J'ai déjà développé dans ce post sur la "dérive de la solidarité" ou dans celui ci sur "qui sont les rentiers ?", quelques principes qui me semblent évidents mais fondamentaux sur ce qu'est la rente, ce qu'est la solidarité... La solidarité (c'est à dire la rente légitime) la plus évidente étant celle où la collectivité s'assure mutuellement contre les risques pour lesquels on ne peut pas être responsable. Les injustices diverses pour les enfants étant en haut de la pile...
Il est plus que temps de revenir aux fondamentaux de notre modèle, de nous questionner sur les fondements mêmes de ce qui nous constitue... Or aujourd'hui, personne n'aborde ces vraies questions pour mieux cacher la dérive de ces 40 dernières années et occulter les rentiers illégitimes...
Tout ça pour introduire ce mail que j'ai reçu de la part d'un lecteur, et dont je garde l'anonymat :
Le zumanisme
Mon conjoint lit régulièrement votre blog, et vos réflexions alimentent nos conversations à table … On vous remercie et on vous fait part de notre petite contribution concernant les « zumanistes » et la tolérance.
1) la tolérance : Tout le monde nous rappelle à l’esprit de Voltaire et à la tolérance … Mais c’est faire un lourd contresens. Car Voltaire n’était pas un tolérant mou : il était intolérant envers les intolérants et les intégristes (à l’époque catholiques). Il n’a cessé de les combattre lors des affaires Calas, Chevalier de la Barre etc… Son action était celle d’une lutte contre l’intolérance et contre les intolérants qu’il ne tolérait pas. Alors pourquoi continue-t-on chez nous à tolérer des intolérants ? Voltaire combattrait qui actuellement ?
2) l’humanisme : Sartre parle plutôt des humanismes. Lui qui était individualiste et misanthrope, s’est aperçu que son humanisme communiste n’était qu’une façade théorique. Alors il s’est bien penché sur la question. Voici un extrait de La Nausée, p.167 de l’éd. Folio : [ j’ai mis en gras chaque type d’humanisme]
« je vois réapparaître […] tous les humanismes que j’ai connus. Hélas, j’en ai tant connu ! L’humanisme radical est tout particulièrement l’ami des fonctionnaires. L’humanisme dit « de gauche » a pour souci principal de garder les valeurs humaines ; il n’est d’aucun parti parce qu’il ne veut pas trahir l’humain, mais ses sympathies vont aux humbles ; c’est aux humbles qu’il consacre sa belle culture classique. C’est en général un veuf qui a l’œil beau et toujours embué de larmes ; il pleure aux anniversaires. Il aime aussi le chat, le chien, tous les mammifères supérieurs. L’écrivain communiste aime les hommes depuis le deuxième plan quinquennal ; il châtie parce qu’il aime. Pudique, comme tous les forts, il sait cacher ses sentiments, mais il sait aussi, par un regard, une inflexion de sa voix, faire pressentir, derrière ses rudes paroles de justicier, sa passion âpre et douce pour ses frères. L’humaniste catholique, le tard-venu, le benjamin, parle des hommes avec un air merveilleux. Quel beau conte de fées, dit-il, que la plus humble des vies, celle d’un docker londonien, d’une piqueuse de bottines ! Il a choisi l’humanisme des anges ; il écrit pour l’édification des anges, de longs romans tristes et beaux, qui obtiennent fréquemment le prix Fémina.
Ça, ce sont les grands premiers rôles. Mais il y en a d’autres, une nuée d’autres : le philosophe humaniste, qui se penche sur ses frères comme un frère aîné et qui a le sens de ses responsabilités ; l’humaniste qui aime les hommes tels qu’ils sont, celui qui les aime tels qu’ils devraient être, celui qui veut les sauver avec leur agrément et celui qui les sauvera malgré eux, celui qui veut créer des mythes nouveaux et celui qui se contente des anciens, celui qui aime dans l’homme sa mort, celui qui aime dans l’homme sa vie, l’humaniste joyeux, celui qui a toujours le mot pour rire, l’humaniste sombre, qu’on rencontre surtout aux veillées funèbres. Ils se haïssent tous entre eux : en tant qu’individus, naturellement – pas en tant qu’hommes. »
On comprend bien que l’humanisme est trop souvent une posture intellectuelle, qui considère l’homme en soi, et ne regarde pas chaque homme en particulier, dans sa vérité élevée et basse, ses bons et ses mauvais penchants. L’humanisme aujourd’hui, c’est l’autruche qui s’enfouit la tête dans le sable, et n’a pas le courage de regarder autour d’elle. Le véritable humanisme est l’exercice-même de la fraternité entre les hommes au quotidien, et non pas une posture théorique ; et c’est beaucoup plus difficile à pratiquer… ! Il semblerait qu’on ait remplacé notre « Liberté, égalité, fraternité », par « Liberté, inégalité, humanisme »…
3) partis politiques et psychologie : Il va de soi que c’est l’idéologie dogmatique et niaise des partis politiques qui conduit notre pays dans le mur. Il est interdit de penser ce qui ne doit pas être pensé. Mes yeux voient, mais ma pensée ne le conçoit pas. Bref, il n’y a plus de libre pensée, et même plus d’évidence [racine : video en latin : je vois], ni même de constat.
Cette idéologie dogmatique n’est que de la psychologie de bas étage. Pour la droite, l’homme est mauvais et fort : il faut le corriger en le punissant, en l’emprisonnant et en le mettant à l’amende. C’est un profiteur, un homme fort qui pourrait travailler, mais ne le veut pas, par fainéantise. Pour la gauche, l’homme est bon et faible : il ne profite pas, car seul, il n’y arriverait pas. Il faut donc l’encourager, l’aider, le loger, le nourrir etc…
Mais l’homme en général, ça n’existe pas ; et en chaque homme, il y a des bons et des mauvais penchants, de la force et de la faiblesse, de la fainéantise et l’envie de réaliser quelque chose. Aussi, se fourvoie-t-on complètement …, et ne regarde-t-on pas les choses en face…
Merci pour votre blog, bon courage et bonne continuation.

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