for the spot cargoes in early April and prices have fallen around $10 a tonne since then. Say if the Chinese traders were buying a cape-sized shipment, they'd be suffering a loss of nearly $1.5 million alone," said a trader at an international firm who has been offered defaulted cargoes.

"That doesn't even take into account the losses on freight rates. So rather than being bankrupted by these deals, they would rather dishonour the contract to survive."

Copper stocks in Shanghai's bonded storage, the biggest in China, are now double the 300,000 metric tons (330,693 tons) average of the past four years and iron ore stocks are about a third more than their 74 million metric tons average.



En tous cas, fort de leur réussite passée, le CIC, le fonds souverain chinois, affirme que le yuan sera la monnaie de réserve de demain :
There Can Be Only One: China Sovereign Wealth Fund Says Renminbi Will Become Reserve Currency
ZeroHedge, 22/05/2012 (traduire en Français texte en anglais )
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CIC'S JIN SAYS RENMINBI WILL BECOME GLOBAL RESERVE CURRENCY

Ce qui est juste techniquement impossible tant que la Chine aura des excédents. La monnaie de réserve est forcément, par définition, celle d'un pays avec des déficits de la balance courante.

Et c'est d'ailleurs ça qui finit généralement par tuer la monnaie de réserve, alors qu'à terme, l'accumulation des promesses de rembourser finit par décrédibiliser l'empire émetteur...

Immobilier : le contrôle des prix engendre la pénurie

Jean-Marc Daniel sur la loi de 48, qui a supprimé le contrôle des loyers sur les logements neufs :
La Chronique de Jean-Marc Daniel
BFM Business, Jean Marc Daniel, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Et Buzy-Cazeaux sur la mise en place de ce contrôle des loyers :
Henry Buzy Cazaux - président de l'Institut du Management des Services Immobiliers
BFM Business, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Perso, je maintiens que ces mesures sont totalement grotesques et contre productives.

Les politocards, de gôche comme de droâte, d'un côté, chient de la mauvaise dette et font de l’inflation comme personne, et de l'autre, il n'arrêtent pas de pondre des lois qui rationnent le logement. Et après, ils s'étonnent que le prix des loyers augmente ?  

Et plutôt que de s'attaquer aux vraies causes, revoilà nos pignoufs dans leurs grandes œuvres. Ils vont juste "interdire" l'inflation   

Toujours la distribution de la pénurie.

Et on aura quelques gusses sélectionnés on ne sait trop comment (surement pour les récompenser d'avoir mis le bon bulletin de vote dans l'urne), qui auront un logement "pas du tout cher du tout", et les autres qui seront priés d'en chier comme 10 avec ce qu'il reste...

Sans parler du fait que ça va continuer à faire en sorte d'inverser l'échelle des niveaux de vie... Ou celui qui bosse et gagnera 1300€ par mois va en réalité vivre moins bien que le branle musard assisté...

Le déclin, c'est maintenant...

Keynes : l'éloge au protectionnisme

Un texte de Keynes repris sur le blog d'Olivier Berruyer...

Moi j'en reste à ma conviction que le libre échange, loin de promouvoir la méritocratie, la détruit, alors qu'il enrichit surtout les passagers clandestins de ce dernier, à savoir tous ceux dont les revenus sont fixés politiquement et non par le marché (fonctionnaires, retraités, salariés du semi public, détenteurs de l'immobilier rationné et de la dette publique...) et qui via le libre échange et la concurrence, se font concrètement du pouvoir d'achat sur les précarisés du privé...

Une solution est de remettre en question tous ces statuts, toutes ces rentes. Et de mettre en place une vraie flexsécurité, où perdre son emploi n'est pas un drame car on en retrouve un facilement...

Le protectionnisme, ça revient à donner le pouvoir aux politiques de décider qui gagne quoi et combien, en protégeant tel ou tel de tant, et pas tel autre. Et vu comment nos politocards décadents font absolument n'importe quoi, ça serait un désastre...

De l’autosuffisance nationale, par John Maynard Keynes
Les-Crises.fr, Olivier Berruyer, 23/05/2012 (en Français texte en français )
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Ce texte, peu connu, est pour moi un des plus importants et visionnaires de Keynes, et date de 1933. Le texte original, “National Self-Sufficiency”, a été publié par The Yale Review, vol.22, n˚ 4 (juin 1933), p. 755-769..

Toute ressemblance avec une situation existante ne serait nullement fortuite.

