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tibere
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À J-12, l’orage gronde et les candidats discutent chiffons
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hashtable, H16, 11/04/2012 (en Français )
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Dans quelques semaines, nous aurons un président valable 5 ans, sans garantie et sans service après-vente. Quel qu’il soit, il devra affronter une situation économique inédite dans sa difficulté. Et absolument rien dans sa campagne montre qu’il y est préparé.
En fait, tout montre qu’il s’en fiche éperdument. Que ce soit Sarkozy ou Hollande, c’est une évidence douloureuse mais qu’on ne peut nier.
Le petit Nicolas, par exemple, se tâte les tréfonds pour savoir s’il ne faudrait pas bidouiller le permis de conduire. Voilà une question qui méritait largement d’être posée en pleine campagne, ne trouvez-vous pas ? Mis à part l’aspect purement racoleur sur les jeunes générations, comment cette question parfaitement mineure peut-elle intéresser les 44 millions de votants ? Comment ce sous-thème pour maire provincial d’un petit département déserté peut-il parvenir à se faire une place dans les grandes questions de campagne ?
François le rond, de son côté, procède dans un registre assez similaire d’enfumage citoyen et festif : ne s’inscrivant que comme le candidat de l’opposition, il s’oppose, quitte à diaboliser son rival en lui affublant une véritable « purge libérale » si jamais il parvient à conserver le pouvoir. On a déjà pu mesurer, les cinq années précédentes, le fameux côté libéral de Sarkozy : évaporé entre le premier et le second tour des élections de 2007, l’argument d’un retour en libéralisme du président sortant fait plus pitié que rire, en réalité.
Et, comme je le soulignais en introduction, pendant que nos deux clowns repeignent leur petit monde avec les brosses larges et baveuses de leurs idées hors sujet, la situation reste désespérément loin de ce qu’ils s’imaginent.
La crise est finie ? Ah bon ?
Pourtant, en Espagne, ce n’est pas exactement la décontraction vaselinée qui règne. La dernière émission obligataire a été, n’ayons pas peur des mots, un fiasco catastrophique : sous-souscrite, des taux qui flambent, des CDS qui grimpent, il n’y a pas franchement matière à réjouissance. Du reste, la comparaison effectuée par un analyste de JP Morgan ne laisse guère de doute sur la position réelle du pays en termes économiques : la faillite est parfaitement crédible et de plus en plus proche (voire inévitable, pour certains).

Cela se traduit d’ailleurs très concrètement par des mesures gouvernementales désespérées pour racler les fonds de tiroir. Comme par hasard, ce sont les domaines de la santé et de l’éducation qui trinquent actuellement, domaines parfaitement intouchables en France, totalement ignorés des thèmes de la campagne actuelle, et qui représentent les efforts les plus colossaux à mener pour espérer sortir le pays du gouffre.
En même temps, pour le Portugal non plus, la crise est tout sauf finie : ses banques montrent de clairs et distincts signes de graves problèmes structurels et empruntent à tour de bras auprès de la BCE. On peut retourner ce fait de tous les côtés, ce n’est pas bon.
Et si la situation n’est pas bonne pour le Portugal, on comprendra sans mal qu’elle est catastrophique en Grèce où le gouvernement en est réduit à louer ses forces de police pour arrondir ses fins de mois. Et hormis ce fait symptomatique, on ne pourra pas oublier qu’un retraité s’est suicidé devant le parlement grec, incitant le peuple à se révolter et « pendre les traîtres ».
En dehors de l’Europe, si la crise est finie, on a oublié, là encore, de prévenir.
Aux États-Unis, les créations d’emplois ralentissent nettement à 120.000, lorsque les analystes tablaient sur 200.000 … Pour une fin de crise, on a connu plus flamboyant. D’ailleurs, d’autres nouvelles américaines laissent songeur. Je passe sur l’état général des emprunts étudiants (qui puent) ou sur d’autres problèmes qui s’accumulent doucement sous un tapis de plus en plus encombré, comme par exemple le sous-financement de plusieurs fonds de pension d’entreprises majeures du marché américain pour simplement souligner que si la crise est finie outre-atlantique, certains signes laissent plus que perplexe.
