lundi 21 juin 2010

France: vers le blocage du marché immobilier

Merci à BulleDog de la bulle-immo :

Geoffroy Bragadir, Fondateur d'Empruntis
BFM Radio, 21/06/2010 (en Français texte en français )
http://podcast.bfmradio.fr/channel11/20100621_interview_3.mp3
BulleDog : L'immobilier va vers un blocage avec la remontée à prévoir des taux d'intérêt.

Une hausse de 1pt et c'est 25% des acheteurs qui seraient exclus par les banques.

La seule chose qui pourrait débloquer le marché : "Une baisse franche des prix de 10 à 15%".

Réponse de Stéphane Soumier : Une baisse qui ne viendra pas et les vendeurs le savent.

Ils attendent au contraire que les prix remontent pour remettre sur le marché.

Ça va finir dans le sang cette bulle française... Même si elle est franchement parisianno-parisienne leur analyse de la pénurie immobilière...

Parce que sur Bordeaux, la pénurie...  

La BCE a pour l'instant monétisé 51 milliards d'€

Meanwhile ECB Monetization Continues: €51 Billion In Sovereign Bonds Purchased To Date, €4 Billion In Past Week
ZeroHedge, 21/06/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.zerohedge.com/article/meanwhile-ecb-monetization-continues-%E2%82%AC51-billion-sovereign-bonds-purchased-date-%E2%82%AC4-billion-p
The ECB has announced its weekly Term Deposit Auction to be held tomorrow will be for an incremental €4 billion, bringing the total variable tender to €51 billion, compared to last week's €47 billion.

51 milliards de dette transformée en fiat monnaie. Donc si j'ai bien les chiffres en tête, il n'y a pas de quoi paniquer quand on sait qu'il y a quelque chose comme 9 000 milliards d'€, rien qu'en M3, en Europe...

Je doute d'ailleurs que ded chiffres aussi petits puissent même suffire à contrer les forces déflationnistes...

France : opération "marchés sereins"

Pitié ! Siouplééé ! Monsieur Laimarché. Laissez nous notre AAA.

On recommencera plus. Promis, on a compris !   

Claude Guéant annonce la rigueur... à la presse anglo-saxonne
Le Monde, Samuel Laurent, 21/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/06/21/claude-gueant-annonce-la-rigueur-a-la-presse-anglo-saxonne_1376159_823448.html#ens_id=1360667&xtor=RSS-3208
La France se prépare à d'importantes coupes budgétaires." L'information est à la une, lundi 21 juin, d'un grand quotidien économique… britannique. Le Financial Times, bible des milieux d'affaires anglo-saxons, a obtenu un entretien avec le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui détaille les mesures d'économie prévues et à venir.

Il s'agit de rassurer les marchés, inquiets du flou français sur les mesures d'économie prévues. En pratique, la France a tablé sa promesse de réduction de moitié des déficits sur une reprise forte de la croissance – 2,5 % dès 2011. Une prévision "audacieuse", a reconnu dimanche 20 juin la ministre de l'économie, Christine Lagarde, qui ne convainc pas les instances financières de l'UE.

Selon Les Echos, le gouvernement s'apprêterait à annoncer 100 000 nouvelles suppressions de postes de fonctionnaires entre 2011 et 2013, soit autant que depuis 2007. Il compterait également maintenir le gel des dépenses en valeur jusqu'à cette date, à l'exception des dépenses de santé. Les niches fiscales seraient "rabotées" de 5 milliards, et une nouvelle taxe sur les plus aisés rapporterait 3,7 milliards d'euros. Des mesures insuffisantes, selon le Financial Times, qui évoque dans ses colonnes la perspective d'un gel des salaires des fonctionnaires.

En même temps, le gel des salaires en déflation, si c'est tout ce qu'on demande aux français, ils s'en sortent plutôt bien... Mais j'ai de sérieux doutes sur le fait que les efforts demandés s'arrêtent à ça...

Les traders surpayés bientôt remplacés par des ordinateurs ?

Ça devait finir par arriver  

Vu le prix que les traders coutent aux banques, c'était logique que le capitalisme investisse pour automatiser leur travail...   C'est le jeu ma pauvre Lucette...