P.S. par facilité de lecture et de diffusion, je vous propose aussi ce texte en pdf ici

 Comme la plupart des Anglais, j’ai été élevé dans le respect du libre-échange, considéré non seulement comme une doctrine économique qu’aucune personne rationnelle et instruite ne saurait mettre en doute, mais presque comme une composante de la morale. Je considérais les entorses à ce principe comme stupides et scandaleuses. Je pensais que les inébranlables convictions de l’Angleterre en matière de libre-échange, maintenues depuis près d’un siècle, expliquaient sa suprématie économique devant les hommes et sa justification devant Dieu. En 1923, j’écrivais encore que le libre-échange s’appuyait sur des “vérités” fondamentales qui, énoncées avec les réserves d’usage, ne pouvaient être contestées par quiconque comprend le sens des mots.

Quand je relis ce que j’écrivais alors à propos de ces vérités fondamentales, je ne pense pas être en contradiction avec moi-même. J’ai cependant changé d’orientation, comme beaucoup de mes contemporains. Ma connaissance de la théorie économique a de fait évolué, et je n’accuserais plus Monsieur Baldwin, comme je le faisais alors, d’être“une victime de l’erreur protectionniste dans sa forme la plus grossière” parce qu’il pensait, dans les conditions qui étaient celles de l’époque, que des droits de douane pouvaient aider à réduire le chômage dans notre pays. Mais c’est autre chose qui m’a fait changer d’avis : mes espoirs, mes préoccupations et mes craintes ont changé, comme ceux de beaucoup, voire de la plupart des gens de notre génération, dans le monde entier. C’est un long processus, que celui de s’arracher à des modes de pensée qui étaient ceux d’avant la guerre, ceux du XIXe siècle. Il est surprenant de constater combien un esprit traîne d’oripeaux obsolètes même après avoir changé ses conceptions centrales. Mais aujourd’hui enfin, après avoir parcouru un tiers du XXe siècle, nous sommes, pour la plupart d’entre nous, en train de sortir du précédent, et d’ici que nous arrivions à la moitié de ce siècle, il se peut que nos façons de penser et nos préoccupations soient aussi différentes des méthodes et des valeurs du XIXe que chaque siècle a pu l’être du précédent.[...]

L’ouverture internationale n’est pas facteur de paix
D’abord, la question de la paix. Nous sommes aujourd’hui pacifistes avec une telle force de conviction que si les tenants de l’internationalisme économique pouvaient l’emporter sur ce point, ils retrouveraient vite notre appui. Mais il n’est pas évident que concentrer ses efforts sur la conquête de marchés étrangers, introduire dans les structures économiques d’un pays les ressources et l’influence de capitalistes étrangers et dépendre étroitement des politiques des autres pour sa propre vie économique garantisse la paix entre les nations. L’expérience et la prévoyance nous permettraient même d’affirmer le contraire. La protection par un pays de ses intérêts à l’étranger, la conquête de nouveaux marchés, le développement de l’impérialisme économique, sont les éléments incontournables de la politique de tous ceux qui veulent maximiser la spécialisation internationale et la diffusion géographique du capital, où que soit installé celui qui le possède. Si l’on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer. Il y a un véritable divorce entre les propriétaires et les vrais gestionnaires lorsque, par suite de la forme juridique des entreprises, leur capital est réparti entre d’innombrables individus qui achètent des actions aujourd’hui, les revendent demain et n’ont ni la connaissance ni la responsabilité de ce qu’ils ne possèdent que peu de temps. C’est déjà grave à l’intérieur d’un pays, mais les mêmes pratiques étendues à l’échelle internationale deviennent intolérables en période de tension – je ne suis pas responsable de ce que je possède et ceux qui gèrent mon bien n’ont pas de comptes à me rendre. Un calcul financier peut montrer qu’il est avantageux pour moi d’investir quelque part dans le monde où l’efficacité marginale du capital est maximale ou bien le taux d’intérêt le plus élevé. Mais on voit à l’expérience que le fait que le propriétaire soit éloigné de la gestion est préjudiciable aux relations entre les hommes, et que cela provoque tôt ou tard des tensions et des inimitiés qui finissent par réduire à néant les calculs financiers.

Je me sens donc plus proche de ceux qui souhaitent diminuer l’imbrication des économies nationales que de ceux qui voudraient l’accroître. Les idées, le savoir, la science, l’hospitalité, le voyage, doivent par nature être internationaux. Mais produisons chez nous chaque fois que c’est raisonnablement et pratiquement possible, et surtout faisons en sorte que la finance soit nationale. Cependant, il faudra que ceux qui souhaitent dégager un pays de ses liens le fassent avec prudence et sans précipitation. Il ne s’agit pas d’arracher la plante avec ses racines, mais de l’habituer progressivement à pousser dans une direction différente.

