dimanche 30 octobre 2011

Vers la grande monétisation

Tout d'abord cette interview de Jean-Pierre Petit sur RTL :
Jean-Pierre Petit, économiste, président des « Cahiers Verts de l’économie », l’interview du 26 octobre 2011
RTL via Le blog à Lupus, 26/10/2011 (en Français texte en français )
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Et Jean-Pierre Petit était également aux experts de mardi, avec Alain Madelin et Jean-Marc Daniel. Là encore, tout le monde en appelle à la monétisation...
Les Experts
BFM Business, 25/10/2011 (en Français texte en français )
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C'est toujours marrant d'entendre des libéraux en appeler à la monétisation. Surtout quand on a lu le livre de Daniel ("le socialisme de l'excellence") où il fustige le choix de l'inflation. Enfin... on comprend mieux quand on sait que par inflation, il entend hausse des salaires déconnectée des gains de productivité... Même s'il a raison sur ce point, je note que quand il s'agit de sauver les grasses assurances vies bourrées de fausses créances sur l'État, là, tout de suite, le discours est radicalement opposé. C'est donc un libéralisme sélectif et bien compris en terme d'intérêts servis...

C'est comme cette manière aussi qu'ils ont à la fin de l'émission de considérer que l'épargne financière existe en soi. Tous ces trucs à la con sur la formation de capital des néo classiques... Or l'épargne financière n'existe que parce qu'il y a des dettes en contrepartie. La formation de capital, ce n'est pas tant la formation de l'épargne que la formation de la dette. Surtout quand on voit que les banques ne sont plus contraintes par les réserves mais par les fonds propres, et que la seule limite à la dette désormais, c'est la volonté de s'endetter des acteurs économiques. La dette venant d'abord, les dépôts ensuite comme le note Steve Keen. Et donc en toute logique, si la dette est bonne, l'épargne est bonne. A l'inverse, si la dette est irrécouvrable, l'épargne associée doit disparaître. Posséder de l'épargne financière, ça veut juste dire qu'on possède un petit bout de passif quelque part dans la somme des bilans bancaires (banque centrale incluse) qui constitue un système monétaire. Car ce n'est rien de plus que ça un système monétaire : une somme d'actifs et de passifs, l'actif étant égal au passif.

Quand on sait que ceux qui possèdent cette fausse épargne sont essentiellement les vieux qui ont été actifs durant toute la montée de la dette publique, ça en dit long en terme de conflit de générations. Idem en terme de retour à l'ancien régime et de destruction de la méritocratie, alors que les riches de cette génération seront récompensés de leur médiocrité crasse par le droit de léguer à leurs enfants un droit à piller ceux qui seront méritants.

Tout ça, c'est un peu le libéralisme du cliquet. Tant que ça monte, je prends. Si ça doit baisser, cliquet !

Et Jean-Pierre Petit répète d'ailleurs à l'envi que les assurances vie vont rester un placement très intéressant et appelle même les gouvernements à les rendre fiscalement encore plus attractives qu'aujourd'hui... Car les États vont avoir besoin encore longtemps de se refinancer et la dette ne va pas disparaître demain... Le piège se referme... Notez que ça n'a pas empêché une décollecte dans les assurances vie (-1,8 milliard en septembre)...

A ce titre, vous pouvez écouter le très keynésien Jean-Paul Fitoussi, de l'OFCE, grand défenseur de la dette publique devant l'éternel, qui nous expliquait il y a deux ans qu'il n'y a pas de problème de dette publique, nous expliquer qu'il s'alarme de voir que les gens commencent à développer des stratégies d'évitement... Mon dieu ! Quelle horreur ! Les moutons se rebellent et ne veulent plus se laisser abuser impunément...
Jean-Paul Fitoussi - Economiste à l'OFCE
BFM Business - Le Grand Journal, 26/10/2011 (en Français texte en français )
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François Hollande a eu le même discours que Jean-Pierre Petit vendredi sur France 2. dans une de ces petites phrases sibyllines dont il a le secret, et compréhensives des seuls initiés, il a expliqué qu'il fallait absolument un accord au niveau de l'Europe, mais que lui aurait préféré que le financement s'adosse à la BCE... Comprendre que la BCE monétise...

La monétisation, c'est ce que la FED ou la Bank of Japan font... Ça leur a en effet permis de stabiliser leur M3. Richard Koo inside...

A ce sujet, je vous renvoie à ce pdf d'une interview de Richard Koo, le grand théoricien de la balance sheet recession, appliquée au Japon... C'est vraiment à lire pour comprendre de quoi il retourne.

Et effectivement, si on laisse la balance sheet recession aller à ses travers, on va avoir baisse de la dette, et donc déflation de la quantité de monnaie, vu que toute la monnaie est de la dette.

Vous pouvez regarder ce petit doc de 10 minutes assez bien fait sur ce sujet :


Si on laisse aller le système à sa dérive naturelle, la quantité d'eau dans la baignoire va diminuer drastiquement... Cf la déflation par la dette d'Irvin Fisher et la grande dépression...

