dimanche 12 février 2012

Revue de presse européenne

Bon... Grosse semaine du côté de l'Europe...

J'imagine que vous avez suivi ça comme moi au jour le jour...

On va se faire un petit récapitulatif...

   Dimanche :

Merkel soutient Sarkozy dans une interview commune.

   Lundi :

En France, les contours de la taxe sur les transactions financières sont arrêtés. A noter de manière notable une taxe de 0,01% sur les annulations d'ordre afin de s'en prendre au High Frequency Trading. Une excellente mesure, afin de supprimer les quotes sur le marché, et tous ces faux ordres visant à le manipuler, comme ZeroHedge, qui reprend Nanex, l'explique depuis longtemps. Reste à voir ce qui va être concerné par ça, alors que quasi rien ne se trade en France...

Toujours en France, on en est à -26% de "production de crédit" immobilière entre janvier 2011 et janvier 2012...

UBS repris par ZH pointe que l'élection de Hollande, avec son programme de non rigueur, risque de faire des remous sur les marchés, surtout sur la dette française.

   Mardi :

L’effet de contamination : Les difficultés de la zone euro gagnent les États voisins. L’Europe de l’Est condamnée à une crise profonde.

Agence de notation indépendante I-CV : Super bearish sur l’Espagne/Confiance concernant l’Italie

   Jeudi :

On craint de plus en plus un défaut grec, à l'ancienne, avec déclenchement des CDS... La tentative de créer un dilemne du prisonnier entre créanciers ne prend pas alors que les créanciers privés prennent la perte seuls et refusent le deal.

Merkel affirme qu'elle ne sera pas de celle qui poussera la Grèce hors de l'euro. Schaüble fait tout pour donner l'argent au compte gouttes.

La Grèce ist nicht sehr contente avec Frau Merkel :


Et une vidéo assez étonnante, où Schaüble explique le programme au ministre des finances portugais dans une réunion européenne :
Schaeuble Blesses Gaspar: German FinMin Promises To Rescue Portugal
ZeroHedge, 09/02/2012 (traduire en Français texte en anglais )
→ lien
In an incredibly candid 'informal' discussion caught on video by Portugal's TVi24 television crew, German finance minister Wolfgang Schaeuble gives Portuguese finance minister Vitor Gaspar 'the nod' that after the Greek deal is done, Germany will relax the conditions of the financial assistance program for Portugal.

It would appear that once they have flexed their muscles against the Greeks (think Lehman?) then (and only then) can (and will) they 'help' the Portuguese.

Wolfgang Schäuble: If at the end we need to make an adjustment to the program [Portuguese], having taken large deciosões about Greece ... This is essential. But then, if necessary an adjustment of the Portuguese program, will be prepared. Vítor Gaspar: Thank you very much. Wolfgang Schäuble: No problem. Since ... It is that members of the German parliament and public opinion in Germany does not believe that pour decisions are serious, why not believe in pour decisions about Greece. Vítor Gaspar: We made ??very substantial progress in the European context. Wolfgang Schäuble: Yes, you did progress. Vítor Gaspar: Yes, we did. And now we have to work ...



La Grèce est donc là pour servir d'exemple. La rigueur n'ira pas jusqu'au bout.

Lauvergeon affiche son soutien à Hollande... Après Uramine, ça augure du meilleur pour la banque publique d'investissement qu'elle va nous sauver...

   Vendredi :

Baisse constante de l’exposition des fonds mutuels US aux Banques Européennes


Qui détient la patate chaude grecque et n’a de cesse que de vouloir la refiler ?


Un syndicat de policiers grec excédé d'être associé aux politiques de rigueur menace d'arrêter les membres du FMI en Grèce.

S&P dégrade 34 des 37 banques italiennes.

   Dimanche :

Violentes manifestations en Grèce. La foule a la rage du désespoir. Plusieurs petits incendies. Démission de ministres et de députés qui refusent de voter la rigueur.


De manière plus générale, du côté des taux européens, après l'intervention de Draghi mâtinée de Sarko trade, c'est la détente générale et les spreads se resserrent avec l'Allemagne.

Et un article expliquant à quoi ressemblerait en pratique une sortie de l'euro de la Grèce :
A quoi ressemblerait le premier jour après la sortie de l’euro pour le Premier ministre grec? par Wolfgang Munchau
express.be via Le blog à Lupus, Wolfgang Munchau, 09/02/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Dans le pire des scénarii, le gouvernement grec décide d’en finir avec les contraintes européennes, et de prendre secrètement un train de mesures pour organiser la sortie de l’euro.

