lundi 11 juin 2012

Loïc Abadie : Et si on parlait de l’Allemagne ?

Toujours l'Allemagne, cette fois avec Loïc Abadie qui revient sur leur situation pas si folichonne que ça :

Et si on parlait de l’Allemagne ?
Objectif éco, Loïc Abadie, 10/06/2012 (en Français texte en français )
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Nous sommes abreuvés quotidiennement d’articles sur les derniers programmes de renflouement de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande, et maintenant de l’Espagne (100 nouveaux milliards d’euros que le contribuable aura l’honneur de verser pour maintenir en vie quelques trimestres de plus la technocratie européenne).

Mais curieusement, personne ne semble s’intéresser à l’économie Allemande, considérant sans doute que le bailleur de fonds de l’Europe dispose de réserves monétaires illimitées et d’une santé quasiment indestructible.

La confiance des investisseurs dans l’économie allemande est totale, avec des taux d’emprunts d’état à 1,33% sur le 10 ans et 1,90% sur le 30 ans.

Pourtant, plusieurs éléments devraient nous faire réfléchir un peu sur la solidité de ce pays dans le contexte actuel :

1) L’économie allemande est construite massivement autour des exportations, et 60% de celles-ci se font en Europe :

Les exportations constituaient en 2010 46,8% du PIB de ce pays, à comparer avec un niveau de 29,6% en Chine, 25,4% en France, 21,5% en Inde et 12,6% aux USA.



Cette proportion a fortement augmenté depuis le début des années 2000, en liaison avec l’introduction de l’euro : la monnaie unique a boosté artificiellement le pouvoir d’achat des pays d’Europe du Sud, disposant d’une monnaie trop forte pour eux, qui se sont alors mis à acheter en masse et à crédit des produits allemands, avec des déséquilibres de plus en plus grands des balances des paiements au sein de l’Europe (larges déficits en Europe du Sud, large excédent en Allemagne).

La croissance allemande doit beaucoup à ces déséquilibres, au moins autant qu’à ses réformes structurelles.

L’expérience de 2008 nous a montré qu’en cas de récession importante en Europe et aux USA, l’Allemagne ne dispose d’aucune capacité de résistance vu sa dépendance aux exportations. Le PIB allemand a ainsi reculé de plus de 6% au plus fort de la crise début 2009, donc nettement plus que la moyenne européenne (pic de récession à -5,2%).



En cas de forte récession s’installant de nouveau en Europe, il ne fait aucun doute que l’Allemagne plongera de nouveau.

2) Le système bancaire allemand est très fragile.



Le total de bilan de la seule Deutsche Bank (2164 milliards d’euros) correspond à lui seul à 80% du PIB allemand. Et Le leverage ratio de cette banque, supérieur à 40, en fait une des moins capitalisées d’Europe.

Satyajit Das, dans cet article, donne un niveau d’exposition des banques allemandes aux dettes souveraines de pays périphériques de 500 milliards de $.

3) L’Allemagne est impliquée dans les programmes de sauvetage de la zone euro bien au delà de ses moyens réels.

Cette implication se fait principalement à trois niveaux :

a) via la Bundesbank, dont la créance vis à vis des autres banques centrales européenne est passée d’un niveau voisin de 0 à 700 milliards d’euros (27% du PIB allemand) aujourd’hui, avec une flambée parabolique depuis 12 mois signalée par Zerohedge.

b) Via les garanties allemandes au FESF (211 milliards d’euros pour l’instant, environ 8% du PIB allemand).

c) Indirectement via les prêts de la BCE aux pays d’europe du Sud (918 milliards d’euros).

En cas de défaut important d’un pays européen, la BCE devrait être recapitalisée, et l’Allemagne serait évidemment le premier contributeur. La part de l’Allemagne dans le capital de la BCE (28%) donne une exposition directe de l’Allemagne de 257 milliards d’€ (20% du PIB), mais si on considère que les pays d’Europe du Sud sont insolvables ou presque, la part réelle de l’Allemagne dans le capital de la BCE est proche de 50%.