Et ce qui est vrai aux US l’est au moins autant au Japon : la rumeur de plan social massif chez Sony ne peut pas, elle non plus, signifier une amélioration générale de la situation économique mondiale.
Japon, États-Unis, Grèce, Portugal, Espagne, … On ne parle pas ici de petits pays, de petits partenaires de la France, mais d’économies majeures qui ont des liens étroits avec le pays qu’entendent diriger, pour les cinq prochaines années, tant Hollande que Sarkozy. Et pourtant, dans leurs discours, dans leurs propositions, tout est décidément orienté vers la dépense, la vigoureuse action étatique avec l’argent qu’ils n’ont pas et la distribution de cataplasme sur les jambes de bois de notre système social que le monde ne nous envie pas.
Nous sommes à J-12. L’orage gronde mais les candidats discutent chiffons.
L'abstention au second tour...
J'aurai vraiment tout envisagé dans cette élection... Mais plus j'y pense, plus je me dis que je vais faire ça au second tour...
Vu le non choix que l'on a, entre un Sarkozy qui se soucie de compétitivité mais ne bosse que pour les vieux rentiers, et un Hollande à la ramasse économiquement, et soi disant pro jeunes bien qu'on ne voie rien réellement pour les jeunes dans son programme, c'est peut-être la meilleure option...
Voter blanc, c'est apparaître dans les chiffres comme un votant, bien que l'on aie voté pour aucun des deux. Or, le seul chiffre qui se voit vraiment, c'est l'abstention. En s'abstenant, on diminue la légitimité de ces clowns.
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Je brûle ma carte d’électeur – 100 raisons pour ne pas voter
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J’AI DÉBRANCHÉ, Thierry Crouzet, 11/04/2012 (en Français )
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- Comment voter pour des candidats qui refusent de débattre entre eux, sinon au second tour, entre seigneurs ? Un électeur est un patron qui doit embaucher ses employés sans leur faire passer d’entretien. Il doit se décider sur CV alors qu’il est désormais possible d’organiser un débat entre tous les candidats.
- L’argument moral : « Ils sont tombés pour nous donner le droit de vote, tu leur dois le respect en allant voter. » est fallacieux. Des hommes se sont sacrifiés en septembre 2001 pour faire sauter le World Trade Center à New York. Mourir pour une cause ne suffit pas à la rendre respectable (ou irespectable d’ailleurs). Que des gens soient morts pour instaurer en un temps la démocratie, ne nous sert en rien à décider si nous devons ou non voter aujourd’hui.
- Au nom de l’idéal de plus de liberté et d’équité, nous pouvons combattre un modèle démocratique devenu exsangue dans le but de le revigorer. L’argument civique selon lequel les abstentionnistes se désintéresseraient de la politique, donc de la vie de la cité, est également fallacieux.
- Voter n’est pas un devoir, mais une incitation au ralliement. Un homme ou une femme libre ne se rallie à personne. Il coopère.
- Le vote est apparu comme une amélioration du monarchisme. Pourquoi devrions-nous refuser de passer au-delà ? D’envisager une démocratie dépourvue de petits monarques ?
- Quand les règles d’un jeu de société ne nous intéressent pas, nous changeons de jeu ou nous transformons les règles. Voter, c’est plébisciter le jeu en vigueur.
- Les règles de ce jeu ont été promulguées non démocratiquement par des hommes qui n’avaient que mépris pour le peuple. Ainsi Michel Debré écrit en 1957 : « La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique seraient proches de la ruine. » Résumé de son propos : votons de temps en temps puis fermons notre gueule.
- Voter blanc n’est pas une solution parce que le jeu dans sa forme actuelle ne prends pas en compte cette expression contestataire. On pourrait imaginer une présidentielle où le vainqueur devrait atteindre la majorité absolue, votes blancs compris. Aucun des derniers présidents n’aurait été élu à ce compte, ce qui en soit devrait nous alerter sur quelques aberrations, comme la non-légitimité de nos représentants.
- Seuls les candidats accrédités par les élus en place peuvent se présenter à une présidentielle. Le système se cultive lui-même, interdisant le foisonnement des alternatives qui pourraient le contester. Cette consanguinité ne contente que les militants des partis dominants, ceux qui s’expriment encore dans le jeu aux règles désuètes. Le premier tour d’une présidentielle n’est qu’un simulacre de pluralité.