Fast-Reading Computers Are About To Drink Your Trading Milkshake
The Wall Street Journal via ZeroHedge, 21/06/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.zerohedge.com/article/fast-reading-computers-are-about-drink-your-trading-milkshake
To make stock predictions, the program does what is known as “text mining” — scanning large volumes of content and analyzing the words in it. Computer-aided quantitative funds already are plentiful, but they analyze numerical data rather than text. The new program is different because it attempts to simulate what has traditionally been a human activity.

“Our approach is more like the analyst approach, simulated by a program,” said Hsinchun Chen, director of the University of Arizona’s Artificial Intelligence Lab, in an interview with Digits. “You have an analyst reading papers, looking for clues that others have not observed.”

The program, which was first reported by MIT’s Technology Review, scans stock prices and financial news and buys or shorts stocks it believes will move more than 1% in the next 20 minutes. The system sells the stocks after 20 minutes.

“When you do long-term predictions, there are many variables,” Dr. Chen said. “But … you can have an advantage if you look at five minutes, 10 minutes."

The system’s creators tested it using data from five weeks in the fall of 2005 — more than 9,000 news articles and 10 million stock quotes. During that test, the system, called AZFinText, had an 8.5% return on trades, beating the S&P 500 index as well as six of the top 10 quantitative funds. When the researchers used quantitative strategies to select a portfolio and then used AZFinText to decide which trades to make, they saw a return of more than 20%.

Ça me fait furieusement penser à ça tout de même :


A quand un seul qui gagne tout le pognon. Déjà, Bill, j'trouve qu'il m'regarde drôle  

Richesse des nations et gouvernance mondiale

Richesse des nations et gouvernance mondiale
Le Monde, 19/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/19/richesse-des-nations-et-gouvernance-mondiale_1375497_3232.html
On sentait bien que les cartes étaient en cours de redistribution dans l'économie mondiale. Les produits "made in China" sont trop nombreux dans notre quotidien et les délocalisations d'entreprises trop médiatisées pour que nous, Occidentaux, persistions à nous croire le centre du monde.

Voici qu'il faut déchanter : derrière la Chine et l'Inde, c'est une vaste cohorte de pays naguère dits "sous-développés" qui rattrape l'Occident : en vrac, Malaisie, Vietnam, Kazakhstan, Tunisie, Equateur..., mais aussi une surprenante Ethiopie. La dernière étude du Centre de développement de l'OCDE illustre de façon éclatante que ces pays convergent vers le niveau économique des pays riches. La crise a même accéléré ce rattrapage, alors que certains oracles avaient prédit que les pays en développement en seraient les premières victimes.

La suffisance du Nord est d'autant plus obsolète que le Sud et l'Est ont pris conscience de leurs jeunes forces. C'est flagrant en matière de commerce international. Depuis 2008, l'Amérique et l'Europe sont sur la défensive, et ce sont les Brésiliens et les Chinois qui réclament le plus vigoureusement un nouvel abaissement des barrières douanières. Avant 1995, les pays en développement représentaient 3 % des plaintes pour dumping devant l'Organisation mondiale du commerce. Depuis 1995, ils en déposent 64 %.

Qui bloque la création d'une taxe sur les institutions financières ? Le Brésil et l'Inde, notamment, qui refusent de pénaliser ainsi leurs banques puisqu'elles n'ont pas fauté comme leurs consoeurs américaines ou européennes. Le Nord trouve désormais à qui parler.

  

Ces pays émergents n'ont tout de même pas encore les moyens de consommer eux mêmes ce qu'ils produisent et ils comptent massivement sur l'occident pour écouler leurs production. Et alors que des multinationales naissent en Chine et dans les pays émergents, pour concurrencer diablement efficacement la corporatocratie blanche qui dirigeait jusqu'ici seule la planète, je me demande si cette dernière ne va pas être tentée d'instaurer le protectionnisme, non pas pour sauver sa plèbe mais pour se sauver elle même...

Comment va-t-on recréer le franc ?

Visionnaire ou bien anachronique ?

Gérard Lafay dans un article dans Le Monde réfléchit au moyen d'abandonner l'euro et de repasser au franc.

Comment va-t-on recréer le franc ?
Le Monde, Gérard Lafay, Professeur Émérite À L'université Paris Ii, 17/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/06/17/comment-va-t-on-recreer-le-franc_1373906_3232.html
Contrairement aux espoirs annoncés, l'euro a manifestement échoué. A l'intérieur de la zone concernée, il n'a engendré qu'une faible croissance économique, une délocalisation des activités industrielles et la persistance du chômage, tout en accentuant les divergences entre les pays membres. La politique de la Banque centrale européenne a en effet suscité une surévaluation chronique de la monnaie unique européenne, et elle a permis un endettement accentué des nombreux agents économiques, tant publics que privés. Au lieu de jouer un rôle d'entraînement, l'Allemagne a mené une politique salariale inutilement restrictive, accentuant le déficit de certains pays de la zone, au point de les conduire au bord du gouffre.