Pour toutes ces raisons, j’ai donc tendance à penser qu’après une période de transition, un degré plus élevé d’autosuffisance nationale et une plus grande indépendance économique entre les nations que celle que nous avons connue en 1914 peuvent servir la cause de la paix, plutôt que l’inverse. De toute façon, l’internationalisme économique n’a pas réussi à éviter la guerre, et si ses défenseurs répondent qu’il n’a pas vraiment eu sa chance, son succès ayant toujours été incomplet, on peut raisonnablement avancer qu’une réussite plus achevée est fort improbable dans les années qui viennent.

Coûts et avantages du patriotisme économique
Mais laissons de côté ces questions d’appréciation, où chacun reste attaché à sa propre opinion, pour nous tourner vers un sujet plus purement économique. Au XIXsiècle, le partisan de l’internationalisme économique pouvait à juste titre soutenir que sa politique contribuait à l’enrichissement rapide du monde, qu’elle favorisait le progrès économique, et que faire marche arrière nous aurait gravement appauvris, ainsi que nos voisins. Ceci soulève la question de l’équilibre entre les avantages économiques et non économiques, qui n’est jamais facile à trancher. La pauvreté est une calamité, et les gains économiques un authentique bienfait qui ne doit pas être sacrifié à d’autres, sauf s’il est clair qu’il pèse moins lourd dans la balance. Je pense qu’au XIXe siècle les gains de l’internationalisme économique l’emportaient sur ses inconvénients pour deux raisons. À une époque où de nouveaux continents se peuplaient par une émigration massive, il était normal que les hommes emportent avec eux dans les mondes nouveaux les fruits matériels de la technique du monde ancien, représentant l’épargne accumulée de ceux qui les envoyaient. L’investissement de l’épargne britannique allait permettre aux ingénieurs britanniques d’installer les voies ferrées et le matériel roulant qui transporteraient des émigrants britanniques vers de nouvelles terres et de nouveaux pâturages, et une partie des produits reviendrait légitimement à ceux dont la frugalité avait produit cette épargne. Cet internationalisme économique ne ressemble en rien à la participation prise par un spéculateur de Chicago dans une entreprise allemande, ou à celle d’une vieille fille anglaise dans les investissements de la municipalité de Rio de Janeiro. C’était néanmoins le type d’organisation nécessaire pour permettre la première internationalisation, qui a finalement conduit à la deuxième. Par ailleurs, à une époque où les niveaux d’industrialisation et les possibilités d’apprentissage technique étaient extrêmement inégaux dans les différents pays, on pouvait tirer des avantages considérables d’une spécialisation nationale poussée.

Mais je ne suis pas persuadé qu’aujourd’hui les avantages économiques de la division internationale du travail soient comparables à ce qu’ils furent. Soyons clair : je ne pousserai pas mon raisonnement au-delà d’un certain point. Un niveau élevé de spécialisation internationale est nécessaire dans un monde rationnel, chaque fois qu’il est dicté par d’importantes différences de climat, de ressources naturelles, d’aptitudes naturelles, de niveau de culture et de densité de population. Mais pour une gamme de plus en plus large de produits industriels, et peut-être également de produits agricoles, je ne pense pas que les pertes économiques dues à l’autosuffisance soient supérieures aux avantages autres qu’économiques que l’on peut obtenir en ramenant progressivement le produit et le consommateur dans le giron d’une même organisation économique et financière nationale. L’expérience prouve chaque jour un peu plus que beaucoup de processus modernes de production de masse peuvent être maîtrisés dans la plupart des pays et sous presque tous les climats avec une efficacité comparable. De plus, à mesure que la richesse s’accroît, le logement, les services à la personne et les équipements locaux, qui ne peuvent pas faire l’objet d’un commerce international, prennent une part de plus en plus importante dans l’économie nationale, au détriment des produits de base et des objets manufacturés. Si les coûts de ces derniers produits augmentaient modérément, à cause d’une plus grande autosuffisance nationale, les conséquences ne seraient pas très graves, en comparaison avec les avantages de nature différente. En bref, l’autosuffisance nationale, même si elle a un coût, est un luxe que nous aurions les moyens de nous offrir, si nous le souhaitions.

Y a-t-il assez de bonnes raisons pour que nous le souhaitions ? L’orientation que je développe va peiner nombre de mes amis, éduqués à l’ancienne et à juste titre choqués par le gaspillage et les pertes économiques allant de pair avec le nationalisme économique qu’ils ont connu. Je vais tenter de l’expliquer en des termes avec lesquels ils puissent être d’accord.

Le capitalisme international et néanmoins individualiste, décadent mais dominant depuis la fin de la guerre, n’est pas une réussite. Il n’est ni intelligent, ni beau, ni juste, ni vertueux, et il ne tient pas ses promesses. En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes.