Il devrait probablement attendre un vendredi pour faire passer un décret sans passer par le vote au parlement pour ordonner le départ de l’euro, et la réintroduction d’une monnaie grecque. Il lui faudra probablement agir de manière dictatoriale, et commettre un certains nombres de délits pour faire passer plusieurs lois en force. Il devrait ordonner la fermeture des frontières, fermer les banques pendant plusieurs jours, stopper leurs transactions, et les couper des communications internationales. Peut-être même l’armée et la police seraient envoyées à la rescousse pour contrôler que cette suspension des transactions est bien effective.

Ensuite, il expliquerait à la télévision sa décision. Entretemps, il y aura déjà eu des conséquences définitives à ce départ, et notamment l’effondrement du système bancaire, ce qui coupera l’herbe sous le pied de l’opposition. Ainsi, la sortie de l’euro obligerait probablement à suspendre la démocratie.

Immédiatement, tous les comptes seront convertis dans la nouvelle monnaie nationale, probablement au cours de 1 euro pour une unité de monnaie nationale. En effet, dans l’urgence, il n’aura pas été possible de faire préparer de nouveaux billets et pièces. Il faudrait donc que les banques tamponnent les billets en euro pour les marquer et leur donner leur nouvelle dénomination. Bien évidemment, à l’annonce de la nouvelle, de nombreuses personnes chercheront à transférer leurs fortunes en euros liquides hors de Grèce pour sauver leurs économies, et il faudra maintenir les contrôles aux frontières pour les empêcher de quitter le pays.

Le ministre des Finances grec annoncerait un défaut sur toutes les dettes étrangères de la Grèce, et à partir de ce moment, la Grèce ne recevrait plus aucun financement de l’extérieur. Pour se financer, elle devra prélever des impôts plus importants. Mais comme le pays est en déficit primaire (il est encore en déficit, même si l’on ne prend pas en compte les intérêts qu’il a à payer sur sa dette dans le calcul de celui-ci), il devra également réduire drastiquement les dépenses de l’Etat, à un niveau encore jamais vu jusqu’alors. Cette réduction induira probablement une contraction sur le PIB plus importante que l’effet positif de la dévaluation de la monnaie qui suivra inévitablement. Les banques s’effondreraient probablement, et la banque centrale devrait se porter à leur secours. Le gouvernement devrait probablement surveiller l’évolution des salaires et des prix pour empêcher une flambée de l’inflation. Même si le tourisme devait être stimulé par la dévaluation de la monnaie, ses recettes ne pourraient compenser la chute de la production.

Dans un scenario moins dramatique, la Grèce pourrait négocier les conditions de sa sortie. La zone euro accepterait probablement de continuer à financer le système bancaire grec qui pourrait à son tour maintenir le financement du pays, et permettre une réduction en douceur du déficit primaire. Une sortie consensuelle serait bien préférable à une sortie violente, mais elle sera difficile à obtenir si la Grèce décide d’imposer un défaut. En même temps, sortir de l’euro, sans pouvoir faire défaut, cela n’a pas vraiment de sens.

« Une sortie d’un ou plusieurs pays pourrait être inévitable », conclut Munchau. « Mais elle serait incroyablement désorganisée et au mieux, limite sur le plan légal. Elle créerait une instabilité financière dans le pays et ailleurs. Et elle pourrait déclencher d’autres sorties. Faites-donc bien attention à ce que vous souhaitez ».

Bertez sur les anglo saxons, Ugeux sur la BCE, h16 sur Hollande... 3 articles de fond...

A Chaud!!!!! du Samedi 11 février 2012 : ”Géopolitique: quand Gribouille gére l’Europe” par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 12/02/2012 (en Français texte en français )
→ lien
“L’Europe choisit l’austérité , les États Unis la refusent

L’Europe affaiblit ses banques, les États Unis les protègent”

Bill Gross : “We are witnessing the death of abundance and the borning of austerity, for what may be a long, long time”.

Étant marchand de valeurs à revenus fixes , Bill Gross ne peut que parier et prier pour sa paroisse. Les détenteurs d’obligations aiment la déflation, ils sont enclins à prévoir donc des mondes déflationnistes. C’est la même chose pour Rosenberg , ne conseillant que les obligations et les valeurs à haut rendement il a tendance à voir partout les stigmates de la déflation. En passant, chez lui, cela n’est certainement pas lui qui fait les courses et paie les factures. Gross a essayé de se lancer sur les actions, avec les conseils du maestro Greenspan qui y a cru un moment, cela ne lui a pas vraiment réussi. Donc il revient à ses premiers amours et prêche pour elles.

Il faut toujours se poser la question de savoir pourquoi les gens parlent, àquel titre, quels intérêts ils défendent, qu’est ce qui les fait vivre etc. Cela aide à décoder.