A plus ou moins brève échéance, l'euro est donc condamné. La question n'est donc pas de savoir s'il faut recréer le franc : une telle issue est inéluctable. La seule question pertinente est de connaître les conditions dans lesquelles ce processus va se dérouler.

Le plus grave serait de subir en catastrophe, sous la pression de la spéculation, une dislocation désordonnée de la zone euro. Au lieu de pratiquer la politique de l'autruche, en se berçant d'illusions, il faut donc préparer calmement la solution alternative qui va s'imposer impérativement. D'une part, en précisant les conditions de recréation des différentes monnaies nationales, et en particulier du franc français. D'autre part, en mettant en place un nouveau système monétaire européen.

Techniquement, la recréation du franc français, comme celle des autres monnaies de l'actuelle zone euro, est une solution facile, qui prendra au plus quelques mois. On a déjà l'expérience de l'opération inverse, qui a abouti à la création de l'euro, et on connaît l'exemple de diverses zones monétaires qui se sont scindées, que ce soit lors de la division de la Tchécoslovaquie ou lors de l'éclatement des anciennes fédérations soviétique et yougoslave. Il conviendra simplement de dissoudre la Banque centrale européenne, de répartir ses réserves de change au prorata des apports initiaux, et de restituer à la Banque de France l'intégralité de ses attributions.

La seule question posée est de savoir quel taux de conversion devra être adopté.

Il prône ensuite comme Christian Saint Etienne dans La fin de l'euro de recréer un SME :
Vis-à-vis des autres monnaies, la valeur d'un franc nouveau sera déterminée par le marché des changes. Elle évoluera en fonction de la politique qui sera menée en France, tant dans l'économie que dans la gestion du change. Il est faux de s'imaginer que notre pays soit fatalement laxiste, car il fut autrefois exemplaire (à l'époque du général de Gaulle jusqu'en 1968, puis de Georges Pompidou). Non seulement la création d'un franc nouveau ne nous dispensera pas des efforts nécessaires pour rétablir la situation budgétaire et pour résoudre le problème des retraites, mais elle facilitera leur solution en permettant de retrouver les moyens de la croissance économique.

Personnellement, j'ai tendance à croire que l'euro survivra à la crise. Pour des raisons politiques.

Tout le monde va être forcé à la rigueur et à revenir dans les clous de Maastricht. Il y aura en revanche solidarité pour récurer le vomi des années précédentes. Et les pays du sud devront accepter la déflation pour remettre leurs coûts salariaux à la hauteur de leur productivité (mais ça ne serait qu'un retour à leur situation d'il y a moins de 10 ans, alors que les revenus dans les pays du sud de l'Europe ont explosé dans des proportions ahurissantes en 10 ans, et sans réelle justification macro économique autre que le passage à l'euro).

Et on sent bien que l'économie européenne s'est totalement mélangée, avec des spécialisations par pays et que désormais, tout est entremêlé. Que nos élites se parlent beaucoup plus d'un pays à l'autre, que les peuples commencent à se connaître, et avec la crise, on s'est même mis à regarder un peu dans la presse et les informations ce qu'il se passe chez nos voisins, à essayer de se comprendre les uns les autres.

Et puis honnêtement ? Vous les imaginez nos kleptocrates mondialistes devoir reconnaître que leur projet est voué à l'échec ?  Ils préféreront forcer l'euro en travers de la gorge de leurs peuples plutôt que de reconnaître s'être trompés.

A la rigueur, je peux imaginer que des pays vraiment trop en dehors des clous comme la Grèce ou le Portugal puissent sortir. Mais j'ai du mal à imaginer que ça aille plus loin.

En fait, depuis la crise, l'Europe a l'air beaucoup plus petite...

