Nous reviendrons sur les suites de la dégradation de la majorité des pays européens et ses conséquences, mais nous voulons vous faire part d’une Hypothèse de travail qui est en train d’émerger.
Nous avons, souvenez vous défini et résumé l’année 2010 comme”L’ANNEE DU NO EXIT”. Les gouvernements et banques centrales, malgré leurs espoirs ou illusions n’ont pu revenir en arrière sur les politiques non conventionnelles mises en place en 2008.
Nous n’avons pas défini 2011, mais avec le recul, nous dirions que c’est “L’ANNEE DES GOVIES. ”. La crise est entrée dans la phase classique, historique qui suit toute crise financière, à savoir les doutes sur la solvabilité des gouvernements.
Nous ne faisons que commencer 2012, il est donc trop tôt pour tenter de la caractériser, mais on peut avancer une hypothèse et prétendre que 2012 sera “L’ANNEE DES BANQUES CENTRALES”
PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :
La crise est toujours la, le système bancaire vacille, le “shadow systeme” bancaire et ses repos se grippe, les gouvernements se voient progressivement fermer l’accès au marché de la dette et ne peuvent augmenter leur endettement, les amortisseurs sociaux touchent leurs limites, bref, les banques centrales sont en première ligne.
Aux États Unis, la FED a mis en place depuis plusieurs semaines un ”case” , une propagande subreptice en faveur d’un QE3 ou 4, fondé sur l’achat de créances hypothécaires, en Chine on est a l’aube d’un renversement reflationniste, en Inde on prépare le terrain malgré une inflation toujours élevée, au Brésil c’est fait , on a pris le risque , en Angleterre on s’enfonce dans un nième QE, en Europe, la BCE avec la complicité allemande fait un QE souterrain.
Vous devriez logiquement nous dire dans ce cas appelez l’année 2012 :
”L’ANNEE 2012 DE LA REFLATION”
Nous ne le faisons pas parce que cela risque d’être faux ou avorté. L’année 2009 était l’année de la reflation, c’est vrai mais nous suggérons que la tentative de faire un remake de 2009 a beaucoup de chances d’échouer. On se baigne jamais 2 fois dans la même rivière, cela veut dire que l’expérience et les enseignements de 2009/2010 sont passés par là.
Voici une citation, parmi d’autres du gouverneur de la Bank Of Japan, elle date du 11 Janvier, rapportée par Bloomberg:”il y a des limites à ce que la politique monétaire peut faire et les gouvernements doivent entreprendre les reformes nécessaires pour aider l’économie globale. Fournir des liquidités en tant que préteur de dernier ressort est, dans son essence, une politique pour gagner du temps, et le temps que nous pouvons acheter devient de plus en plus cher”
Nous sautons le pas, nous allons plus loin que Masaaki Shirakawa et nous nous demandons si cette année 2012 ne pourrait pas être celle de la prise de conscience par les marchés, puis les gouvernements, puis les citoyens du fait que l’on a touché les limites du ”gagner du temps”, du ”kick the can”.
Les marchés ont compris depuis longtemps que l’on ”kick the can”, il suffit de lire régulièrement les commentaires des gourous et du smart money, mais ils restent dans l’idée que l’on peut encore faire un tour, que l’on peut reproduire 2009, bref dans l’idée que les banques centrales peuvent encore faire quelque chose. Et si c’était faux? Et si comme le suggère le gouverneur de la BOJ on était au bout du rouleau?
On ridiculise les japonais pour leur incapacité a sortir de la déflation, on a tort. Les japonais ont choisi une voie qui est compatible avec leur système social et politique et ils ne s’en sortent pas si mal. Mais ils ont fait des travaux considérables sur l’efficacité des politiques des banques centrales et ils en ont tiré des conclusions terribles. Finalement, elles sont impuissantes face aux crises de surendettement, face au problème de deleveraging.
Comment peut se manifester en 2012 l’impuissance, l’échec des banques centrales ?
Il est difficile de répondre à cette question car nous n’avons pas de références historiques à l’action , à l’aventure dans laquelle se sont lancé nos demiurges. On est , ils sont en terrain inconnu.
Nous livrons ceci à votre imagination et à votre sagacité.
Voici quelques pistes :
La tendance à la hausse du taux moyen d’intérêt mondial qui s’est initiée en 2011 peut s’accélérer et se généraliser, mettant de plus en plus de govies en difficulté.
