La nécessité d'une troisième voie commence à faire son chemin dans la tête des élites. C'est la première fois que je lis que la solution ne sera ni hayekienne, ni keynésienne, et qu'il faut trouver autre chose...
Surtout de la part de Le Boucher, pourtant, très très libéral d'habitude...
En 2010, quatre-vingts années après la Grande Crise et des millions de pages savantes écrites sur le réglage de la conjoncture, la macro-économie est toujours incapable de répondre autrement que par des « convictions », keynésiennes pour les uns, ricardiennes pour les autres. Le G20 du week-end dernier a dû se conclure par un aveu d'ignorance : « faites comme vous voulez ». Chaque gouvernement a été renvoyé à lui-même c'est-à-dire au tâtonnement, à la conduite au feeling, au « encore un peu de relance mais déjà de l'austérité et on verra en septembre ce qu'il en est ». Bref, la politique est face à la misère de l'économie.
Du coup, les marchés ont dicté leur volonté : ce sont eux qui imposent la rigueur, à la Grèce, au Portugal, à toute l'Europe et, demain, à M. Obama. Ces marchés « savent-ils » mieux ? Que nenni : un jour ils montent les taux pour forcer à l'austérité et le lendemain, comme s'effrayant eux-mêmes, ils craignent que le trop d'austérité ne casse la croissance. Et voilà que les Bourses s'effondrent. Bref, les marchés sont aussi peu dignes de confiance que les économistes.
Le problème est connu : l'instabilité. Quelle s'observe sous la forme des bulles financières, des précarités dans l'emploi ou des divorces familiaux. Les solutions ? On ne sait pas. Ce dont on est sûr, c'est que les réponses d'hier ne correspondent plus. Il faut inventer autre chose. Par exemple le « retour de l'État » est une rigolade : les précarités ont grimpé avec les dépenses sociales publiques. Vouloir revenir à l'emploi stable toute la vie est une hérésie mais laisser faire aussi, puisque cela conduit à la fin des classes moyennes, aux troubles sociaux et à une remise en cause populiste de la démocratie.
Il faut trouver à donner une sécurité dans l'instabilité et donc refonder tout le modèle social autour de cette question. En réalité, des économistes ont travaillé sur beaucoup de ces sujets, à commencer par Amartya Sen. Les politiques devraient commencer à moins écouter les anciens élèves manichéens de Keynes ou de Ricardo.
J'aurais bien quelques idées à proposer pour ma part.
En premier lieu une refonte totale du tas de rustines innommable qu'est le système fiscal et redistributif, axée sur 3 axes que sont simplicité, justice et impossibilité de contourner :

Côté redistribution, un revenu d'existence pour tous remplace tout le tas de rustines social. De toutes façons, ce dernier fait grosso modo en sorte que tout le monde touche un revenu minimum. Alors autant l'acter une bonne fois pour toutes.

Côté imposition, deux impôts : TVA et impôt sur le revenu progressif (revenu des entreprises et des particuliers), avec dans un monde ouvert, bascule de l'impôt vers la consommation.
Le tout sans passe droit, ni possibilité d'y échapper, et avec le
rétablissement d'une forte progressivité, histoire que les plus aisés ne puissent pas fuir leur responsabilité vis à vis de la société.
Enfin, il faut en finir avec les niches fiscales et autres passe droits pour ploutocrates, afin de restaurer l'acceptabilité de l'impôt. En effet, la richesse c'est relatif. Et vu qu'être riche, comme j'ai pu le lire, c'est "posséder plus d'argent que son beau frère", si j'ai la conviction que mon beau frère est soumis aux même règles que moi et que je ne suis pas handicapé dans la course à la réussite, alors l'impôt gagne énormément en acceptabilité...
Tout ça, automatisé, avec un compte personnel consultable simplement via Internet, sans effets de seuil, et avec un calcul sur une fenêtre glissante de 12 mois...
Et enfin, l'idée d'un système socialisé de crédit de Lordon me semblerait une excellente expérience à tenter, histoire de supprimer ce néo clergé bancaire inutile, qui prélève une rente indécente sur l'économie, et alloue de manière déplorable le capital...
J'y rajouterais volontiers, histoire de retrouver un capitalisme à peu près digne de ce nom, avec une épargne qui sert à financer les investissements productifs :

la création de livrets d'épargne accessibles à tous (comme le livret A) mais avec pour vocation explicite d'orienter l'épargne vers les entreprises, et en premier lieu les PME...

la redéfinition de règles claires de faillite, et application de ces dernières. Histoire d'en finir avec le n'importe quoi actuel. En cas de risque systémique, l'État ne pourrait intervenir qu'en achetant des actions (et donc en nationalisant), comme pour une émission de capital (avec le bon goût de rincer les actionnaires et de les mettre face à leurs responsabilités).

suppression progressive du crédit à la consommation et réapprentissage de l'épargne (notamment histoire de reresponsabiliser le débat fiscal et d'arrêter de se cacher derrière la dette).
Me viennent ensuite des tas d'autres choses diverses et variées :

réelle indépendance de la justice,

responsabilisation des individus,

mise en avant de l'excellence plutôt que de se satisfaire de l'égalisation par le bas dans la médiocrité,

utilisation massive d'Internet et de l'informatique pour réduire les dépenses et améliorer le service de l'État (création d'une SS2I publique au passage),

mise à disposition d'enseignements officiels sur Internet, validables simplement, histoire que chacun puisse continuer à se former simplement toute sa vie,

création d'un parlement Internet, un peu sur le mode d'organisation d'un forum (la remise en avant de l'écrit sur l'oral, permettrait d'avoir un vrai débat démocratique construit avec arguments et idées, plutôt que cette mauvaise parodie de démocratie et cette joute oratoire grotesque entre ce que le pays compte de pires bonimenteurs),
... les possibilités sont immenses si on enlève les freins à la croissance et les cliquets que ploutocrates faillis et moustachus des syndicats ont mis partout pour figer la société et s'assurer du maintien de leurs positions avantageuses respectives dans la pyramide alimentaire, de vieux papy boomers entretenus... Ils se rendent d'ailleurs la pareille dans une danse savamment chorégraphiée, et qui vise à tuer la méritocratie, à maintenir le pillage de la jeunesse, et à lui voler son droit à se construire un avenir.
Bref de quoi faire passer l'Humanité dans le 21ème siècle. Parce que là, avec les technologies de l'information et Internet, j'ai l'impression qu'on a atteint des possibilités extraordinaires en terme d'organisation de nos sociétés.
Mais avec tous ces papy boomers faillis qui squattent partout avec leur vision surannée issue des années 70, on est condamné à végéter au temps de la diligence...