Pour les enfants des baby-boomers, l’ascenseur social ne cesse de descendre

Le buzz immobilier nous déterre un article de Télérama de 2006, ô combien d'actualité :

Pour les enfants des baby-boomers, l’ascenseur social ne cesse de descendre
Télérama via Le buzz immobilier, 18/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.le-buzz-immobilier.com/2010/06/pour-les-enfants-des-baby-boomers-l%E2%80%99ascenseur-social-ne-cesse-de-descendre-0032273
“Pour les enfants des baby-boomers, l’ascenseur social ne cesse de descendre. Et la colère monte contre leurs parents… Si vous êtes nés après 1955, malheur à vous. Vous êtes les générations sacrifiées. Les « baby-losers » de l’histoire. Pas seulement parce que vous avez découvert le sexe avec le sida, la famille avec la montée des divorces, le travail avec le chômage et la politique avec les affaires.

Mais parce que, pour la première fois de l’histoire contemporaine, votre situation économique et sociale est pire que celle de vos parents, les fameux baby-boomers, nés dans les années d’après-guerre. Cette réalité potentiellement explosive, ces derniers l’ont longtemps occultée. C’est – peut-être ? – en train de changer, à en juger par le nombre de livres qui paraissent cet automne, écrits, précisément, par des baby-boomers en pleine autoflagellation. Ecoutons la complainte – énervée – de Denis Jeambar et Jacqueline Remy : « Un jour nos enfants auront 20 ans, 30 ans, 40 ans.

[…] Ce jour-là, nos enfants nous haïront. Et ils auront raison. Car nous, les baby-boomers, leur avons laissé une société molle, mitée, usée. Nous avons eu tous les atouts en main, nous avons exercé sans pitié notre droit d’inventaire sur les valeurs que les générations précédentes nous avaient transmises, nous avons grandi dans une société en pleine croissance. Et quel avenir avons-nous préparé à nos propres enfants ? […]

Si un jour nos enfants crient leur colère, personne ne pourra dire : nous ne savions pas. » Ainsi donc, les baby-boomers se réveillent. Il était temps. « Aux Etats-Unis, ce débat existe depuis les années 80 », observe ironiquement Louis Chauvel, auteur (né en 1967, précisons-le) d’un livre pionnier sur la question, Le Destin des générations, qu’il prolonge aujourd’hui par un ouvrage coup de massue, Les Classes moyennes à la dérive. Il tente depuis une dizaine d’années de faire émerger la question, en lui donnant sa dimension sociale. Il ne faut pas trop le pousser pour qu’il parle de « guerre des générations ». Une guerre diffuse qui ronge la société française en profondeur, comme l’ont montré les émeutes des banlieues, les manifestations anti-CPE ou celles des stagiaires. Autant de mouvements différents mais dont un point commun, au moins, saute au visage : issus des classes moyennes ou populaires, les jeunes hurlent désormais leur désespérance.

Et pour cause, tous les ingrédients d’un conflit majeur sont là. Observons ces deux destins qui se font face : celui, exceptionnel, de la génération née autour de 1945, et celui, dramatique, de leurs enfants. Les premiers ont bénéficié à plein de la dynamique des Trente Glorieuses : du travail à foison, un État providence en expansion, avec sécurité sociale, retraite par répartition et assurance-chômage à la clé. Résultat, ils ont connu une ascension sociale comme aucune génération avant eux. “Sans oublier qu’ils ont bénéficié de taux d’intérêt inférieurs à l’inflation, ajoute l’économiste Patrick Artus, autre baby-boomer en verve. Ils ont pu se constituer un beau patrimoine en vue d’une retraite confortable.” Tout autre est le destin de leurs rejetons.

«En 1975, les trentenaires gagnaient en moyenne 15 % de moins que les cinquantenaires, rappelle Louis Chauvel. Aujourd’hui, 40 %. » L’ascenseur social ? Parlons plutôt d’un « descenseur ». « Les décennies de croissance rapide avaient vu émerger une élite issue de nulle part, poursuit Chauvel. La situation contemporaine est au contraire propice au retour des “fils de” et “filles de”. L’ascenseur ne fonctionne plus qu’au sommet du salariat privé. » Bienvenue dans l’âge de l’a-méritocratie… Depuis vingt ans, la France a par ailleurs négligé d’accompagner les jeunes vers le monde du travail, notamment à cause d’un système universitaire au rabais. Ainsi, quand les Etats-Unis investissent plus de 20 000 dollars par étudiant et les Suédois plus de 15 000, les Français se contentent de 9 000.