Les risques de stagflation, risque fatal pour l’équilibre du système, peuvent se préciser. Rechute de l’immobilier, en particulier le commercial qui est déjà en mauvaise posture
Le marché financier mondial peut de gripper. On vit sur le mythe du hedge et des couvertures fictives des risques, l’illusion peut tomber, les yeux se déciller, c’est l’hypothèse Faber. Les dérivés subissent une crise de crédibilité et solvabilité des contreparties.
Les tensions entre les pays et à l’intérieur des pays débouchent sur un désordre des changes et un effondrement de l’apparence de concertation internationale
Structurellement, on peut évoluer vers un retour en arrière, un mouvement de contestation de la pseudo indépendance des banques centrales, contestation justifiée mais catastrophique pour le système issu de la dérégulation.
Le marché financier global qui avait tendance jusqu’en 2007 à s’unifier, se désunifie, se disloque progressivement , les obstacles à la circulation des capitaux se multiplient , on revient aux sous ensembles monétaires et fiscaux avec des réglementations, des contrôles, des taxes locales du style Tobin etc…etc
Selon LEAP/E2020, 2012 sera en effet l'année du grand basculement géopolitique mondial : un phénomène qui sera sans aucun doute porteur de graves difficultés pour une grande partie de la planète mais qui permettra également l'émergence des conditions géopolitiques propices à une amélioration de la situation dans les années à venir. Contrairement aux années précédentes, 2012 ne sera pas une année « gâchée », enlisée dans le « monde d'avant la crise », faute d'audace, d'initiative et d'imagination de la part des dirigeants mondiaux et du fait de la grande passivité des peuples depuis le début de la crise.
Nous avions qualifié l'année 2011 d'année impitoyable car elle allait faire voler en éclats les illusions de tous ceux qui pensaient que la crise était sous contrôle et qu'ils allaient pouvoir reprendre leurs « petites affaires » comme par le passé. Et 2011 fut impitoyable pour nombre de dirigeants politiques, pour le secteur financier, pour les investisseurs, pour les dettes occidentales, pour la croissance mondiale, pour l'économie US et pour l'absence de gouvernance de l'Euroland. Ceux qui se croyaient intouchables ou inamovibles ont découvert brutalement que la crise n'épargnait rien ni personne. Cette tendance va bien entendu se poursuivre en 2012 car la crise ne respecte pas non plus le découpage du calendrier grégorien. Les derniers « intouchables » vont en faire l'expérience : États-Unis, Royaume-Uni, Dollar, T-Bonds, dirigeants russes et chinois, etc… Mais 2012 va également voir s'affirmer, surtout dans sa seconde moitié, les forces et acteurs qui vont permettre en 2013 et les années suivantes de commencer à rebâtir un système international neuf, reflétant attentes et rapports de force du XXI° siècle et non plus ceux du milieu du XX° siècle. En cela, 2012 va bien être l'année du grand basculement entre le monde d'hier et celui de demain. Année de transition, elle mêlera le pire et le meilleur. Mais, ce faisant, selon notre équipe, elle constitue quand même la première année constructive depuis 2006.
Nous présentons d'ailleurs dans ce GEAB N°61 les 35 thèmes/événements, qui sont autant de recommandations, dont nous anticipons qu'ils marqueront l'année 2012 : 20 thèmes en hausse et 15 thèmes en baisse. Cette liste peut ainsi aider très concrètement le lecteur du GEAB à se préparer à l'année à venir. Réduire le temps perdu à lire des articles sur des sujets qui sont déjà secondaires en terme d’impact sur le cours des événements, ou au contraire prendre le temps d’approfondir des thèmes qui demain seront au cœur des évolutions à venir, ne pas se faire prendre par surprise par les évolutions majeures de l'année qui vient, voilà ce à quoi souhaite servir cette liste des 35 « Up and Down » de 2012. Avec depuis six ans, des taux de réussite variant entre 75% et 85%, cette anticipation annuelle est donc une aide à la décision particulièrement concrète pour les douze mois à venir.
Par ailleurs dans ce GEAB N°61, notre équipe analyse en profondeur la nature et les conséquences d'un possible QE3 que lancerait la Réserve fédérale US en 2012. Espéré par les uns, redouté par les autres, QE3 est généralement présenté comme l'arme ultime pour sauver l'économie et le système financier US qui, contrairement au discours dominant de ces dernières semaines, continuent à se dégrader. Que la FED se lance dans QE3 ou non, QE3 sera sans aucun doute l'événement financier majeur de 2012 dont les conséquences marqueront définitivement le système financier et monétaire mondial. Ce GEAB N°61 vous permettra de vous faire une idée précise sur la question.