- La volonté de toujours aboutir à une majorité absolue conduit presque mécaniquement au bipartisme. Rapide démonstration. Si on avait dix candidats de poids électoral équivalent, si on choisissait simplement celui avec le meilleur score, 15 % des suffrages par exemple, on aurait en gros 85 % d’électeurs déçus. Avec deux partis dominants, le nombre de déçus tombe à 49 % environ. Le bipartisme est une réponse mécanique pour réduire la déception (d’où le faible écart entre le sortant et son adversaire). Il entraîne une professionnalisation de la politique, c’est-à-dire l’apparition d’une classe d’apparatchiks.
- Cette classe des apparatchiks est d’autant plus puissante que le cumul des mandats est autorisé et qu’il est possible de se représenter quasi indéfiniment à la plupart des élections. Dans ce contexte, voter revient à donner sa voix à un apparatchik. On ne peut pas attendre de lui qu’il scie la branche sur laquelle il est assis. Notons que le non-cumul des mandats n’empêchera pas leur cumul par les partis qui, eux-mêmes, ne seront pas forcés de renouveler leur structure à chaque élection.
- Voter, c’est donner la victoire au plus monarchiste des candidats (celui qui a le parti le plus puissant, le plus d’argent, le plus de couverture média…).
- Voter, c’est donner la victoire à un camp et créer le camp adverse des déçus. Une élection a pour effet de briser l’espoir d’une grande partie de la population.
- Dans votre famille, votez-vous ou recherchez-vous le consensus ? Voter, c’est refuser la synchronicité et l’harmonie. C’est admettre la nécessité des gagnants et des perdants.
- Devrait être élu celui qui récolte le moins de suffrages. Il se sentirait moins puissant et ferait preuve de plus d’humilité. Voter, c’est encourager l’arrogance.
- L’écrivain qui a le plus de lecteurs n’est pas nécessairement le plus spirituel, le plus littéraire, le plus novateur, le plus sage… Les données quantitatives ne présument pas des qualités. Avoir plus de voix, c’est comme avoir plus de lecteurs. Ça ne prouve pas grand-chose.
- En quoi gagner une élection prédispose à gérer la vie de la cité ? À quoi donc peut nous être utile cette compétence dans le domaine de l’économie, de la culture, de l’éducation… ? En rien. Voter, c’est toujours choisir le mauvais candidat, celui apte à se faire élire sans démontrer la moindre compétence dans la plupart des domaines qui nous sont vitaux.
- On dit des abstentionnistes qu’ils ne font pas de politique parce que dans l’imaginaire collectif faire de la politique est synonyme de se faire élire. Ne pas voter, c’est dénoncer cette confusion.
- La proportionnelle intégrale permettrait de s’affranchir de l’absence de pluralité, mais les partis dominants la rejettent sous prétexte que pour gouverner il leur faut la majorité absolue. Ce postulat les arrange d’autant plus que leur façon de gouverner s’apparente souvent à l’autoritarisme. Exemple : plutôt que d’adapter notre monde à la libre copie, on punit les pirates maladroits.
- Les deux partis dominants, et leurs avatars, se partagent équitablement les postes et les salaires qui les dotent. Quelles que soient leurs oppositions, ils ne peuvent qu’être en connivence pour maintenir en l’état la règle du jeu.
- Voter, c’est entretenir le clientélisme. Les élus ont une dette vis-à-vis de leurs électeurs et des entreprises qu’ils dirigent. Notez que les hommes d’affaires se présentent assez rarement, non parce qu’ils n’aiment pas le pouvoir politique mais plutôt parce qu’ils préfèrent le déléguer.
- Pourquoi une société démocratique devrait-elle se structurer comme la société monarchiste, avec ses multiples niveaux de pouvoir ? Voter, c’est reconnaître leur nécessité.
- Thomas Hobbes a théorisé la hiérarchisation de la société. Livré à lui-même l’homme ne serait bon à rien. Il doit être encadré. Les chefs sont nécessaires, comme si les chefs n’étaient pas eux-mêmes des hommes livrés à eux-mêmes. En quoi un élu est-il plus responsable qu’un simple électeur ? En rien, comme les affaires de corruptions et les abus de pouvoir le démontrent sans cesse. Être élu, passer avec succès l’épreuve de l’élection, ne confère aucune sagesse. Ce n’est pas un rite initiatique.