Churchill disait et l’étayait par de multiples références historiques que les États Unis finissaient toujours par faire ce qu’il fallait après qu’ils aient épuisé toutes les autres alternatives. C’est une nation contradictoire, avec de grandes idées de grandes convictions, mais dans les circonstances sérieuses, ils sont pragmatiques, réalistes et ils se déterminent cyniquement en fonction de leur seul intérêt. La morale, les valeurs, c’est bon pour les autres, en régime de croisière, par temps calme.

Contrairement à l’Europe et contrairement aux apparences, la gestion américaine est stratégique, dominée qu’elle est en souterrain par les Instituts comme la Brookings, la Rand, les Think Tanks de la Ivy League , les fondations ,vieilles familles etc. Obama vibrionne c’est d’accord, mais dans d’étroites limites et dans un cadre bien balisé et délimité. Selon toute vraisemblance, il repassera car, comme par hasard, on n’a aligné face à lui que des personnages falots, contestables et contestés. Sans envergure sauf RON PAUL, mais ce dernier, non establishment est boycotté par les médias.

Obama, les professeurs de la Ivy League le pensent est le meilleur, non pas pour gouverner, mais pour traverser et faire traverser ce passage difficile. Il est l’homme qu’il faut pour préserver les intérêts à long terme des américains et des classes gouvernantes.

On ne peut pas échapper au keynésianisme qui est une sorte d’aumône aux pauvres pour qu’ils ne fassent pas la révolution, on ne peut pas échapper à la dette, mais on a le cynisme de croire que l’on n’aura jamais besoin de la rembourser. Le monde et surtout pas les chinois et les producteurs féodaux du pétrole ne sont en position d’exiger le remboursement ou même de faire la moindre pression. Ils ont bien trop à faire à maintenir ”l’ordre” chez eux et à rester en place.

Pour l’élite américaine, c’est un mauvais moment à passer, les autres ne sont pas en position de contester le droit américain de prélever le maximum sur la richesse mondiale. La crise et c’est essentiel, n’est pas, pour les Américains, ”un game changer”

Leur conviction est que ”The WORLD AMERICA MADE” est le meilleur des mondes possibles et que cela leur donne sinon tous les droits, du moins toutes les justifications.

Donc ils ne vont pas changer, ils vont forcer le monde à avaler les couleuvres, à accepter de payer le prix pour que l’ordre américain, la Pax American dure et même se renforce ou se restaure.

La grande erreur des Européens est de croire que la crise est game changer, que dorénavant ce ne sera plus comme avant, de croire que les américains sont sur le déclin! Ils ne voient pas que les États Unis et leur clone Anglais ne changent qu’à la marge, qu’ils ne font que raboter ce qui est le plus saillant à la fois pour des raisons de politique intérieure et pour l’image extérieure. Sur le fond les Anglo saxons y croient et veulent que cela continue comme avant. Que le système monétaire et financier reste la pièce centrale du dispositif global, à leur profit.

Le britannique Osborne disait il y a quelques jours qu’il ne laisserait pas les Européens détruire l’industrie britannique, l’industrie pour lui, c’est la City. Les américains bien entendu ne suivent pas les européens dans leur délire contre les banques. Mais cela ne leur déplait pas que Sarkozy fasse le forcing dans ce sens et porte un coup fatal , si cela se fait et si cela se généralise en Europe, aux concurrents des banques américaines et britanniques. La morale c’est bon pour les autres, surtout quand cela les affaiblit !

L’argent, les capitaux, les flux c’est le nerf de la guerre, c’est ce qui permet, passez la transposition, ”les drones et le caviar”, dans le vieux temps on parlait du beurre et des canons, les temps ont changé.

Sarkozy ne l’a pas compris car, en fait il veut des choses contradictoires faute à la fois de bons conseils et de bonne réflexion. Il veut rester dans le monde global avec ses alliés anglo saxons, mais en même temps, il veut préserver, voire revenir aux spécificités européennes radicales socialistes.

Comme nous disait un jour Georges Marchais a l’occasion d’une émission de radio a propos de la malheureuse participation au gouvernement du PC, ”Il ne faut pas faire le grand écart, cela fait mal aux c…lles”

L’Europe, sous la conduite de Merkel et Sarkozy parie sur le fait que le système est au bout du rouleau, au lieu de s’adapter, de faire le gros dos, d’utiliser les subterfuges comme les font les anglo saxons, ils prennent des mesures qui n’ont de chance de réussir que si le système change. Ils ont la naïveté de croire qu’ils vont faire exemple, que l’on va les suivre. Ils taxent leurs fers de lance, leurs citoyens, reréglementent , attachent des boulets aux pieds etc

Dans un monde qui, selon toute vraisemblance continuera d’être dominé par les anglo saxons, au lieu de se préparer, l’Europe reconstruit des lignes Maginot. Ou bien on développe un modèle autonome , on s’isole et cela a un sens de jouer la carte du spécifique , ou bien on fait le pari de la poursuite de la globalisation sous le règne anglo saxons et on fait le maximum pour en tirer parti.