L’exposition de l’Allemagne, en terme de créances, sur les pays d’Europe du Sud est donc pour l’instant d’au moins 55% de son PIB, alors que sa dette publique s’élève déjà à 82% de son PIB.

4) L’Allemagne n’est pas un vrai modèle de vertu budgétaire.

Certes la situation y est bien meilleure que dans le reste de l’Europe, mais l’Allemagne était en léger déficit en 2011 (1% du PIB), alors que tous ses voyants étaient au vert et que la croissance était largement au rendez-vous. En cas de retournement de conjoncture, la marge de manœuvre est inexistante.

Que se passera-t-il en cas de récession forte en Europe ?

- L’Allemagne devra faire face à une forte récession intérieure liée à son modèle exportateur, comme en 2008 et au début 2009, avec une forte pression sur ses comptes publics (le déficit public était de plus de 4% en 2010).

- Dans le même temps elle devra venir en aide à son système bancaire très endetté si elle veut éviter un bank run général.

- Enfin, elle devra faire face aux demandes de sauvetage des pays d’Europe du Sud (qui se produisent déjà aujourd’hui massivement alors que la conjoncture n’est que modérément dégradée).

Est-il réaliste de croire que ce pays pourra faire face à tous ces problèmes simultanément ? Pour moi la réponse est clairement non.

Quelles options pour l’Allemagne dans les trois ans à venir ?

Angela Merkel dispose de trois options :

1) Quitter le navire, c’est à dire la zone euro.

Ce serait la solution la plus courageuse et la meilleure à long terme, mais elle impliquerait à court terme une forte aggravation de la crise : moins d’exportations vers une Europe plongée dans la dépression associée à l’implosion de l’eurozone, et nécessité pour l’état allemand de venir au secours de son système bancaire hyper-leveragé qui ne pourra pas encaisser le choc. Une fois le choc passé par contre, on pourrait repartir sur des bases assainies, sans les déséquilibres générés par l’euro.

Vu les échéances électorales en Allemagne (législatives en 2013), je ne crois pas qu’Angéla Merkel prendra cette décision et le risque de se voir désignée comme celle qui a provoqué la crise. Cette option est très improbable, au moins pour le moment.

2) Un scénario médian de "fuite en avant modérée", où la récession continuerait de s’aggraver en Europe, avec des demandes de plus en plus pressantes des pays et banques d’Europe du Sud (on le voit déjà avec la croissance parabolique des créances de la Bundesbank et de la BCE), obligeant l’Allemagne à accepter une monétisation sous forme d’eurobonds, en échange de nouvelles coupes budgétaires et plans de rigueur pour les pays « aidés ».

Ce scénario, selon moi le plus probable, maintiendrait en survie artificielle l’eurozone pour quelques trimestres de plus, dans un contexte de récession et de déflation d’actifs (la monétisation ne crée pas d’inflation significative en phase de deleveraging du secteur privé, comme l’ont montré les exemples japonais et américains ces dernières décennies).

Bien entendu il ne changerait pas l’issue finale, c’est à dire l’implosion de l’eurozone sous le poids de ses déséquilibres, tout comme les innombrables plans d’aide à la Grèce n’ont pas empêché la faillite de ce pays (au contraire !).

3) Un dernier scénario « ultrakeynésien », où on abandonnerait tout semblant de rigueur en Europe du Sud, sur le modèle politique proposé par l’extrême-gauche grecque ( Syriza), avec une monétisation massive de la BCE sous forme d’eurobonds, qui rapprocherait l’Europe du modèle américain de 2010-2012 (déficits massifs + monétisation).

Cette issue n’est pas la plus probable, mais elle n’est malgré tout pas impossible à partir de 2013, dans l’hypothèse d’une défaite d’Angela Merkel et d'une victoire des socio-démocrates.

L’issue finale d’une telle politique serait une hyperinflation et une implosion de l’eurozone, avec cette fois des causes politiques (rejet massif de la construction européenne par les opinions publiques des pays créanciers d’europe du Nord).