- Il existe si peu de place dans la hiérarchie que les candidats sont prêts à s’entretuer pour acquérir des positions. Voter, c’est participer à leur lutte, sans y gagner quoi que ce soit.
- Voter pour des gens qui écriront les lois qui définiront les règles selon lesquelles ils exerceront le pouvoir est une aberration. Ne dit-on pas qu’on ne peut être juge et partie ? C’est ainsi qu’apparaissent des lois telle l’immunité parlementaire.
- Voter pour un représentant en chef, c’est accepter la société de la rareté (rareté de la représentation, du travail, de l’argent, de l’énergie, de la culture…), c’est-à-dire le modèle capitaliste où certains privilégiés nous concèdent contre paiement des ressources par ailleurs abondantes (l’eau, l’énergie solaire, les idées, la culture, l’argent…).
- Voter, c’est donner le droit à quelques individus d’être plus visibles que d’autres, donc de s’accaparer notre temps de cerveau. Ainsi sous leur influence, nous votons encore pour eux ou pour leurs successeurs désignés. Le système s’entretient lui-même. Il nous empêche d’envisager d’autres possibilités.
- Le jeu électif est une forme onéreuse de tirage au sort qui se prête à la corruption. Parfois nous pouvons avoir de la chance, le plus souvent c’est la déception.
- On ne vote pas dans les entreprises pour désigner les managers. Dans ces structures relativement simples, d’autant plus qu’elles sont en général hiérarchisées, on assiste à des prises de pouvoir perpétuelles, exactement comme cela se passait dans les sociétés pré-démocratiques. Le vote s’est imposé à l’échelle des villes, des régions et des pays pour éviter que ce jeu ne devienne sanglant en prenant de l’ampleur. N’est-ce pas plutôt la volonté de puissance de certains individus qui doit être questionnée ? Le vote ne fait que leur donner raison de manière apparemment pacifique. Voter, c’est offrir le pouvoir à des sanguinaires potentiels.
- Pourquoi la plupart des partis ressemblent à des entreprises plutôt qu’à des démocraties ? Les militants ne croient-ils pas aux vertus de la démocratie ? Faut-il vraiment voter pour l’un des leurs puisqu’ils ne fonctionnent pas eux-mêmes de manière démocratique ?
- Voter, c’est accorder notre voix à qui on nous suggère de le faire. On devrait pouvoir voter pour des gens qui ne se présentent pas. Eux seuls ont une chance de ne pas nous décevoir, parce qu’ils n’ont pas la prétention de croire qu’ils peuvent nous aider.
- Pourquoi voter pour eux alors que le pouvoir c’est nous ? Voter, c’est aliéner la souveraineté du peuple au profit de professionnels de l’élection.
- Celui qui arrive au pouvoir se retrouve altéré par lui et il voit ses faiblesses amplifiées autant que ses qualités. Or la principale qualité des élus est de savoir se faire élire. La seule manière de s’en sortir est de gouverner tous ensemble pour que les forces des uns compensent les faiblesses des autres. C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.
- Le système, c’est-à-dire l’ensemble des habitudes et des lois qui nous régissent, a beaucoup d’inertie et une terrible prégnance. Celui qui se retrouve à sa tête finit par ressembler à ceux qui l’y ont précédé. Le changement ne peut pas venir de nos élus.
- Voter revient en général à plébisciter des hommes et des femmes plutôt âgés, non pas ceux qui sont les plus sages, mais ceux qui ont fini par maîtriser les rouages électifs.
- Voter en croyant qu’un candidat une fois élu réussira à transformer le système de l’intérieur, c’est rêver. La probabilité qu’un tel rêve se réalise reste bien sûr non nulle, mais est-ce une raison pour voter et perpétuer un système aussi peu malléable ?
- Voter ne nous aide en rien à changer la structure profonde des gouvernements, c’est-à-dire les équipes de fonctionnaires qui ont réellement le pouvoir. Un élu ne sait pas gouverner.
- Après chaque élection, ce qui nous attend c’est la déception. On se dit alors que ceux qui auraient apporté un réel changement n’ont pas été élus. Oui, sans doute, mais pourquoi ne l’ont-ils pas été ? Parce que le vote est toujours conservateur. Voter, c’est être réac, c’est entériner un système devenu délétère.