Le maximum pour en tirer parti, c’est tout en ensemble de priorités radicalement opposées, à 180 degrés de ce que l’on fait. Ce n’est pas l’austérité, l’aggravation fiscale et réglementaire, ce n’est pas la distribution, la répartition c’est l’investissement, la reconnaissance des bienfaits du leadership, de l’éducation, du travail productif, la récompense de l’effort, le refus de la victimisation.

Ce n’est pas l’idiotie qui consiste à ruiner les pays pour sauver les banques et en même temps à les affaiblir, à les émasculer face à la concurrence.


Bref le maximum pour en tirer parti , c’est le contraire du Gribouille dans lequel l’Europe et surtout la France s’enfoncent.

Tout et son contraire n’ont jamais fait une bonne politique. Seule la cohérence paie. Tout le reste n’est que gaspillage. La politique incohérente des européens les met en première ligne pour payer le prix que les américains vont faire payer au reste du monde pour se sortir, vainqueurs, de la crise.


Et puisqu'on était sur Bertez, je vous mets aussi ce post de George Ugeux, qui ne manque pas de résonner avec un post précédent où Bertez parlait du mythe de l'unvulnérabilité du couple Etat/Banque centrale :
La Banque Centrale Européenne risque-t-elle d’exploser en prêtant aux banques?
Démystifier la finance, George Ugeux, 12/02/2012 (en Français texte en français )
→ lien
C’est un signal d’alarme que les observateurs de la situation européenne se doivent d’envoyer aux dirigeants de l’Union Européenne. L’accumulation de risques dans le bilan de la Banque Centrale Européenne (BCE) est devenu un sujet de grave inquiétude, né du fait que le bilan de l’institution va au-delà des limites prudentielles. Or, pour exercer ses responsabilités monétaires, la BCE a besoin d’être une institution financière solvable. Le Conseil de la BCE est loin d'etre unanime sur cette politique dont les risques sont devenus excessifs et la nouvelle tranche de prêt illimité aux banques à trois ans à 1 % qui sera octroyée ce mois-ci soulève la question de la stabilité de la BCE.

Qui plus est, son Président, Mario Draghi, semble encourager activement les banques à emprunter auprès d’elle alors que le bilan de la BCE est déjà surexposé. Pour ce faire il va jusqu'à s'opposer publiquement au président de la Deutsche Bank, Joseph Ackermann, qui considère que ce recours à la banque centrale devrait rester une intervention de dernier ressort, ce qui est parfaitement exact. Pour lui, les banques qui y font appel sont stigmatisées. Pourquoi donc le Président de la BCE est-il devenu le missionaire de ces crédits, sortant ainsi de sa fonction prudentielle de banquier central ? La situation bancaire europeenne est-elle devenue si précaire ?
Malgré le respect que j’ai pour la BCE et ses dirigeants, je ne puis pas souscrire à cette opération. Elle va, une fois de plus, utiliser l’argent public pour les banques qui pourront ainsi améliorer leur liquidité, mais surtout, réorganiser leur bilan et diminuer le coût de leur endettement. La BCE n’en a pas les moyens, et les banques n’en ont pas besoin, sauf dans des cas extrêmes qui sont du ressort des États où elles sont domiciliées.

A la suite de l’opération de décembre dernier, la taille du bilan de la BCE a augmenté de 3 5% en 2011. Certes, il y a deux mois, nous vivions un moment de grande tension sur la liquidité et la première tranche de prêt de la BCE a pu être utile. Mais ce n’est plus le cas. Le niveau d’endettement de la BCE correspond à celui de Lehman Brothers avant son explosion.



L’opération de ce mois-ci augmentera la taille du bilan de la BCE de 40 % à près de 4 000 milliards d’euros. C’est a peu pres le double de celui de la Reserve Fédérale des États-Unis (2.200 milliards d’euros). Cette croissance est intenable. Le montant des prêts de la BCE va doubler en 2012. Les banques ont maintenant eu le temps d’analyser la manière d’optimiser l’utilisation de ces deniers publics à bon marché et à moyen terme. Le Financial Times prévoit qu’elles lèveront deux fois le montant de décembre 2011 (494 milliards d’euros).