 D’année en année, il devient plus évident que le monde s’engage dans diverses expériences politico-économiques correspondant à des tempéraments nationaux et à des environnements historiques différents. L’internationalisme économique des libre-échangistes du XIXe siècle supposait que le monde entier était ou serait organisé sur la base d’un capitalisme concurrentiel et de la liberté du contrat privé protégé de façon inviolable par la loi. Ce modèle pouvait en être à divers stades de développement et de complexité, mais il était toujours conforme à un type uniforme qu’il convenait de chercher à perfectionner, et certainement pas à détruire. Le protectionnisme du XIXsiècle était une vilaine tache sur l’efficacité et le bon sens de cet ordre des choses, et il ne modifiait en rien l’idée générale que l’on se faisait des caractéristiques fondamentales de l’économie.

Mais aujourd’hui des pays remettent en question ce modèle. La Russie est encore seule à mener son expérience très particulière, mais d’autres abandonnent les théories du XIXe siècle. L’Italie, l’Irlande, l’Allemagne s’intéressent de près à de nouvelles formes d’économie politique. Je prévois qu’à leur suite bien d’autres pays vont chercher, chacun de son côté, de nouvelles idoles économiques. Même la Grande-Bretagne et les États-Unis, qui respectent encore strictement l’ancien modèle, aspirent sans le montrer à un nouveau concept économique. Nous ne savons pas quelle sera l’issue. Nous sommes tous sur le point de faire beaucoup d’erreurs. Personne ne peut dire lequel des nouveaux modèles se révélera le meilleur.

Mais voici ce que j’en pense aujourd’hui. Chacun de nous a ses préférences. Nous ne croyons pas être déjà sauvés, et nous voulons tous travailler à notre propre salut. Nous ne souhaitons donc pas être à la merci de forces mondiales s’efforçant d’instaurer un quelconque équilibre général conforme aux principes idéaux -si l’on peut dire- d’un capitalisme du laisser-faire. Il reste des gens qui s’accrochent aux vieilles idées, mais aujourd’hui ils ne représentent une force sérieuse dans aucun pays. Nous souhaitons -du moins pour l’instant, et aussi longtemps que durera cette phase de transition expérimentale- être nos propres maîtres, aussi libres que possible des ingérences du monde extérieur.

Par conséquent, vue sous cet angle, une politique de renforcement de l’autosuffisance nationale ne doit pas être considérée comme un idéal en soi, mais comme le moyen de créer un environnement dans lequel d’autres idéaux pourront être poursuivis commodément et en toute sécurité.

Laissez-moi vous en donner un exemple aussi simple que possible, choisi parce qu’il est en relation avec des idées qui m’ont beaucoup occupé l’esprit ces derniers temps. Dans les activités économiques quotidiennes, qu’il faut distinguer de celles qui sont dirigées de façon centralisée, je suis favorable au maintien d’autant de décision et d’initiative privées qu’il est possible. Mais j’ai fini par être convaincu que le maintien de la structure de l’entreprise privée est incompatible avec le degré de bien-être matériel que l’avancée des techniques nous permettrait, à moins que le taux d’intérêt ne tombe à un chiffre nettement inférieur à celui auquel il devrait être fixé par le jeu naturel des forces opérant selon les anciennes règles. En fait, la transformation de la société à laquelle irait ma préférence demanderait que le taux d’intérêt baisse jusqu’à disparaître dans les trente prochaines années. Mais ce n’est pas près d’arriver, dans un système où ce taux, une fois pris en compte le risque et les autres facteurs, a tendance à s’uniformiser à un niveau mondial sous l’effet du jeu normal des forces financières. Pour de multiples raisons que je ne peux développer ici, l’internationalisme économique, avec ce qu’il comporte de libre mouvement de capitaux et de fonds à investir, aussi bien que de libre échange de marchandises, peut condamner mon propre pays, pour une génération, à un niveau de prospérité matérielle inférieur à celui qu’il pourrait atteindre dans un système différent.

Mais ce n’est qu’une illustration. Ce que je soutiens, c’est que la nouvelle génération n’a rien à attendre d’un système économique mondialement uniforme, qui était, en gros, celui du XIXe siècle, et que nous devons être aussi peu soumis que possible à l’influence des changements économiques décidés ailleurs, afin de pouvoir faire nous-mêmes les expériences que nous souhaitons, pour aller vers la République sociale idéale du futur. Je pense qu’une démarche délibérée vers une plus grande autosuffisance nationale et un plus grand isolement économique nous faciliterait la tâche, dans la mesure où cela n’aurait pas un coût excessif.