- Voter, c’est donner à des gens l’occasion de nous mettre en danger.
- Personne ne gagne une élection importante sans parti. Voter, c’est admettre la nécessité des partis, c’est-à-dire celles des armées structurées.
- Pour gagner une élection, il faut faire des promesses intenables ou démagogiques ou dangereuses. Voter, c’est encourager cette attitude, c’est se prendre à rêver le temps d’une campagne électorale. Ceux qui disent la vérité ne sont jamais élus. Et ceux qui sont élus n’arrivent jamais à mettre en application leurs promesses.
- Les candidats usent des technologies les plus modernes pour se faire élire, puis une fois au pouvoir ils les utilisent pour nous surveiller et nous contrôler. Pourquoi n’utilisons-nous pas ces technologies pour gouverner tous ensemble ?
- Si on ne vote pas, comment désigne-t-on les représentants ? Leur nécessité est un autre postulat, que les représentants eux-mêmes et ceux qui aspirent à l’être, ou à bénéficier de leurs faveurs, ne contestent pas.
- Nous disposons aujourd’hui des outils technologiques et théoriques pour créer des assemblées législatives et exécutives ouvertes à tous. Voter, c’est nier cette possibilité de légiférer de manière démocratique sans pour autant passer par des élections.
- Voter revient à désigner ceux parmi nous qui doivent prendre des décisions. La nécessité des décisionnaires est un autre postulat. Les décisions peuvent émerger d’elles-mêmes au fur et à mesure que des expérimentations prouvent leur pertinence et entérinent des pratiques. Toute l’histoire d’internet est une démonstration de cette technique décisionnaire collective. Elle est efficace, résiliente, rapide.
- Voter serait la seule manière d’avancer vers cette démocratie 2.0. Oui, à une seule condition : qu’une force nouvelle, non formatée par le système et ses vieilles idéologies, gagne le pouvoir en un rien de temps, c’est-à-dire le prenne par surprise en une seule élection. Sinon la force de l’habitude ne peut que la corrompre.
- Voter n’est concevable que pour plébisciter une nouveauté radicale. Voter est donc impossible car le système électif favorise le conservatisme.
- Tout est fait pour empêcher l’émergence d’une force novatrice car, à notre époque d’interdépendance massive, elle ne ressemble pas à un parti mais plutôt à un réseau. Elle possède une structure qui ne la prédispose pas à emporter une élection. Elle répugne à désigner des représentants. Elle ne peut donc qu’être tenue à l’écart du jeu démocratique jusqu’à ce que ce jeu explose. Ne pas voter, c’est tendre vers ce moment, le souhaiter, se préparer à l’accueillir.
- L’avenir d’un système complexe est imprévisible, or tous les candidats expliquent les mesures qu’ils prendront pour réformer ce système et l’amener à changer d’état. Ils nous mentent car ils ne peuvent savoir à quels résultats aboutiront leurs mesures. Soit ils sont naïfs, soit ils se fichent de nous et ne souhaitent pas un changement d’état, mais juste prendre le pouvoir. Et il faudrait voter pour eux ?
- Ne pas voter, c’est refuser les plans qui nous annoncent un avenir meilleur. L’avenir ne se prévoit pas, il se construit au jour le jour. Nous avons besoin de méthodes pour travailler ensemble, pas de promesses ou de projections. Or les candidats ne parlent jamais de méthodes mais des décisions qu’ils prendront. Ils préfèrent l’action autoritaire et moralisatrice à l’éthique, pourtant nous avons avant tout besoin d’un art de vivre ensemble.
- Voter pour un représentant n’a de sens que si ce représentant peut exercer une forme de contrôle sur le système. Quand la complexité du système est trop grande, ce qui est le cas pour une nation contemporaine, le représentant n’est plus qu’un guignol qui doit avant tout bien passer dans les médias.
- Un système complexe ne peut être contrôlé que par chacun des agents qui le composent. La complexité implique une réforme en profondeur de la démocratie. C’est-à-dire pour commencer de renoncer aux guignols.
- Nous n’avons pas besoin de tribuns mais de nous donner la main.
- Nous n’avons pas besoin de discrimination, ce que produit une élection, mais de fraternité.