Et QE3 jouera un rôle déterminant dans le grand basculement géopolitique mondial de 2012 car cette année verra notamment les dernières tentatives des puissances dominantes du monde-d'avant-la-crise de maintenir leur pouvoir global, que ce soit en matière stratégique, économique ou financière. Quand nous utilisons le terme « dernières », nous voulons souligner qu'après 2012 leur puissance sera trop affaiblie pour pouvoir encore prétendre maintenir cette situation privilégiée. La récente dégradation de la plupart des pays de l'Euroland par S&P est un exemple typique de ces tentatives de la dernière chance : poussés par Wall Street et la City, et du fait de leurs besoins insatiables de financement, les États-Unis et le Royaume-Uni en sont arrivés au point d'engager une guerre financière ouverte avec leurs derniers alliés, les Européens. C'est du suicide géopolitique car cette attitude oblige l'Euroland à se renforcer en s'intégrant toujours plus et en se dissociant des États-Unis et du Royaume-Uni ; tandis que l'immense majorité des dirigeants et des populations de la zone Euro ont enfin compris qu'il y avait bien une guerre transatlantique et transmanche conduite contre eux. LEAP/E2020 présentera à ce sujet ses anticipations « Europe 2012-2016 » dans le GEAB N°62 qui paraîtra le 15 Février 2012.
Répartition des dettes occidentales (2011) (en bleu clair : dette du secteur non financier / en vert : dette du secteur financier / en orange : dette publique / en bleu foncé : dette des ménages) - Sources : Haver analytics / Morgan Stanley, 01/2012
Dans un autre registre, les tentatives de créer une « petite guerre froide » avec la Chine ou de tendre un piège à l'Iran sur la question de la libre-circulation dans le détroit d'Ormuz ressortent du même réflexe. Nous y revenons plus en détail dans ce GEAB N°61.
Le grand basculement de 2012, c'est aussi celui des peuples. Car 2012 sera aussi l'année de la colère des peuples. C'est l'année où ils vont entrer massivement sur la scène de la crise systémique globale. 2011 aura été un « tour de chauffe » où des pionniers auront testé méthodes et stratégies. En 2012, les peuples vont s'affirmer comme les forces à l'origine des basculements majeurs qui vont marquer cette année-charnière. Ils le feront de manière pro-active parce qu'ils créeront les conditions de changements politiques décisifs via des élections (comme ce sera le cas en France avec l'éviction de Nicolas Sarkozy) ou via des manifestations massives (Etats-Unis, Monde Arabe, Royaume-Uni, Russie). Et ils le feront aussi de manière plus passive en générant la crainte chez leurs dirigeants, obligeant ces derniers à une attitude « pré-emptive » pour éviter un choc politique majeur (comme ce sera le cas en Chine ou dans plusieurs pays européens). Dans les deux cas, quoiqu'en pensent les élites des pays concernés, c'est un phénomène constructif car rien d'important ni de durable ne peut émerger de cette crise si les peuples ne s'impliquent pas.
Le grand basculement de 2012, c'est encore l'effondrement accéléré du pouvoir des banques et institutions financières occidentales, une réalité que nous décrivons dans ce GEAB contrairement au discours populiste actuel qui oublie que le ciel étoilé que nous contemplons est une image d'une réalité disparue depuis longtemps. La crise est une telle accélération de l'Histoire que beaucoup n'ont pas encore compris que le pouvoir des banques dont ils s'inquiètent est celui qu'elles avaient avant 2008. C'est un sujet que nous détaillons dans ce numéro du GEAB. Dans le même temps, on continue à voir les investisseurs fuir les bourses et les actifs financiers notamment aux USA.
Evolution comparée des PIB des pays industrialisés et de leur dette publique (1991-2011) (en gris : PIB / en rouge : dette publique) - Source : Spiegel, 01/2012
Et le grand basculement, c'est aussi l'arrivée à maturité des BRICS qui, après cinq années à se chercher et à prendre leurs marques, vont en 2012 commencer à peser fortement et pro-activement sur les décisions internationales. Or, ils constituent sans aucun doute possible l'un des acteurs essentiels pour l'émergence du monde d'après la crise ; et un acteur qui, au contraire des États-Unis et du Royaume-Uni, sait que son intérêt est d'aider l'Euroland à traverser cette crise.