Ainsi, les banques centrales, par leur Quantitative Easing, n'ont pas créé de nouvelle monnaie, mais ont fait office de prêteur en dernier ressort. Elles se sont contenté de prendre dans leur bilan les dépôts non utilisés et les ont prêté à l'État pour qu'il se charge de dépenser et investir à la place des agents privés.

Jusque là, ça pourrait avoir du sens. Mais par exemple, aux USA, l'État a utilisé cette dette non pas pour investir, mais l'a cramé pour distribuer des susucres. Et celle monnaie est partie s'accumuler dans les réserves des exportateurs mercantilistes (Chine, Allemagne, émergents...), dans les faux profits des entreprises et de la corporatocratie ou dans l'épargne des ploutocrates. Les USA reviennent donc sans cesse au point de départ et ne règlent rien à leurs problèmes structurels...

Mais tout ceci est une escroquerie en terme de démocratie et de méritocratie. Typiquement, le Japon se retrouve avec 200% de dette publique. Dette publique qui appartient quasiment exclusivement à une partie des japonais, et qui se sont ainsi construit un octroi sur le reste de la population.

Je passe sur le fait qu'au fur et à mesure que cette mauvaise dette grimpe, la rente qu'elle se sert (les intérêts de la dette), comme toute rente, plombe l'économie et détruit la croissance. Charles Gave explique ça très bien dans son livre "l'État est mort, vive l'Etat", ou dans cette conférence ci... Gave l'illustre dans son livre en montrant qu'investir dans la dette publique, la rente à l'état brut, a rapporté bien plus que d'investir dans les entreprises, d'investir réellement ou de prendre des risques...

Mais là où ça pêche encore plus, c'est que la dette publique est incompatible avec la notion de démocratie, et de méritocratie. Et induit obligatoirement des conflits de génération et le retour de l'ancien régime et de la société de la naissance. Vous savez la méritocratie... Ce truc pour lequel la France s'est soulevée en 1789, contre la rente... (quoi qu'essaient de nous faire croire les rentiers gôchistes à la Hessel/Morin sur la vraie signification de 1789, à brandir le drapeau de la Sainte République, et à agiter des bras sur des concepts creux, pour mieux faire oublier les racines profondes de l'héritage de 1789).

Ainsi, Olivier Berruyer explique ça très bien dans son post "Enfumages". Ou encore jeudi dernier aux Experts ... Alors que personne n'est allé sauver les actionnaires ou les détenteurs d'immobilier, c'est le branle bas de combat pour sauver la fausse épargne en dette publique. Mais là où Berrruyer pêche, c'est à céder à la facilité française visant à expliquer que tout ceci ne profite qu'à Bettancourt et à une pseudo ploutocratie française... Fiorentino expliquait que 50% des français possèdent une assurance vie. Et parmi ces 50%, soyez sûrs que l'on retrouve une sur représentation grotesque de propriétaires de leur logement entre 50 à 70 ans... La génération du papy boom qui a ainsi été récompensée pour sa médiocrité et son refus de payer ses impôts... C'est pas mémé Bettancourt qu'on sauve. C'est papy Robert, retraité, proprio d'une maison à 500 000 € (merci le rationnement du foncier) et de 200 000€ en dette publique qui à 2% net d'inflation, rapporte 4000€ par an (en plus de sa retraite par répartition pour laquelle il n'a jamais cotisée). La France est le 3ème pays au monde en terme de millionnaires en $. Ils sont bien quelque part... Expliquer qu'il faut sauver la fausse épargne de papy Robert au nom de la solidarité, c'est encore un dévoiement de plus du concept de solidarité... Le plus marrant étant quand même, qu'il y a de fortes chances que Papy Robert soit issu du secteur public ou semi public et aie passé sa vie à défiler derrière les drapeaux rouges contre les "salauds de riches"...

Enfin, notez que dans le cas de l'Europe, une monétisation de la dette des PIIGS, induit une Europe de transfert. Car tous les pays sont fortement endettés, même l'Allemagne. Tout programme qui consisterait à monétiser la dette de manière inégale (on pourrait par exemple monétiser 10% du PIB de la dette publique de chaque pays), consiste à autoriser des chèques en blanc à certains peuples alors que les autres sont obligés à rester rigoureux. Encore un bel exemple de dévoiement de la solidarité...

Le tout, histoire de parachever le tableau, sur fond de quasi suppression des droits de succession...

Il n'y a pas de solution simple à tout ceci. Et je comprends la sainte horreur de Jean-Marc Daniel pour la banqueroute de l'État pure et simple... Idem, je comprends les arguments de Jean-Pierre Petit qui explique que ce qui a amené Hitler au pouvoir, ce n'est pas l'hyper inflation de 1923 mais le déclassement des classes moyennes induit par la déflation du chancelier Bruning. Mais alors, que l'on reprenne en douceur cette fausse épargne par l'impôt et qu'on s'oriente non pas vers la déflation des méritants, mais vers la déflation des goinfres...

Jim Chanos : le ralentissement chinois ne fait que commencer

Chanos Interview: China Slowdown Just Beginning
Bloomberg via Mish, 30/10/2011 (traduire en Français texte en anglais )
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