Visionnaire ou bien anachronique ?
Gérard Lafay dans un article dans Le Monde réfléchit au moyen d'abandonner l'euro et de repasser au franc.
Contrairement aux espoirs annoncés, l'euro a manifestement échoué. A l'intérieur de la zone concernée, il n'a engendré qu'une faible croissance économique, une délocalisation des activités industrielles et la persistance du chômage, tout en accentuant les divergences entre les pays membres. La politique de la Banque centrale européenne a en effet suscité une surévaluation chronique de la monnaie unique européenne, et elle a permis un endettement accentué des nombreux agents économiques, tant publics que privés. Au lieu de jouer un rôle d'entraînement, l'Allemagne a mené une politique salariale inutilement restrictive, accentuant le déficit de certains pays de la zone, au point de les conduire au bord du gouffre.
A plus ou moins brève échéance, l'euro est donc condamné. La question n'est donc pas de savoir s'il faut recréer le franc : une telle issue est inéluctable. La seule question pertinente est de connaître les conditions dans lesquelles ce processus va se dérouler.
Le plus grave serait de subir en catastrophe, sous la pression de la spéculation, une dislocation désordonnée de la zone euro. Au lieu de pratiquer la politique de l'autruche, en se berçant d'illusions, il faut donc préparer calmement la solution alternative qui va s'imposer impérativement. D'une part, en précisant les conditions de recréation des différentes monnaies nationales, et en particulier du franc français. D'autre part, en mettant en place un nouveau système monétaire européen.
Techniquement, la recréation du franc français, comme celle des autres monnaies de l'actuelle zone euro, est une solution facile, qui prendra au plus quelques mois. On a déjà l'expérience de l'opération inverse, qui a abouti à la création de l'euro, et on connaît l'exemple de diverses zones monétaires qui se sont scindées, que ce soit lors de la division de la Tchécoslovaquie ou lors de l'éclatement des anciennes fédérations soviétique et yougoslave. Il conviendra simplement de dissoudre la Banque centrale européenne, de répartir ses réserves de change au prorata des apports initiaux, et de restituer à la Banque de France l'intégralité de ses attributions.
La seule question posée est de savoir quel taux de conversion devra être adopté.
Il prône ensuite comme Christian Saint Etienne dans
La fin de l'euro de recréer un SME :
Vis-à-vis des autres monnaies, la valeur d'un franc nouveau sera déterminée par le marché des changes. Elle évoluera en fonction de la politique qui sera menée en France, tant dans l'économie que dans la gestion du change. Il est faux de s'imaginer que notre pays soit fatalement laxiste, car il fut autrefois exemplaire (à l'époque du général de Gaulle jusqu'en 1968, puis de Georges Pompidou). Non seulement la création d'un franc nouveau ne nous dispensera pas des efforts nécessaires pour rétablir la situation budgétaire et pour résoudre le problème des retraites, mais elle facilitera leur solution en permettant de retrouver les moyens de la croissance économique.
Personnellement, j'ai tendance à croire que l'euro survivra à la crise. Pour des raisons politiques.
Tout le monde va être forcé à la rigueur et à revenir dans les clous de Maastricht. Il y aura en revanche solidarité pour récurer le vomi des années précédentes. Et les pays du sud devront accepter la déflation pour remettre leurs coûts salariaux à la hauteur de leur productivité (mais ça ne serait qu'un retour à leur situation d'il y a moins de 10 ans, alors que les revenus dans les pays du sud de l'Europe ont explosé dans des proportions ahurissantes en 10 ans, et sans réelle justification macro économique autre que le passage à l'euro).
Et on sent bien que l'économie européenne s'est totalement mélangée, avec des spécialisations par pays et que désormais, tout est entremêlé. Que nos élites se parlent beaucoup plus d'un pays à l'autre, que les peuples commencent à se connaître, et avec la crise, on s'est même mis à regarder un peu dans la presse et les informations ce qu'il se passe chez nos voisins, à essayer de se comprendre les uns les autres.
Et puis honnêtement ? Vous les imaginez nos kleptocrates mondialistes devoir reconnaître que leur projet est voué à l'échec ?

Ils préféreront forcer l'euro en travers de la gorge de leurs peuples plutôt que de reconnaître s'être trompés.
A la rigueur, je peux imaginer que des pays vraiment trop en dehors des clous comme la Grèce ou le Portugal puissent sortir. Mais j'ai du mal à imaginer que ça aille plus loin.
En fait, depuis la crise, l'Europe a l'air beaucoup plus petite...