Avec un Euroland stabilisé et doté d'une gouvernance solide, la fin 2012 se présentera donc comme une première opportunité de fonder les bases d'un monde dont les racines ne plongeront plus dans l'après Seconde Guerre Mondiale. Ironiquement, c'est probablement le sommet du G20 de Moscou en 2013, le premier à se tenir hors du camp occidental, qui concrétisera les promesses de la seconde moitié de 2012.
Tout d'abord, à noter que pour le CAC comme pour les taux, ça leur en touché une sans faire bouger l'autre, et que tout ça était déjà dans les cours. Là dessus, la préparation de terrain de S&P a fait son effet. Et surtout, les agences sont plus là pour constater une réalité de marché déjà existante, que pour faire des prévisions.
En plus de la France, on notera que l'Autriche a été dégradée, le Portugal, mais aussi l'Espagne et l'Italie de deux crans. L'Italie passe ainsi de la catégorie des A à la catégorie des B, ce qui comme l'explique Fiorentino, pourrait obliger nombreux gestionnaires à devoir dégazer pour des questions règlementaires :
L'édito de Marc Fiorentino
BFM Business, Marc Fiorentino, 16/01/2012 (en Français )
On notera aussi que S&P a expliqué que le AAA allemand était dur comme du roc, et alors que la France est passée AA+ perspective négativen l'Allemagne reste AAA stable. Le couple franco allemand, si jamais il a existé un jour, est devenu une blague. Et l'Allemagne a désormais les rênes de l'Europe. A noter qu'il faut que deux agences au moins aient dégradé un pays pour que nombre de règles s'appliquent quant à cette dégradation. Moody's devrait suivre prochainement d'après Lenglet :
Les coulisses de l'entreprise de ce matin étaient également très intéressantes, avec une chronique sur la 3ème, Fitch. Aux mains d'un français, et à qui le pouvoir ne cesse de donner des médailles en chocolat pour tenter de s'acheter son indulgence :
Naturellement, l'EFSF devrait être dégradé aussi et Merkel explique que ça n'a pas d'importance. Le PDG de Linde Group (une grosse boîte allemande de gaz), prend parti pour une sortie de l'euro.
Le blog à Lupus a aun graphe intéressant également sur la balance primaire de différents pays (en %tage du PIB), c'est à dire le déficit public avant intérêts de la dette. Et l'Italie est repassé très largement excédentaire, à +6% !
Le déficit public ne fait pas tout. Il y a la balance courante (c'est à dire la fuite ou les renrtées de devises), la croissance, et la qualité de la dette dans son ensemble (et la mauvaise dette peut aussi venir du privé)... Un des problèmes actuels est cette focalisation sur le seul déficit public, qui s'il est important, n'explique pas tout.
Et pour conclure, je vous mets les deux derniers éditos de Bertez, ici et ici...
Je vous mets quand même le deuxième édito :
L’Edito du Samedi 14 Janvier : Rating, le concours des beautés est biaisé
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 14/01/2012 (en Français )
Certains pays ont été dégradés de 2 crans, Italie, Portugal, Espagne et Chypre.
D’autres, d’ un cran seulement, Autriche, Malte, Slovaquie,Slovénie et France.
Les derniers ont été maintenus inchangés, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Estonie, Irlande, Finlande.
Les perspectives de 14 souverains de la zone restent négatives, celles de l’Allemagne et de la Slovaquie sont stables.
La France perd donc son triple A, tandis que l’Allemagne le conserve et voit son statut confirmé puisque restant en perspective ”stable”.
L’Agence a fait un travail remarquable, non seulement d’analyse, d’appréciation, mais aussi de justifications et explications de ses décisions. C’est un travail de fond, sorte de modèle du genre. Il va très loin dans la clarification de la situation européenne, dans la mise à jour des vrais problèmes, dans les insuffisances, les erreurs, les faiblesses des solutions mises en place par les dirigeants de l’Eurozone.
Tout ce que nous avons pu lire comme travail critique depuis le début de la crise, tout ce que nous-mêmes avons pu écrire est synthétisé, décortiqué et le fait n’est pas coutume, les liaisons causales sont claires, justes, pas de pirouette.