Les méfaits de la course à la rentabilité à tout prix
Cette nouvelle façon de voir les choses a une autre explication. Le XIXe siècle a donné une place extravagante à ce que l’on peut désigner, pour faire court, aux “résultats financiers”, promus critère d’appréciation de toute action, qu’elle soit publique ou privée. Mener sa vie était devenu une sorte de parodie du cauchemar d’un comptable. Au lieu d’utiliser leurs ressources matérielles et techniques, toujours croissantes, pour bâtir une cité splendide, les hommes construisaient des taudis. Et ils pensaient que c’était une bonne chose, qu’il fallait le faire parce que, selon les critères de l’entreprise privée, les taudis sont “rentables”, alors qu’une ville superbe aurait été, selon eux, une dépense d’une folle prodigalité et qui aurait, dans le langage stupide des financiers, “hypothéqué l’avenir” – même si personne ne peut comprendre comment la construction, aujourd’hui, de grands et magnifiques édifices pourrait appauvrir l’avenir, sauf à avoir l’esprit farci d’analogies fallacieuses avec une comptabilité inappropriée. Même aujourd’hui, je passe mon temps – moitié pour rien, moitié avec succès – à tenter de convaincre mes compatriotes que la nation tout entière s’enrichirait à coup sûr si les hommes et les machines inemployés étaient utilisés pour construire les logements dont nous avons tant besoin plutôt qu’en les payant à ne rien faire. Car les cerveaux de cette génération sont tellement obscurcis par de faux calculs qu’ils se défient de conclusions qui seraient évidentes s’ils ne faisaient pas une confiance aveugle à un système de comptes financiers contestant la rentabilité d’une telle politique. Nous devons rester pauvres parce qu’il n’est pas rentable d’être riches. Nous devons vivre dans des taudis, non pas parce que nous ne pouvons pas construire des palais, mais parce que nous “n’en avons pas les moyens”.

La même règle de calcul financier, autodestructrice, régit chaque moment de la vie. Nous détruisons la beauté de la campagne parce que les splendeurs d’une nature qui n’appartient à personne n’ont aucune valeur économique. Nous sommes capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu’ils ne rapportent aucun dividende. Londres est l’une des villes les plus riches de l’histoire de la civilisation, mais elle ne “peut pas se permettre” les réalisations les plus ambitieuses dont sont capables ses habitants, parce qu’elles ne sont “pas rentables”.

Si j’étais au pouvoir, aujourd’hui, j’entreprendrais avec détermination de doter nos grandes villes de tous les équipements artistiques et culturels susceptibles de répondre aux attentes individuelles les plus ambitieuses des citoyens de chacune de ces villes. Je suis convaincu que ce que nous savons créer, nous en avons les moyens, et que l’argent ainsi dépensé sera non seulement plus utile que n’importe quelle allocation de chômage, mais qu’il rendra inutiles ces allocations. Parce qu’avec ce que nous avons dépensé pour les chômeurs en Angleterre depuis la guerre nous aurions pu faire de nos villes les plus magnifiques réalisations humaines du monde.

De même, nous avons considéré qu’il nous fallait absolument ruiner les paysans et détruire une économie fondée sur des traditions très anciennes pour gagner quelques centimes sur une miche de pain. Rien ne devait échapper à l’autel de Moloch et de Mammon réunis ; nous devions tout sacrifier à ces monstres dont le culte nous permettrait de vaincre la pauvreté et conduirait sûrement et aisément la prochaine génération, portée par l’intérêt composé, vers la paix économique.

Nous avons perdu nos illusions, non pas que nous soyons plus pauvres qu’avant – au contraire, même aujourd’hui, nous bénéficions, du moins en Grande-Bretagne, d’un niveau de vie plus élevé que jamais -, mais parce que les valeurs autres qu’économiques semblent avoir été sacrifiées. En pure perte, dans la mesure où notre système économique ne nous permet pas de tirer le meilleur parti de la richesse autorisée par le progrès technique, qu’il en est même loin, ce qui nous amène à penser que nous aurions pu faire une bien meilleure utilisation de ces possibilités inexploitées.

Mais dès que nous nous permettons de ne pas respecter le critère du profit comptable, nous commençons à changer notre civilisation. Nous devons le faire très prudemment, avec beaucoup de précautions, et en toute conscience. Parce que pour une grande partie de l’activité humaine il sera sage de maintenir les critères financiers habituels. C’est l’Etat plus que l’individu qui doit changer ses critères. Ce sur quoi il nous faut tirer un trait, c’est la conception d’un ministre des Finances qui serait le président d’une sorte de société par actions. Et si les fonctions et les objectifs de l’Etat doivent être étendus, le choix de ce qui doit être produit dans un cadre national et de ce qui doit faire l’objet d’échanges avec l’étranger devra figurer en bonne place parmi les priorités de la politique.