En conclusion : ne vous réfugiez pas trop vite dans le bund allemand ou le DAX !

11 commentaires:

  1. Bravo pour cette synthèse. Et je partage son avis. C'est le chemin numéro 2 qui sera emprunté, car c'est le moins "rappeux", le moins "difficile" d'un point de vue politique.

    En outre, c'est le chemin emprunté depuis 2008 par les crapules. Or comme ils sont tous atteints de démence, la seule possibilité intellectuelle pour eux est de.... continuer, de faire les mêmes choses en espérant à chaque fois un résultat différent !
    ;-)

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    1. L'enfumage est total... mais parfaitement logique.

      Les 100 milliards de samedi auraient dî :
      -montrer que le système bancaire espagnol est aux abois
      -faire comprendre (comme souligné par ZH) aux holders de dettes souveraines espagnoles... qu'ils seraient traités derrière, et donc les faire vendre
      -ce qui aurait dû provoquer une HAUSSE des taux sur le marché secondaire
      -faire baisser l'euro etc.

      Or ce matin :
      -forte hausse des bourses
      -hausse de l'euro
      -et fortes baisses sur les taux italiens, espagnols

      Bravo les artistes !

      Mais une news démontre la manoeuvre :
      **************
      MADRID, 11 juin (Reuters) - L'Espagne a annoncé son intention de s'en tenir à son programme d'émission d'obligations souveraines sur les marchés, le plan de sauvetage des banques espagnoles ayant allégé les coûts d'emprunt supportés par Madrid.
      Les prochaines sont programmées le 19 juin avec des bons de Trésor à 12 et 18 mois, et le 21 juin avec des obligations.
      L'Espagne a déjà rempli 58% de son plan de financement cette année, mais elle doit encore refinancer 82,5 milliards d'euros de dette arrivant à terme d'ici la fin de l'année, avec un pic fin octobre. Les régions autonomes ont de leur côté besoin de 15,7 milliards d'euros au second semestre.
      Le gouvernement et les régions doivent aussi financer un déficit d'environ 52 milliards d'euros cette année.
      ******************

      Le truc est cousu de fil blanc : une partie des 100 milliards... va tout simplement servir à acheter les futurs émissions espagnoles !

      Depuis janvier, les banques espagnoles se sont substituées aux étrangers pour l'achat des émissions de leur souverain. Massivement. A bout de cash, elles ont besoin d'une "injection" pour poursuivre le boulot.

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  2. Certains blogs (jovanovic entre autres) appellent à retirer son argent des banques pronto.

    Que faut-il en penser ? J'ai 15% de métaux précieux, mais ce serait bien de ne pas se faire enfiler de 85%...

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    1. Perso, je suis en train de passer ma part de métaux précieux de 25 à 30% de mon épargne...

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    2. http://www.zerohedge.com/news/things-make-you-go-hmmm-such-pavlovian-markets

      Comme toi je dois en avoir 25% 30%. Mais je me demande quoi faire du reste.

      Acheter du franc suisse ? D'autres monnaies ? Dollar australien/canadien ? autres ?

      Ouvrir un compte en banque, genre au Luxembourg. Surtout pas en Allemagne, lorsque ses clients auront dévalués si sortie de l'euro il y a, les 46% de PIB à l'export de l'allemagne vont fondre. (voir 2008 2009 le recul du pib allemand).

      D'ailleurs vous savez s'il y a moyen d'ouvrir un compte en banque domicilié ailleurs depuis Paris, ou en devises étrangères à Paris ?

      Sinon pour de l'immo / terres, je n'ai hélas pas assez pour. (jeune inside). Et puis comme le dit si bien notre cher nain, c'est bullesque.

      Moi à la fin du mois quand mon salaire rentre sur mon compte en banque il pue la sueur, pourtant c'est pas faute d'avoir été lessivé par moultes taxes...
      (copyleft de moi ;) )

      Si j'ai mit mes miettes de côté au lieu de m'acheter une belle allemande rutilante ou autres objets permettant de s'afficher une position dans la société ce n'est pas pour les voir disparaître comme ça.
      vs

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    3. Tout comme l'économie allemande, l'économie suisse est très dépendante de ses clients européens - si ce n'est qu'elle ne risque pas de changer de monnaie.