Mais il n’y pas que la taille du bilan, il y a aussi la qualité des suretés déposées par les banques : pour permettre une intervention plus importante de la BCE, il a fallu admettre en gage des titres qui n’atteignaient pas le niveau de qualité que l’on attend des banques centrales. Il n’y avait en effet pas assez d’actifs de première qualité disponibles pour couvrir les mises en gage requises. Si Joseph Ackermann est suivi, les emprunteurs de la BCE seront eux-memes de moindre qualité.

Enfin, en prêtant à 1 % à 3 ans, la trésorerie de la BCE accepte un risque de financement et de taux d’intérêt. La BCE n’est en effet pas un émetteur de titres à moyen terme, et les dépôts des banques sont en très grande majorité de l’ordre de la semaine ou du mois. Ceux-ci varient de 300 à 500 milliards d'euros, mais pourraient s’avérer volatiles. Ou la BCE va-t-elle trouver les liquidités pour octroyer ces 1 000 milliards additionnels et a quelles conditions de taux et de durée ?

Pour soutenir tout cela, 69 milliards de fonds propres sont évidemment insuffisants. Ils risquent d'etre écornés par des amortissements sur son portefeuille d'obligations grecques. Alors que l’on va demander aux banques 9 % de fonds propres au sens strict (niveau 1), la BCE vit avec 2 % de fonds propres. Si on y ajoute un compte de réévaluation de 130 milliards, on atteint 5 %. Tout cela n’est pas sérieux.

Une banque commerciale dont le bilan augmenterait de 40 % après une hausse de 35 %, qui accepterait des suretés de moindre qualité de ses débiteurs, qui prendrait un risque de taux et de financement pour la moitié de son bilan et qui disposerait de fonds propres insuffisants, serait aujourd’hui considérée comme dangereusement déséquilibrée, et probablement en faillite.

Et pourtant, la BCE ne fera pas faillite. Elle a derrière elle… les contribuables européens qui devront, si la situation se tendait et une crise de liquidité, de crédit ou de confiance devait se développer, injecter des fonds propres dans la BCE pour assurer sa survie. C’est donc sur les budgets européens que repose le risque ultime de la BCE, tout comme des autres institutions financières européennes.

Les gouvernements ont agi de manière irresponsable en traitant la BCE comme un réservoir sans limite pour les problèmes qu’ils ne parvenaient pas à résoudre. Ils ont choisi d’ignorer les contraintes de la vocation et du bilan de la BCE. Il est plus facile de transférer des actifs à la BCE que de les prendre en charge et de tenir compte du fait qu’il s’agit d’une dette publique, meme si elle n’est pas comptabilisée comme telle. En encourageant les banques à emprunter auprès de la BCE son Président ne fait que gagner habilement du temps comme le titrait le Financial Times.

C’est ces considérations qui me font pousser un cri d’alarme, et d’espérer, s’il en est encore temps, que l’on pourra, sinon arrêter, du moins réduire, une opération dont les conséquences pourraient s’avérer dramatiques. L’explosion de la BCE aurait un effet nucléaire sur la planète financière.


Hollande, menteur, fou ou simplement copieur ?
hashtable, H16, 12/02/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Une question, au départ lancée par l’Hérétique, occupe un peu la blogosphère actuellement. Mon confrère blogueur l’a tournée ainsi : « Hollande ment-il ou est-il fou ? » au sujet de son programme présidentiel. Vincent Bénard, quant à lui, plutôt que s’interroger sur la folie du candidat, préfère poser le débat dans ces termes, proches : Hollande bluffe-t-il ? Sollicité par ces deux valeureux chroniqueurs, je vais tenter, moi aussi, d’apporter quelques éléments de réflexion à ce débat.

Toute la discussion part, dans l’hypothèse où François Hollande serait élu, sur les deux propositions suivantes :

- si le nouveau président applique effectivement le programme décrit dans sa plateforme électorale, la France va directement à la catastrophe, sans détours, et très vite. Il serait donc fou ou manquerait cruellement de lucidité.

- si, en revanche, le président n’a aucunement l’intention d’appliquer son programme, parce que connaissant les conséquences calamiteuses qu’il entraînerait, on peut alors dire qu’il ment ouvertement en formulant de telles propositions.

À ce point de la présentation du débat, on lira avec profit les éléments rapportés par Vincent Bénard dans son dernier papier : Hollande ayant déjà prouvé sa nullité en matière de gestion (la Corrèze, son département, est en faillite), sa nullité en matière de poigne (face aux problèmes internes du PS dans les Bouches-du-Rhône ou dans le Pas-De-Calais), le chroniqueur pense que le nouvel occupant de l’Elysée appliquera les parties les moins coûteuses de son programme et bricolera des compromis (qui deviendront compromissions) pour le reste et que, de mollesse en lâchetés, le pays ira à sa catastrophe.