Quant à l’accès au logement, il est lui aussi de plus en plus difficile. « La hausse de l’immobilier organise comme jamais un transfert de richesses vers les seniors, martèle Patrick Artus. Non seulement les jeunes actifs ont de plus en plus de mal à s’installer dans la vie professionnelle, mais ils doivent racheter aux moins jeunes leur immobilier à un prix très élevé, ce qui réduit leur revenu consommable tout en accroissant celui des retraités. » Triste litanie d’indices d’un déclassement majeur, auxquels il faudrait ajouter le legs d’une dette publique abyssale et de deux autres bombes à retardement : le système de santé et les retraites. Car, d’ici à 2040, nous allons passer en France de quatre à sept retraités pour dix actifs. « Cela annonce un accroissement vertigineux de la redistribution en faveur des retraités, observe Bernard Spitz, ancien conseiller de Michel Rocard.

Les jeunes qui devront régler la facture seront ceux sur lesquels on aura le moins investi en matière de formation. C’est la plus incroyable spoliation générationnelle de notre histoire. » Bref, tout se passe comme si la France avait sacrifié ses jeunes, délibérément ou non, pour conserver son modèle social, qui profite essentiellement aux baby-boomers au détriment des générations suivantes. « Nous sommes dans un modèle de société non soutenable, pour utiliser le jargon des écologistes », résume Louis Chauvel, qui va plus loin encore. Ce déclassement des jeunes serait au cœur de la crise des classes moyennes, désormais confrontées à une « société de stagnation » : « Ce n’est pas seulement l’échec du projet porté par les nouvelles classes moyennes issues de 1968. C’est aussi la fin d’un modèle de civilisation où elles incarnaient le sens de l’histoire pour les autres catégories sociales, notamment populaires.

Les grandes écoles sont constituées à 60 % d’enfants de cadres sup : qui, dans les banlieues, peut continuer à croire à cet égalitarisme de façade ? » Alors, pourquoi le débat tarde-t-il tant à émerger, quand les signes d’une déflagration ne cessent, eux, de se multiplier ? La faute aux baby-boomers, en partie. Parce qu’ils n’ont pas forcément intérêt à reconsidérer un système qui leur profite. Mais aussi parce que bien peu sont prêts à l’autocritique et à la remise en cause de l’héritage de 68, du moins chez leurs « leaders d’opinion ». «Aujourd’hui, il existe comme un devoir d’inventaire : qu’est-ce qui a progressé depuis 1976 ? interroge Chauvel. Qui porte la responsabilité de ce bilan ? Dans les lieux de pouvoir, dans les partis, dans les universités, on est dans la dénégation absolue. La domination de cette génération est tellement forte en France !

Impossible de s’interroger sur le legs de 68, on vous rétorque tout de suite que vous êtes contre le progrès social, que vous êtes réac… » Silence, les gosses ! Silence, d’autant plus que vous avez été élevés avec le discours sur la responsabilisation des individus. Sous-entendu : la société a fait ce qu’elle devait, à chacun de se prendre en charge. La domination est symbolique, mais aussi matérielle et, surtout, politique. A l’Assemblée nationale, seuls 15,1 % des députés ont moins de 44 ans. Ils étaient près de 40 % en 1981. Idem dans les partis, les syndicats, les lieux de décision économiques et sociaux et les grands médias d’information : partout les jeunes sont sous-représentés et, donc, aux abonnés absents des grands débats de société. Quand bien même ils sont les premiers concernés, comme par exemple dans la réforme sur les retraites. « Ce débat aurait dû être un moment de vérité pour les baby-boomers, l’occasion pour eux de montrer qu’ils pensaient aux générations suivantes, convient l’historien (baby-boomer) Jean-François Sirinelli. Mais l’égoïsme générationnel l’a emporté, à gauche comme à droite. Les vraies questions ont été masquées par un traditionnel clivage gauche-droite dans lequel les jeunes eux-mêmes se sont laissé enfermer. »

Pas question, pour autant, de tout mettre sur le dos des soixante-huitards. D’abord parce que la génération du baby-boom n’est pas uniforme et recouvre une variété de destins, plus ou moins heureux. « Cette génération est représentée par des gens diplômés, précise Jean-François Sirinelli. Mais on ne peut la réduire aux jeunes citadins engagés. Ce n’est pas la société française ! » Non seulement les baby-boomers ont eux aussi connu le chômage, mais ils ont souvent permis d’amortir la souffrance des nouvelles générations. « Les entreprises font travailler les jeunes pour presque rien, grâce aux généreuses subventions des familles, note Louis Chauvel. Un puissant analgésique qui fait oublier le mal qui empire… On a mis en place une société fondée sur la mendicité familiale ! » Sans compter, pour Jean-François Sirinelli, que « cette crise se loge en plein cœur des familles : les baby-boomers ne le vivent donc pas de façon heureuse. C’est pour eux une remise en cause totale de l’idée de progrès à laquelle ils ont cru pendant des années ».