      Je parlerai bien de Singapour, mais en fait dans un monde interconnecté, eux aussi vont en "manger". Donc exit le cash, trop risqué. Il reste 4 classes d'actifs : les obligations, les actions, l'immo et les métaux précieux.

      Les obligs étatiques sont toutes, sans exceptions des titres pourris. Reste les corporates, mais bon vu le rendement des bonne boites genre Nestlé... Les actions vont dévisser grave, mais il en restera toujours quelque chose (enfin, ça dépends des titres, les banques françaises, hein...), *à condition de ne pas avoit son compte titre en France* (vous n'êtes pas propriétaire des titres, du coup, en cas de faillite de votre courtier ou de la banque dont il est la filiale, cela tombe sur la même garantie que le cash ; chez les suisses, VOUS êtes le propriétaire des titres, en cas de faillite du courtier, il vous suffit d'indiquer ou ces titres doivent être transférés - remarque valable pour les obligs.)
      http://chevallier.biz/2012/02/swissquote-2011

      L'immo en plus d'être cher est trop facilement taxable. Par contre, comme le dit Jean christophe Bataille, il peut être intéressant de s'endetter à taux fixe en misant sur l'érosion des monnaies (ne jugez pas trop vite, ce gars est vraiment fort...)
      Son blog : http://futures.over-blog.com

      Bref... Les métaux précieux... A accumuler doucement, vu que l'anonymat des transactions n'existe plus en France. Mais en cas de vrai problème genre SHTF n'oubliez pas que cela ne se mange pas ;-) Mais bon, monter au dela de 30% du patrimoine pour une assurance...

      Conculsion, comme le dit Jean Christophe Bataille : le secret est dans la diversification. Le portefeuille permanent à fait la preuve de sa résilience à toutes les tempêtes ( http://la-chronique-agora.com/portefeuille-permanent-est-il-encore-actualite )

      yp

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    4. Ah ! Et videz vos assurances vies ! Les déboires de groupama et les provisions de CNP concernant les décotes des titres grecs devraient vous mettre la puce à l'oreille de ce qui est entrain de se tramer !

      Gardez l'enveloppe ouverte avec un minimum dessus, elle sera toujours utile plus tard, quand sa date d'ouverture pourra vous servir afin de bénéficier d'un avantage ou d'un autre...

      Cerise sur le gâteau, vous ne participerez plus au financement de la dette étatique et cela est une façon bien plus efficace de voter que de poser un bulletin dans une urne.

      yp

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    5. Je suis au CiC, j'ai un compte en devises - ce qui ne me coute pas un rond, sauf évidemment les frais de conversion. A savoir aussi, quand je fais un virement par internet d'un compte EUR sur celui en devise, on me taxe 2 et quelques euros. C'est écrit nulle part, mais un retrait liquide en devises ne peut être effectué que depuis un compte euro.

      Le coût de conversion est le tarif d'achat vente au guichet. Devises dispo : DKK, AUD, NOK, CAD, SEK, USD, CHF, GBP, JPY.

      Sinon des banques chinoises offrent l'ouverture d'un compte en Yuan... A partir de 50 K€ de dépôts :-(

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  3. Etes vous sur qu'en France vous n'êtes pas propriétaire des titres achetés en direct? Je croyais que si.
    Par contre pour tous les dérivés, fonds, assurance-vie et co. il y a un risque sur la banque émettrice ou gestionnaire.

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    1. Non, vous ne l'êtes pas. En tous cas, ni chez binck, nic chez Cic, ni chez bourso. Voir les conditions générales.

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  4. Pour les terres, il y a des options :
    Terrains agricoles et forets dans la diagonale du vide, ou faire un achat groupé d'une ferme.

    La seconde option augmente le capital disponible, mas il faut avoir une sacré confiance pour des co investisseurs.

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