Si les conclusions de Vincent sur l’avenir du pays (un effondrement total et rapide en cas de victoire socialiste) me semblent bien malheureusement parfaitement crédibles, les termes dans lesquels sont posés le débat me paraissent un peu biaisés.

Le débat formule ainsi une alternative simple : Hollande sera plus mené par les événements que réellement leur déclencheur, ou alors, c’est qu’il a perdu les pédales.

Il y a cependant une autre possibilité : non, Hollande n’est pas fou, et non, Hollande ne ment pas quand il présente son programme aux masses. J’irai même jusqu’à dire qu’il est probablement modérément satisfait par cet amoncellement de bric-à-brac socialiste dépensier, convaincu qu’il contient de bonnes idées et qu’il va même permettre d’améliorer un chouilla la vie de ses concitoyens.

En fait, Hollande, comme la plupart des énarques et des politiciens de ce pays, n’est tout simplement pas équipé pour comprendre que son programme est une recette concentrée pour un désastre garanti sur facture (et quelle facture !) ; non, Hollande ne ment pas. Il n’est pas fou. Il est simplement resté coincé à l’heure des cuisines en Formica et son principal ennemi, c’est Valery Giscard d’Estaing. Oui, Hollande n’est pas fou, il ne ment pas, il applique uniquement une petite combine simple pour obtenir le vote d’un maximum de citoyens.

J’exagère ?

Examinons quelques éléments troublants.

Tout comme l’ancien François qu’il s’emploie à imiter de très près, il a le même slogan taillé à grosse serpe : au « Pouvoir de l’argent », il a tout juste troqué le « Monde de la finance ».

Tout comme l’autre, il nous propose un programme en un nombre conséquents de points (60 actuellement, au lieu de 110 jadis, déflation oblige) et le contenu est sans grande ambiguïté puisqu’on y trouve les mêmes lunes socialistes.

En vrac, on peut citer :

  • l’éternelle relance économique par la consommation, qui, bien que n’ayant jamais fonctionné nulle part (ni en 1981, ni maintenant), continue d’exciter les keynésiens de tout crin par son côté Dépense Dirigiste Ludique et Incontrôlée.
  • des redistributions massives, opérées par des ponctions (impôts) et des taxes en pluie de plus en plus drue, dont on sait déjà qu’elle vont accroître les inégalités et aggraver le problème qu’elles sont censées résoudre.
  • une immixtion permanente et tous azimuts de l’Etat dans l’économie, pour tout le monde et tous les secteurs professionnels, comme si des essais (et des échecs) n’avaient jamais été réalisés auparavant.
  • un changement unilatéral des politiques européennes : les traités sont comme les promesses électorales et n’engagent en tout cas pas ceux qui les signent.
  • le Livret A, utilisé en 1981 et en 2012 pour capter (capturer ?) l’épargne des gogos Français.
  • des emplois publics en nombre, dans les deux programmes, des emplois-jeunes, des emplois qui garantissent la mixité et l’égalité homme/femme …
  • des alourdissements sur les droits de succession, l’impôt sur la fortune…
Bref : le programme de Hollande, aux évidentes modifications cosmétiques près, aux obligatoires suppression d’un contexte Guerre Froide par trop dépassé, c’est une variation légère sur le thème mitterrandien. Autrement dit, lorsqu’on vote pour Hollande en 2012, c’est qu’on veut ce que Mitterrand proposait en 1981.

Hollande : un programme copié de celui de Mitterrand

A la limite, on pourrait imaginer qu’un programme qui aurait marché à cette époque aurait une certaine valeur, voire un certain intérêt à être reproduit en cette période difficile. Mais aucune personne sensée ne peut prétendre sans rire que l’application du programme socialo-communiste à partir de mai 1981 s’est terminé sur un constat de réussite. En 1983, le pays, dans une situation budgétaire pourtant franchement plus favorable qu’actuellement, est au bord du gouffre : les caisses sont vides, et la grogne des Français palpable.

Actuellement, les caisses sont déjà vides, et la grogne des Français largement présente. L’application d’une bonne dose d’un produit qui a démontré toutes ses limites il y a trois décennies ne peut pas conduire à autre chose qu’un nouvel échec cuisant.

A l’aune de ces remarques, Hollande est-il fou ou ment-il ?

Non, il n’est pas fou : il tente simplement ce qui a porté Mitterrand à la victoire en 1981. C’est un pari, qui marche d’autant mieux que ses groupies socialistes n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent et que leur inculture politico-économique les empêche de voir cette manipulation pourtant grossière.