Trois écueils à éviter
De ces réflexions sur les finalités propres à l’Etat, je reviens au monde de la politique contemporaine. Après avoir cherché à comprendre, en toute impartialité, les idées qui fondent le besoin ressenti par tant de pays d’une plus grande autosuffisance nationale, il nous faut examiner avec soin si, dans la pratique, nous ne sommes pas en train de rejeter trop facilement des acquis importants du XIXe siècle. Je trouve que dans tous les pays, sans exception, où les partisans de l’autosuffisance nationale ont pris le pouvoir, beaucoup de bêtises ont été commises. Mussolini est peut-être en train de parvenir à l’âge de raison, mais la Russie offre le pire exemple que le monde ait connu d’incompétence administrative et sacrifie à des idiots à peu près tout ce qui fait que la vie vaut d’être vécue. L’Allemagne est entre les mains d’irresponsables déchaînés – il est donc trop tôt pour juger sa politique économique. L’Etat libre d’Irlande, trop petit pour parvenir à un niveau élevé d’autosuffisance nationale, qu’il devrait payer d’un coût économique très élevé, est en train de débattre de plans qui pourraient le ruiner s’ils étaient mis en oeuvre.

Dans le même temps, les pays qui conservent ou adoptent un protectionnisme pur et dur, à l’ancienne, modernisé par l’adoption de quelques mesures de contingentement, font des choses rationnellement indéfendables. Si donc la Conférence économique mondiale [Cette conférence s'est tenue à Londres en 1933 pour tenter d'organiser une réponse multilatérale aux effets de la crise économique du début des années 1930] débouche sur une réduction mutuelle des droits de douane et ouvre la voie à des accords régionaux, on ne pourra que sincèrement s’en féliciter. Je ne voudrais pas que l’on croie que j’approuve ce qui est actuellement fait par les politiques au nom du nationalisme économique. Loin de là. Mais mes critiques sont celles d’un homme portant un regard amical et sympathique sur les expéri mentations menées avec obstination dans le monde contemporain, qui souhaite qu’elles réussissent, qui a lui-même des projets dans ce sens et qui, en dernier ressort, préfère n’importe quoi plutôt que ce que les rapports financiers appellent “l’opinion de Wall Street”. Et j’essaie de montrer que le monde vers lequel nous nous dirigeons avec difficulté est bien différent de l’idéal économique internationaliste de nos pères, et que les politiques actuelles ne doivent pas être jugées selon les règles du credo précédent.

 Je vois dans le nationalisme économique et dans les mouvements en faveur de l’autosuffisance nationale trois dangers majeurs qui compromettent leurs chances de succès.

Le premier est la Bêtise – la bêtise du doctrinaire. Il n’y a rien de surprenant à la trouver dans ces mouvements qui sont passés sans transition du stade des propos excessifs d’après-dîner à celui de l’action. On a du mal, au début, à distinguer le discours brillant qui a permis d’emporter l’adhésion des foules et le fond du message, beaucoup plus terne. Passer de l’un à l’autre n’a rien de cynique. Les mots doivent avoir de la force, car ils portent les idées qui partent à l’assaut de l’absence de pensée. Mais lorsqu’on a atteint les sièges du pouvoir et de l’autorité on ne devrait pas se permettre de licence poétique. Il faut alors compter, au centime près, ce que l’on avait considéré comme méprisable quand il fallait faire assaut de rhétorique. Si elle veut survivre, une société qui expérimente doit être beaucoup plus efficace que celle qui est installée dans sa routine. Il lui faut utiliser à fond toutes ses capacités économiques, et elle ne peut pas se permettre de céder à la stupidité ou à l’irréalisme des doctrinaires. Quand un doctrinaire passe à l’action, il doit, pour ainsi dire, oublier sa doctrine. Car celui qui, dans l’action, reste prisonnier de son discours, manquera probablement son but.