- Voter, c’est croire en l’homme, plus souvent qu’en la femme, providentiel. C’est lui signer un chèque en blanc. C’est oublier que dans une société complexe il n’y a plus de place pour des héros réformateurs. Nous sommes tous ensemble la seule force capable de réformes.
- Voter, c’est choisir entre deux possibilités, voire entre une dizaine, c’est comme si le monde était blanc ou noir. Voter, c’est en nier la complexité et les nuances.
- Voter, c’est croire qu’il existe des solutions miracles (et pire : croire que des illuminés les connaissent).
- Ne pas voter est un privilège démocratique. Forcer le vote n’est concevable qu’en prenant en compte le vote blanc et en lui donnant le poids d’invalider un scrutin. À ce moment, une constituante devrait se former pour sortir de l’impasse.
- Voter pour une constituante serait une aberration car alors elle aurait en elle-même en germe les travers du système électif. Une constituante digne de ce nom ne peut qu’être ouverte à toutes les bonnes volontés. Elle doit être innombrable pour que sa structure soit assez complexe pour en interdire le contrôle.
- Voter pour quelqu’un qui promet de mettre en place une constituante paraît aussi incertain que de voter pour ses membres. Pour garantir son indépendance, la constituante doit s’imposer comme une réponse à un état de crise, par exemple à un taux d’abstention exceptionnel.
- Peu importe qui est élu, il devient un centre autour duquel tourne la société ce qui nous éloigne de l’expérimentation décentralisée comme réponse à la complexification. Voter, c’est centraliser.
- Quand vous êtes malade demandez-vous à vos proches de choisir un traitement en votant ou consultez-vous un médecin ? En favorisant la majorité, le système électif élimine toutes les expressions déviantes, donc celles qui ont de réelles chances de nous apporter un changement durable.
- Hitler a été mis au pouvoir après une élection. Le vote ne nous protège pas de l’ignominie, d’autant plus que pour se faire élire les candidats se prêtent souvent à toutes les ignominies.
- Si quelqu’un se présente, c’est qu’il aspire au pouvoir. Raison de plus pour l’en éloigner.
- « Voter pour » n’aurait de sens que si dans le même temps on avait la possibilité de « voter contre » et de déduire sa voix de celles du candidat qui nous paraît le plus ignoble.
- Le droit de vote est un susucre pour nous tenir tranquille, voilà pourquoi il a d’abord été accordé aux hommes, parce que nous étions plus belliqueux que les femmes.
- Après chaque élection, les candidats accusent les abstentionnistes parce qu’ils sont leurs véritables adversaires. Ne pas voter, c’est rejoindre la contestation. Ce n’est plus vouloir repenser notre statut d’esclave mais vouloir abolir l’esclavage.
- Si le vote était efficace, les capitalistes l’auraient depuis longtemps instauré dans leurs entreprises.
- Voter, c’est demander à d’autres d’agir à notre place. C’est se déresponsabiliser.
- « Mieux vaut toujours être actif que ne rien faire. » Parce que voter c’est être actif ?
- Voter, c’est donner son assentiment à des programmes pensés par d’autres, comme si nous étions nous-mêmes incapables de penser.
- Le vote n’est pas une mauvaise chose, il a simplement fait son temps. Désormais, nous devons voter continument, c’est-à-dire participer.
- Ne pas voter, c’est avertir avant la catastrophe, c’est tirer la sonnette d’alarme, c’est crier que quel que soit le candidat élu ce sera la merde. Et si c’est effectivement la merde, ne nous accusez pas après de ne pas avoir voté. C’était sans issue.
- Ne pas voter, c’est la seule chose à faire quand plus personne n’est capable de vous donner une bonne raison de le faire.
- Voter, c’est valider la gabegie électorale. Cet argent aurait mieux servi à soutenir les plus démunis. Le budget d’une campagne devrait être nul. Le financement devrait se limiter aux bonnes volontés.
- Pourquoi les enfants n’ont-ils pas le droit de vote ? Ne font-ils pas partie de la société ? N’invoquez pas leur irresponsabilité, beaucoup d’irresponsables votent. Le droit de vote devrait être accordé après un QCM réussi sur l’élection. En attendant, un enfant de dix ans ne vote pas, un assassin de trente, oui.