Pour tout dire, le travail de S&P constitue un bon instrument de travail, un document de référence aussi bien pour les professionnels des marchés que pour les politiques et même les partenaires sociaux. Une sorte de Bible à laquelle se référer avant de choisir une politique ou une position face aux mesures à prendre. On peut regretter le langage abscons utilisé lorsque l’on aborde le sujet sensible des divergences, des conflits entre les intérêts des différents pays et des différents groupes sociaux, mais peut-être est-ce simple pudeur, ces choses ne sont généralement évoquées qu’en parler politiquement correct. Plus de netteté et d’accessibilité aurait certainement contribué à la prise de conscience par les différents acteurs de la réalité de la situation.
Maintenant que nous avons, sans équivoque aucune, exprimé notre satisfaction et étalé nos louanges, passons à l’essentiel, à savoir que ce travail est totalement biaisé, idéologique et, pour tout dire, il repose sur un soubassement contestable, des prémices idiotes.
L’erreur est fondamentale et la question qui vient immédiatement à l’esprit est : est-ce volontaire ou bien est-ce inconscient, tellement inconscient, ancré dans les structures de pensée dominantes que S&P ne s’en rend pas compte? Notre réponse est que les gens de S&P ne sont pas conscients, ils n’ont pas d’esprit critique et c’est ailleurs, dans le plus profond du système que l’on pense pour eux.
Reprenons notre petit livre rouge non pas Mao, mais de Keynes. Il nous dit que les marchés fonctionnent, non pas en absolu, mais comme un concours de beauté, les choix se font en relatif. Et puis il nous conseille, si vous voulez réussir, c’est le jury que vous devez étudier. Keynes avait parfaitement assimilé notre époque, une époque marquée par les chute des référents, la disparition des points fixes, l’évanouissement du réel au profit de ses signes. Au profit de ses signes manipulés.
Le rating d’un pays ou d’un bloc des pays est fondamental: c’est le rating qui gouverne l’accès aux marchés financiers. Si vous avez une bonne note, vous êtes autorisé à prélever sur la richesse et les ressources réelles mondiales en échange de papier, de promesses. S’endetter, c’est attirer à soi, maintenant, quelque chose de concret, d’utile, palpable en échange… de vent. Ce vent, vous pouvez l’émettre si vous inspirez confiance. Vous pouvez inspirer une confiance solide, fondée si vous avez un bon record, une bonne réputation. Vous pouvez aussi inspirer une confiance douteuse si vous êtes Enron, un banquier « extend and pretend », ou un souverain qui triche. Vous pouvez aussi inspirer confiance parce que vous êtes les plus forts et que c’est vous qui fixez les règles, le texte-book de la détermination de la confiance. Vous pouvez inspirer confiance pour les deux raisons à la fois, vous trichez sur votre comptabilité, vos chiffres et, en même temps, vous êtes celui qui impose les règles du jeu.
Les canons du concours de beauté, les critères sont fixés par les Américains et le jury est américain.
Tout travail de rating non idéologique, non biaisé, devrait expliciter son référent, ses bases, sa relativité. Il devrait faire ressortir clairement que ce qui compte, ce n’est pas le réel, la sphère concrète, mais la la comparaison avec la sphère financière, le crédit des États-Unis. Ceci devrait être intériorisé dans l’appréciation, « embedded » comme on dit aux USA.
Poussons à l’absurde, mettons-nous en situation de guerre, de conflit ouvert avec les États Unis, grâce à leur situation au Centre du système, ils sont les seuls à pouvoir se financer: ils nous ferment l’accès aux marchés puisque, déjà difficilement solvables, nous devons nous endetter encore plus, sans avoir de prêteur de dernier ressort pour nous solvabiliser à l’infini.
L’hypothèse de la guerre militaire est peut-être absurde, mais celle de la guerre commerciale, financière, statutaire pour la place dans le monde, ne l’est pas. La Chine, la Russie en sont conscientes.
La masse de liabilities, de promesses, qui pèsent sur le système américain devient colossale, de fait, les États-Unis sont, deviennent, insolvables comme l’étaient leur secteur Telco dans les années 2000.
Les chances pour que les prêteurs et apporteurs de capitaux retrouvent leur argent, fassent le plein du pouvoir d’achat de leurs assets américains deviennent nulles.
Qu’est-ce que cela signifie? Les Agences avec leurs critères et leurs hypothèses de base sont incapables de déceler le moment ou l’on franchit le seuil d’insolvabilité, de localiser le montant à partir duquel les créances deviennent irrécouvrables. La dissymétrie étant incluse dans le système, il est impossible de mesurer, d’avertir et d’éviter.