Le second danger – pire que la bêtise – est la Précipitation. Citons Paul Valéry : “Le résultat des luttes politiques est de troubler, de falsifier dans les esprits la distinction entre ce qui est important et ce qui est urgent.” La transition économique d’une société doit être menée lentement. Les arguments que je viens de développer ne portent pas sur une révolution brutale, mais sur une tendance séculaire. La Russie nous donne aujourd’hui un exemple terrifiant des maux provoqués par une précipitation démentielle et inutile. Les sacrifices et les pertes inhérents à la transition sont beaucoup plus graves quand on avance à marche forcée. Je ne crois pas que le caractère progressif soit inévitable, mais je crois à la progressivité. C’est d’autant plus vrai que lorsqu’on s’achemine vers une plus grande autosuffisance nationale et vers une planification de l’économie interne. Il est dans la nature des processus économiques de s’inscrire dans la durée. Une transition trop rapide provoquera une telle destruction de richesse sans contrepartie que le nouvel état des choses sera, au début, bien pire que l’ancien, et que la grande expérimentation sera discréditée. Car les hommes jugent impitoyablement selon les résultats, et même selon les premiers résultats.

Le troisième danger, le pire des trois, est l’Intolérance et la répression de toute critique éclairée. Les nouveaux mouvements arrivent généralement au pouvoir par la violence plus ou moins ouverte. Ils n’ont pas convaincu leurs opposants, ils les ont terrassés. La méthode moderne – que je trouve désastreuse, au risque de paraître vieux jeu – consiste à utiliser la propagande et à s’emparer des médias. Il est considéré comme habile et efficace d’empêcher toute idée de se développer et d’utiliser les moyens du pouvoir pour paralyser la réflexion. Ceux qui ont considéré que ces méthodes étaient nécessaires pour parvenir au pouvoir sont tentés de continuer à se servir, pendant la période d’édification de la nouvelle société, des mêmes outils dangereux qui leur ont servi à s’introduire dans la place.

C’est encore la Russie qui fournit un exemple des terribles erreurs que commet un régime lorsqu’il s’affranchit de toute critique. L’incompétence qui caractérise la conduite des guerres, que ce soit d’un bord ou de l’autre, s’explique de la même façon, l’organisation hiérarchique mettant le haut commandement à l’abri de la critique. Je n’admire pas sans réserve les politiciens, mais eux du moins baignent dans la critique, ce qui leur donne une incontestable supériorité sur les militaires. Les révolutions ne réussissent que parce qu’elles sont menées par des hommes politiques contre des soldats. Cela peut sembler paradoxal, mais qui a jamais entendu parler d’une révolution réussie menée par des soldats contre des politiciens ? Cela étant, nous haïssons tous la critique. Seule une conviction profonde nous permet de nous y soumettre de bonne grâce.

Les nouveaux modèles économiques vers lesquels nous avançons à tâtons sont, par nature, au stade de l’expérimentation. Nous n’avons pas en tête, prête à l’emploi, l’idée exacte de ce que nous voulons. Nous la découvrirons chemin faisant, et nous devrons lui donner forme en fonction de notre expérience. Ce processus de critiques courageuses, libres et sans merci est la condition sine qua non du succès final. Nous avons besoin du concours de tous les esprits brillants du moment. Staline a éliminé tout esprit critique, tous ceux qui faisaient preuve d’indépendance, même lorsqu’ils avaient de la sympathie pour sa cause. Il a créé un climat dans lequel le fonctionnement intellectuel s’est atrophié. Les délicates circonvolutions du cerveau ont été pétrifiées. Le son assourdissant du mégaphone remplace les souples inflexions de la voix humaine. Les idioties de la propagande stupéfient même les oiseaux et les bestiaux. Que Staline soit un exemple terrifiant pour tous ceux qui veulent faire des expériences. Si ce n’est pas le cas, je retournerai vite à mes vieux idéaux du XIXe siècle et à l’héritage intellectuel construit sur la réflexion que nous cherchons aujourd’hui à détourner pour atteindre nos propres objectifs.

John Maynard Keynes, 1933

Charles Gave : L’or et la monnaie

Il explique très bien ce que je ressens quand je dis que si on continue avec ce système monétaire de kleptocrates, où l'inflation est utilisée pour spolier les petits et goinfrer les rentiers et les groucho capitalistes, même si ce n'est pas optimal, sans retour à une vraie démocratie, l'étalon or est la seule protection possible restante des classes moyennes...

L’or et la monnaie
Institut des libertés, Charles Gave, 23/05/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Je reçois beaucoup de questions par mail ou sur le site de l’institut des Libertés sur la monnaie en général et aussi sur l’or. Le plus simple est que je vous réponde non pas sur les aspects techniques mais sur les aspects philosophiques de vos questions. Certes, j’ai déjà publié un papier traduit d’une étude Gavekal mais « ce qui va sans dire va mieux en le disant », serait-ce à nouveau.

Personne n’a jamais pu expliquer pourquoi la monnaie avait de la valeur, qu’elle soit basée sur l’or, les coquillages, l’argent  ou encore sur le papier.Grand mystère. La chose qui sert à mesurer la valeur, personne ne sait pourquoi elle a de la valeur. Il  y a toujours en deux réponses  à cette question.