- « Mieux vaut donner son avis. » Ne pas voter n’est-ce pas donner son avis ? Le message paraît clair, non ? Y’en a marre !
- Rappelez-vous 1968. On criait dans les rues « Élections piège à cons. »
- Voter, c’est remplacer un chef par un autre. Beau projet. Comme si le jeu des chaises tournantes avait une vertu régénératrice. Ce serait peut-être le cas si on changeait aussi le tableau de bord qui se trouve devant les chaises. Mais on ne nous demande pas notre avis à ce sujet lors d’une élection.
- Quand vous votez non lors d’un référendum, on ignore votre choix et on fait comme si vous aviez dit oui. C’est vrai, vous êtes trop bêtes pour avoir un avis sérieux sur des questions difficiles. Choisissez des candidats, mais surtout ne pensez pas.
- Pourquoi voter quand, pour l’essentiel, les rouages de nos sociétés ne dépendent d’aucun vote ?
- « Vous pouvez au moins voter contre. » Mais quand on est contre tous les choix proposés ? Entre la peste et le choléra, mieux vaut s’abstenir.
- Voter contre le pouvoir en place, c’est se préparer au pire. C’est le système qui va de mal en pire, pas les hommes ou les femmes qu’on place à sa tête.
- Nous sommes plus de 60 millions de Français et nous n’avons que le choix entre une dizaine de candidats. Nos autres concitoyens sont-ils indignes de se présenter ?
- Ne pas voter, c’est exiger plus de droits et non pas renoncer au droit de vote.
- « Votez pour changer. » Depuis quand une élection a changé quoi que ce soit ? On bascule de gauche à droite régulièrement. Est-ce que les choses s’améliorent ? Du côté de l’économie, de l’écologie, de l’harmonie, du bonheur… Nous vivons une crise systémique contre laquelle le vote semble malheureusement impuissant. Pourquoi aucun candidat sérieux n’envisage sérieusement le dividende universel ?
- Être séduit par un candidat, ce qui est tout à fait légitime durant une campagne, devrait nous mettre en alerte. Raison de plus pour ne pas voter pour lui et le précipiter au casse-pipe, nos espoirs avec lui. Nous n’avons pas à confier les commandes de notre pays aux personnes qui nous plaisent le plus.
- Voter, c’est vouloir que le spectacle politique continue. C’est inévitable dans un monde médiatisé. Une élection n’est qu’un jeu radiodiffusé, télévisé, internetisé…
- Voter, c’est nier que le pouvoir est ailleurs.
- Voter pour un candidat en étant en désaccord majeur sur certains points avec lui, c’est se compromettre.
- Voter contre un candidat sous prétexte de désaccords majeurs implique de voter pour un autre, ce qui n’est pas obligatoirement envisageable (cf supra).
- Dans un système non proportionnel, voter, c’est accepter les compromissions des seconds tours.
- Du fait même de la complexité sociale, nous ne pouvons pas être d’accord sur tout avec quelqu’un d’autre, et c’est une chance. Pourtant, voter, c’est mettre aux commandes quelqu’un avec qui nous avons des divergences. Nous ferions mieux d’expérimenter ensemble et ainsi de dépasser nos contradictions.
- Voter, c’est souvent vouloir changer la société avant de se changer soi-même, c’est même souvent une excuse pour ne pas le faire.
- Voter ne nous approche pas de l’insurrection citoyenne, même si une campagne électorale peut être mise à profit pour populariser l’insurrection. L’insurrection se joue à chaque seconde de nos vies.
- Plus le nombre des abstentionnistes grossira, plus le régime sera instable car il aura face à lui une foule d’autant plus prête à combattre ses mesures qu’elle ne l’aura jamais cautionné.
- « Ne pas voter, c’est se taire pendant cinq ans. » Parce que voter c’est avoir droit à la parole jusqu’à la prochaine échéance ? C’est les élus qui ont la parole, pas vous.
- Voter, c’est se reconnaître dans une incarnation de la politique. C’est un peu mystique comme attitude, voire déiste.
- La démocratie internet n’existe pas. Instaurer le vote électronique ne changerait rien. La société des réseaux est étrangère à l’idée de représentation. Voter, c’est refuser l’avènement de cette société.
- Ne pas voter, c’est résister.