Qu’est-ce qui dit que ce moment n’est pas déjà derrière nous, que les limites n’ont pas déjà été franchies. Qu’est-ce qui garantit que cela ne sera pas fait ces prochains mois? Certainement pas la FED et sa connivence avec le pouvoir politique et la classe kleptocratique, certainement pas Obama, ses compères démocrates et ses théoriciens de la croissance à tout prix? Les marchés? Les bonds vigilantes? Ils ont été neutralisés par les quantitative easing et la propagande. Le paradigme du risk-off créé par les États-Unis et pour les États-Unis leur garantit de pouvoir sans arrêt, chaque fois que c’est nécessaire, agiter le grelot de la peur et de l’insécurité qui leur est si favorable.
Les États-Unis se moquent des rating, ils ont créé un entonnoir qui leur fait récolter les capitaux mondiaux par défaut. Nous soutenons que la baisse du rating américain en Aout dernier était une comédie, sans autre conséquence que d’impressionner le reste du monde et… d’accréditer la valeur des conclusions des Agences… pour les autres.
Le travail des Agences, contrairement à ce que prétendent les politiciens européens est utile, indispensable. Mais il doit être totalement réformé, revu de fond en comble. Il doit être une vue d’ensemble du système, mesurer sa solvabilité globale et à partir de là, il doit établir des échelles relatives par rapport à cette solvabilité globale. Nous soutenons que le système global est insolvable, il a émis beaucoup trop de promesses que l’on ne peut honorer sauf soit à restructurer les dettes par un plan concerté, soit à choisir la voie de l’avilissement de l’unité monétaire et à prendre le risque de l’hyperinflation. C’est à dire à n’assumer les dettes qu’en nominal.
La faille dans le travail des agences et leur biais idéologique et impérial se révèle, se donne à voir clairement dans l’analyse des conditions monétaires. Vous savez que nous assimilons la monnaie, asset à maturité zéro, à la quasi monnaie asset à maturité différée. Une obligation, c’est de la promesse de monnaie dans 5 ans, 10 ans, or, on ne trouve pas d’analyse monétaire fondamentale dans le travail des agences. La monnaie est une donnée opaque que l’on ne remet pas en question.
Les Agences, si on les suit, critiquent et déplorent que la BCE refuse de jouer le rôle de prêteur de dernier ressort, c’est à dire, tenez-vous bien, ils déplorent que la BCE se refuse à monétiser, à prendre le risque d’inflater les dettes des govies et des banques. Si la BCE cédait, alors tout serait résolu, on soutiendrait le cours des emprunts par des achats non stérilisés, on refinancerait sans limite les banques, la chaine infernale qui lie l’insolvabilité des banques à l’insolvabilité des govies serait brisée, tout le monde redeviendrait triple A! Les Agences stigmatisent le fait que la BCE refuse de s’aligner, de passer sous les fourches caudines des États-Unis et prétende encore, malgré la crise européenne, constituer avec l’euro, sinon un concurrent du dollar, du moins une alternative.
Les principes, la philosophie, la pratique bancaire de la BCE constituent une exception qui doit être matée, mise au pas.
On comprend l’animosité fondamentale, structurelle, des Anglo-saxons à l’égard de l’expérience maladroite européenne. Si elle venait à durer et réussir, c’en serait fini de la place de Londres avec sa livre malade et ses dettes extérieures en devises colossales, les capitaux fuiraient Londres. Même chose avec les États-Unis, ils perdraient le bénéfice de l’entonnoir qui leur permet de se financer malgré leur insolvabilité technique.
Les Agences, en attendant la grande réforme qui ferait de la mesure de solvabilité et des ratings un processus d’évaluation systémique global, par exemple produit du travail d’une institution supranationale indépendante, les Agences devraient intégrer dans leurs analyses la situation et les conditions monétaires de base.
On s’apercevrait qu’en réel, la situation de l’Europe est meilleure que celles des États Unis avec un commerce extérieur équilibré et même excédentaire, un endettement corrige des créances réciproques très faible, des engagements hors bilan encore gérables et surtout une monnaie protégée par une pratique du Central Banking non encore dévoyée.
Ce progrès permettrait de répondre à la question. qu’est ce que vous préférez , recevoir le remboursement de votre créance à 100%, mais dans un monnaie avilie de 90% ou bien recevoir un remboursement à 60 %, mais avec une monnaie stable.
Le problème, c’est qu’en Europe, certains ne sont pas européens. Pour les uns, leurs intérêts les conduisent à défendre les positions anglo-saxonnes, pour les autres, leurs choix politiques les conduisent à se comporter comme vassal des Américains.