Une conférence très intéressante d'Attali sur l'époque qu'on traverse et qui prend beaucoup de recul sur l'Humanité.
C'est une conférence d'une heure 30 (dont un peu moins d'une heure d'exposé d'Attali) faite pour un site juif et elle aborde donc pas mal le sujet autour du judaïsme par moments (au passage, j'ai trouvé passionnante l'explication d'Attali du rapport à l'argent des juifs).
C'est passionnant. Et si Attali est toujours assez imbu de lui même (surtout lors des questions), il y a vraiment du grain à moudre et des arguments de fonds qui laissent à réfléchir.
Ou encore le mp3
ici.
En gros, je résume à la truelle :
Petite leçon de capitalisme pour commencer :

La société a besoin de morale pour fonctionner. L'échange a besoin de règles morales pour fonctionner (d'où le contrat).

Face à l'accumulation des richesses que crée l'échange et qui permet à ceux qui ont des actifs d'accumuler les revenus de ces actifs, les sociétés ont grosso modo deux façons de répondre au problème de la richesse et de la pauvreté :
1) "le scandale c'est la richesse" (civilisations d'Asie, le monde grec puis catholique...),
2) "le scandale c'est la pauvreté" (les juifs, les protestants...).

(d'après Attali)
1) l'une implique stagnation, fatalisme, religiosité et absence de progrès. Tout est immuable.
2) l'autre le capitalisme, le combat contre la nature, l'investissement, la location de l'argent (directe ou non, par leasing ou par intérêts), et la croissance. La fonction de l'homme est alors de produire des richesses pour améliorer sa condition. Le temps prend un sens.

Dans le 2ème camp :
1) Les protestants : on est riches parce que dieu nous récompense. On peut donc jouir de sa richesse pour soi.
2) Les juifs : Discours de Salomon. La richesse ne vaut que pour l'investir et améliorer le sort de l'Humanité.
Pourquoi la loyauté se meurt ?

Quel moteur pour l'Humanité ?
Le monde du "le scandale c'est la richesse" a pour moteur la religiosité et la quête d'immortalité. "Ce monde là a explosé". Le monde ayant pour moteur la solidarité a lui aussi explosé.
Le dernier moteur, c'est la liberté individuelle. Le seul combat qui reste, c'est d'écarter les murs de sa propre prison. L'histoire a alors évolué vers le capitalisme.

Partout sont nés des États forts. Les États forts ont créé des marchands pour créer des richesses. Puis les marchands ont pris le pouvoir et détruit les États.
L'État crée le marché. Le marché détruit l'État et le remplace par la démocratie.

La liberté étant contrainte par la réalité de la rareté physique, on a généralisé la liberté de marché. On est libre d'acheter ce que l'on veut sous réserve de ce que l'on a. Pour la liberté du choix, on a créé la démocratie.

La démocratie a besoin du marché et le marché a besoin de la démocratie. Le système semblait parfait car auto entretenu => fin de l'histoire toussa toussa.

Mais le marché et la démocratie ont des failles morales profondes. La liberté individuelle ayant vocation à être illimitée, chacun pousse dans l'exercice de la liberté jusqu'au bout. On est alors libre de changer d'avis. Tout doit être ainsi réversible. Donc tout devient précaire.
Et même le contrat devient précaire. Si on est libre, pourquoi respecter un contrat ? (contrat de travail, de mariage, politique, vis à vis des générations suivantes). Il n'y a plus que l'égoïsme partout. Chacun est seul. La déloyauté se généralise (cf
The Trap de Adam Curtis). Aucune société ne peut fonctionner sous ce règne de la déloyauté.

La démocratie ne peut pas réguler. Car il y a un déséquilibre profond entre le marché et la démocratie.
1) Le marché est mondial. A l'inverse, la démocratie a des frontières.
2) Le marché est rapide. La démocratie est lente.
La démocratie se fait écraser et ne peut plus produire le droit. Ainsi
le marché devient planétaire mais sans droit. Sans droit, donc sans contrat et donc avec généralisation de la déloyauté.
Il y a un pays qui est un bon exemple de ce vers quoi on se dirige :
la Somalie.

Ainsi, comme on le voit aujourd'hui, si on ne respecte rien, pourquoi s'endetter et ensuite respecter son contrat de dette ? Pourquoi s'inquiéter des générations futures ?

La morale sans État, c'est du baratin. Ce qui compte c'est la loi, pas la morale. Il faut créer un système de droit
mondial.

Ainsi, il faut arriver à globaliser la démocratie comme on a globalisé le marché pour rétablir l'équilibre et l'état de droit.
J'imagine que les contradicteurs diront qu'il faut à l'inverse déglobaliser le marché...
Vaste question...