Ment-il ? Probablement pas. Il est persuadé que le programme pourrait être appliqué, au moins en partie, et qu’il pourrait produire des effets positifs. Et cette croyance, frisant l’auto-suggestion pathologique, est douillettement entretenue parce que, justement, elle lui permet de décrocher la timbale, de revenir de façon artificielle à cette période dorée où toute une génération avait été emportée par l’enthousiasme de la victoire socialiste.

Mais que Hollande soit fou, menteur, ou recopie bêtement une recette vieille de 30 ans, le résultat sera strictement le même : s’il parvient au pouvoir, je ne donne pas deux ans à la France pour goûter aux joies de la catastrophe économique et sociale complète.

Ce pays est foutu.

Les USA vus par Charles Gave

Un point de vue intéressant...

Quelques contre vérités sur les USA
La faillite de l'Etat, Charles Gave, 11/02/2012 (en Français texte en français )
→ lien
Comme le disait Joseph Goebbels, un expert en la matière s’il en fut, « si vous répétez un mensonge suffisamment souvent, les gens penseront au bout d’un certain temps qu’il s’agit d’une vérité ». Normalement, ce genre de pratiques ne devrait pas avoir cours dans les marchés financiers puisque les participants sont censés s’appuyer sur des informations chiffrées qui ne devraient pas prêter à la controverse. Et pourtant, surtout quand il s’agit des USA, toute une série de canards circulent dans les média, tous plus faux les uns que les autres, sans que je réussisse très bien à savoir si nous avons affaire à de la malveillance ou à de l’ignorance, couplées à une paresse certaine. Mon but dans ce nouvel article est donc simplement de corriger certaines de ces erreurs, non pas que je sois férocement pro-américain, mais simplement parce que nul ne peut prendre de bonnes décisions s’il les prend à partir d’informations qui sont fausses.

J’appellerai ces erreurs des bouteillons, célèbre concept créé par Joseph Perret dans « le Caporal Epinglé ».

   Premier bouteillon : “Les USA sont le pays le plus endetté du monde “.

Les États-Unis ont un déficit des comptes courants depuis bien longtemps. Les mercantilistes acharnés qui pensent qu’un pays est bien géré quand il a un excédent de ses comptes courants additionnent tous ces déficits depuis la nuit des temps, les transformant en une dette vis-à-vis de l’étranger et c’est cette « dette » formidable qui ferait des USA le pays le plus endetté du monde. Bien entendu, il s’agit la d’une stupidité totale. Dans la balance des paiements américaine, publiée tous les trimestres, il existe une ligne qui donne la différence entre ce que les Américains payent aux étrangers qui ont investi chez eux et ce qu’ils touchent sur les investissements fort nombreux que leurs sociétés ont fait en dehors des USA. Si les États-Unis étaient le pays le plus endetté du monde, ce solde devrait être négatif. Or il est positif de 270 milliards de dollars par an et est en progression constante. Ainsi le pays soit disant le plus endetté du monde a un cash flow positif vis a vis de l’étranger. Derrière ce grand mystère, une réalité toute simple : Les États-Unis empruntent à 2 % en émettant de la dette et placent cet argent à l’extérieur a 15% dans des actifs productifs. Les USA sont donc un peu comme un immense « hedge fund » empruntant à bas coût et investissant la ou la rentabilité est la plus forte.

   Deuxième bouteillon : “Les USA verraient leur poids dans l’économie mondiale baisser sans cesse et seraient engagés dans une décadence inexorable”.

Il y a trente ans, en 1981, le PNB des USA représentait environ 23 % du PNB mondial. Il en est aujourd’hui à peu près au même niveau (21% officiellement, mais sans doute plus s’il était calculé convenablement), mais une chose extraordinaire s’est produite dans l’intervalle : les USA se sont mis a dominer de façon absolument écrasante toutes les industries du futur, c’est-à-dire toutes celles qui touchent à l’économie de la connaissance.

D’après le classement dit de Shanghai, sur les 100 meilleures universités du monde, une grande majorité serait aux USA.

Tous les grands succès Schumpetériens (inventions de rupture) ont eu lieu aux USA : Apple, YouTube (600 millions de clients !), Google, Microsoft, IBM, Amazone et j’en passe.

Jamais un pays dans l’histoire n’a dominé à ce point le monde de l’invention, jamais.

Assurer que ce pays est en décadence ce qui a toujours été le leitmotiv des gens de gauche en France (voir le livre de JF Revel « l’obsession anti américaine” qui n’a pas pris une ride), c’est vraiment faire une analyse de la réalité qui n’a rien à voir avec les faits et tout à voir avec la haine que la gauche porte à tous ceux qui réussissent parce qu’ils aiment avant tout la Liberté individuelle et leur pays .De Gaulle disait qu’un patriote aimait son pays, un nationaliste détestait les autres pays. Les Américains sont patriotes comme peu de peuples au monde. Pour le lecteur rappelons que le déclin Américain s’est traduit par une surperformance de plus de 40 % de New-York vis-à-vis de Paris, en monnaie unique, dividendes compris, depuis quatre ans, ce qui est beaucoup, mais n’est sans doute pas près de s’arrêter.