  • Platon: la monnaie est une convention entre les parties.
  • Aristote: la monnaie à une valeur intrinsèque fondée sur son coût de production, ce qui est une idiotie économique puisque cela fait référence à la valeur travail, dont nous savons (depuis les Autrichiens) que ce concept est faux et amène dans des impasses économiques sanglantes dont la pire fut bien entendu le Marxisme. On ne peut être Autrichien et favorable à l’étalon or; à mon avis. Beaucoup l’ont été par hostilité.

Pour moi, la monnaie est donc une convention sociale. Le Christ dans les Évangiles nous dit de surcroit que la monnaie ressort de l’Etat (voir « un Libéral nomme Jésus »).En cas de litige entre les parties, l’État qui dispose du monopole de la violence, par ses tribunaux et ses gendarmes fait régner le Droit.

La monnaie est donc un bien commun (un peu comme un jardin public) dont l’Etat assure la gestion DE FACON DECENTRALISEE et indépendante du pouvoir politique mais qu’en aucun cas il ne possède. Ce qui nous amène au mode de l’organisation de l’Etat.

L’or est une protection contre la spoliation étatique non fondée sur le Droit ou la Loi. Dans cet esprit , et toujours d’après Platon, le meilleur des régimes est une démocratie des ‘vertueux” et le pire sans aucun doute la démagogie

Si nous avons une tyrannie ou une démagogie au pouvoir, s’exprimant par exemple au travers d’un contrôle des changes, alors l’or est l’une des solutions.

Si nous avons une démocratie, alors nul n’a besoin de l’or. Les Suisses n’ont guère besoin de l’or.

Les contre indications de l’or sont par contre gigantesques du point de vue macroéconomique. Le XIX et le XX jusqu’à la grande dépression ont été l’objet d’énormes dépressions récurrentes et la volatilité du PNB a été infiniment plus forte pendant l’étalon or qu’après. Les pays ayant des excédents des comptes courants et donc accumulant de l’or n’ont pour ainsi dire jamais laisser monter leurs masses monétaires. La France a été l’une des grandes responsables de la dépression des années 30. L’étalon or amène automatiquement tout un chacun à devenir mercantiliste, puisque le succès se mesure au nombre de tonnes d’or que vous avez dans vos caves à la banque centrale Un homme comme Rueff, bon fonctionnaire s’il en fut et qui n’a jamais souffert des dépressions que sa politique engendrait  a foutu en l’air l’économie française en 1934 comme peu de gens l’avaient fait avant lui depuis Colbert, ce qui nous a amené le front populaire en 1936, lequel nous a laisse sans défense devant l’Allemagne en 1940.

Brillant résultat.

L’or est une brute aveugle, qui peut forcer des tyrans ou des démagogues à changer leur politique, je vous l’accorde, et encore mais c’est une brute aveugle et sourde.

Une variation du taux de change est l’une des façons les plus efficaces d’absorber un choc externe sans trop de dégâts, tandis que l’histoire des taux de change fixe est une véritable litanie de désastres, comme l’Euro est en train de nous le démontrer a nouveau.

La réalité, c’est qu’une politique monétaire menée selon des principes sages et démocratiques permet à l’économie de se développer beaucoup plus harmonieusement que n’importe quel autre système et que toute l’histoire économique des cent dernières années le prouve.  Que les banquiers centraux et les monnaies soient en concurrence est ce qui assure la discipline bien mieux que n’importe quoi d’autre ou qu’un Deus ex machina apprivoisant un monstre ingérable comme l’euro, ou si nous sommes soumis à une discipline irrationnelle comme celle de l’étalon or.

Le problème arrive lorsqu’une démocratie importante (les USA) passe de Démocrate à Démagogie, ce qui s’est produit avec Bush et encore plus avec Obama. Là, nous avons un problème, mais qui est facile à régler. L’électorat s’en occupe en général comme nous l’avons vu en Suède, au Canada, aux USA sous Reagan et en GB.

Il suffit pour que le coté” bien commun” soit respecté, que l’indépendance de la banque centrale soit inscrite dans la Constitution et que l’on fasse passer d’autres  amendements à cette Constitution pour empêcher l’état et les politiques de présenter des budgets en déficits. C’est ce qui s’est déjà produit en Suède, au Canada, en Allemagne, en Suisse. En conclusion, il me semble plus simple de virer les démagogues et de les remplacer par des démocrates que de confier mon sort à une brute invisible et aveugle

J’ai toujours préféré la démocratie à la tyrannie, même en matière monétaire.

Mais bien sur c’est un choix personnel.