L’écrivain Christophe Bourseiller ajoute : « Ils ont proposé une refonte globale et les idées ont fusé. Mais ils sont vite rentrés dans le rang. Les jeunes générations n’ont pas tant hérité de Mai 68 que de son échec. » Quand les trentenaires règlent leurs comptes, comme les journalistes Laurent Guimier et Nicolas Charbonneau dans Génération 69, ils le font gentiment, avec humour, humeur, mais sans méchanceté. « Une génération, normalement, se construit en tuant le père. Mais on s’en est tellement pris plein la gueule. Il fallait bien qu’on gère ça, on n’a pas eu le temps pour les revendications. Et puis, faut-il forcément agir par rupture ? » Résultat, les jeunes ont beau subir un déclin social inédit, on cherche désespérément les signes de rébellion et de vraie remise en question des aînés. La faute, peut-être, au laxisme bienveillant dans lequel leurs soixante-huitards de parents les ont élevés, et qui rend difficile, voire impossible, toute révolte ?

Plus largement, si les jeunes se font peu entendre, c’est en effet parce qu’ils baignent encore dans les valeurs de 1968 : société d’abondance, aspirations à la consommation et au salariat stable, illusion de la fin des hiérarchies, etc. Tout se passe comme si les Français, jeunes et vieux, restaient bloqués sur le souvenir des Trente Glorieuses et se refusaient à lancer le vrai débat : celui de la reconnaissance des déséquilibres. Celui du renouvellement, nécessaire, d’un modèle social autodestructeur, et condamné, puisque les jeunes retraités actuels jouent les papys-voyageurs alors que les prochaines générations vont devoir trimer jusqu’à 75 ans… Louis Chauvel pointe un risque de « dyssocialisation », d’une socialisation non appropriée à la réalité de son temps, chez les jeunes générations. « Les enfants de baby-boomers et particulièrement ceux des classes moyennes ont été depuis l’enfance imbriqués dans la société de consommation dont ils conservent les moyens tant qu’ils vivent au domicile parental.

Mais ensuite ? On s’efforce de faire reconnaître l’importance de la valeur travail, mais on constate à l’évidence que le travail ne permet plus de vivre décemment ! » C’est vrai des classes moyennes. Ça l’est encore plus des classes populaires. « La génération 68 a démocratisé les aspirations des classes moyennes, elle a propagé un modèle d’individualisme prométhéen mais sans donner les moyens qui vont avec. Elle a suscité des envies sans assouvissement possible. » Du moins pour tous ceux – la grande majorité – qui devront se contenter des revenus de leur travail. Car, pour les héritiers, l’avenir est rose.

Télérama, le 10.10.2006 article culte, introuvable sur le net, on le déterre de nos mails à cause de la réforme des retraites

Tiens, encore hier, j'ai appris qu'un ingénieur en informatique de mon entourage émigrait en Asie...   

Robert Prechter : on n'a encore rien vu en terme de déflation

Une longue interview très intéressante de Robert Prechter (dont les théories ont surement inspiré fortement Abadie de Tropical Bear) chez Jim Puplava, de Financial Sense.

Il y aborde la grande déflation à la 29 qu'il voit devant nous, et rejette totalement l'idée d'une hyper inflation.

L'or est aujourd'hui trop cher, il faut rester cash, dans ce qui se fait de plus sûr (genre livret A et cie pour nous petits français), et attendre que le prix des actifs dégringole...

Le rallye actuel est pour lui un rallye de bear market. Et de la même manière qu'il avait annoncé le bas en mars 2009, il pense qu'on arrive au bout du bull trap et que là, on est reparti pour la grande gamelle...

A écouter pour les anglophones. C'est vraiment intéressant. C'est de l'anti Marc Faber. C'est cette théorie là qui a ma préférence pour ma part. J'espère ne pas me tromper   

Robert Prechter sur Financial Sense
Financial Sense, 19/06/2010 (en Anglais texte en anglais )
http://www.financialsensenewshour.com/broadcast/fsn2010-0619-2.mp3