   -Troisième bouteillon : “les États-Unis seraient en train de connaître une désindustrialisation rapide

En fait le système industriel Américain est de loin le plus important du monde et son poids n’a pas baissé dans l’économie US. C’est celui ou la productivité du travail est la plus forte, et de beaucoup. Quasiment la moitie des brevets industriels au monde sont déposés aux USA ou s’effectuent 40 % des dépenses mondiales de recherche et de développement dans ce domaine (industriel). Qui plus est, ce système compte tenu des progrès dus à la logistique et à la robotique est en développement très rapide en ce moment, au point que des signes d’un boom industriel sont en train d’apparaitre aux USA.


   Quatrième bouteillon : le Dollar serait à la veille soit de s’écrouler soit d’être remplacé comme monnaie de réserve.

Le plus rigolo des quatre, parce qu’il montre à quel point ceux qui poussent cette idée ne comprennent rien a la notion de monnaie de réserve. Pour être LA monnaie de réserve il faut être dominant militairement, financièrement, agriculturellement, scientifiquement, culturellement et offrir une sécurité juridique totale à ceux qui placent leur argent dans le pays qui l’émet. Quelqu’un peut il me suggérer un autre candidat?

Le dollar a été la monnaie de Réserve des 65 dernières années et le restera dans le futur prévisible et la preuve en est que la BCE doit demander des dollars à la Banque centrale Américaine la sébile à la main (accords de swaps), que cette dernière , dans sa grande bonté, veut bien lui accorder. Encore un grand succès de l’Euro.

Mais si tout va si bien aux USA, pourquoi ce déluge de commentaires négatifs, en particulier chez nous ? Il me vient à l’esprit deux raisons:

• Comme le disait Sacha Guitry, “je ne sais pas pourquoi ce jeune homme m’en veut. Je ne lui ai jamais rendu service”. Les USA ont vaincu d’abord le nazisme puis le communisme qui chez nous avait été supporté par toute la classe intellectuelle (encore une fois voir JF Revel). Les succès Américains renvoient tous ces esprits médiocres à leurs éternelles erreurs d’analyses, ce qui est bien difficile pour des gens aussi vaniteux. Ils continuent donc d’attendre l’écroulement final du capitalisme et donc des US- que leur prophète, qui s’est trompé sur tout leur a annoncé il y a 150 ans. Ils risquent d’attendre longtemps.
• Les USA depuis 10 ans ou plus ont été gouvernés tant au niveau de la banque centrale qu’au niveau politique par une remarquable série d’incompétents. Ces incompétents ont amené l’économie Américaine dans une situation difficile dont elle est en train de sortir-malgré eux. Comme les commentateurs sont obsédés par la politique politicienne, ils jugent les USA à l’aune de sa classe politique, ce qui est une grave erreur.

Donc, et malgré les déclarations incompréhensibles de monsieur Bernanke, je ne change pas mon conseil : restez investis aux USA en valeurs Schumpetériennes et si vous n’en avez pas, achetez en.

Sur le premier bouteillon, je vous mets la balance courante des USA :


Notez qu'il ne s'agit pas de la balance des paiements, mais une sous catégorie de cette dernière, qui n'inclue pas les flux d'investissements, dans un sens comme dans l'autre.

Voici la balance des paiements dont parle Charle Gave :


Le problème, c'est que si cet indicateur était réellement l'indicateur de flux entrants et sortants, la balance des paiements mondiale devrait être nulle... Or voici ce que sort l'OCDE pour le monde :


Et comme Wikipedia l'explique, la balance des paiements pour un pays est par nature équilibrée...

Bref, tout ceci n'est pas bien clair pour moi encore...

Sur son 4ème bouteillon, et le dollar monnaie de réserve, aucune monnaie de réserve n'a été éternelle dans l'histoire. Mais c'est pas avec les 100 milliards de montée de l'or que ce dernier va reprendre le flambeau ?


Et à part l'or, quel concurrent ?

A rapporter à l'évolution des réserves de change mondiales :


Bref, du très bon Charles Gave, qui a l'art de tout bousculer, et qui va encore me faire gamberger un bon moment...

Mais bon, intuitivement, son premier bouteillon semble incompatible avec le quatrième... On ne peut pas avoir des rentrées de devises dans le même temps que les réserves de change s'accumulent dans les banques centrales du monde...