En 2030, les pays membres de l'OCDE - 30 pays parmi les plus riches de la planète - ne représenteront plus que 43% de l'économie mondiale contre 60% en 2000.
L'OCDE parle d'un «changement structurel» d'une importance historique. Le phénomène n'est pas nouveau mais il s'est accéléré au cours de la dernière décennie et encore plus sous l'effet de la crise.
Autre signe de leur poids croissant, entre les années 1990 et 2000, le nombre de pays dit émergents (c'est à dire dont la croissance moyenne par habitant équivaut à plus du double de celle des pays de l'OCDE) est passé de 12 à 65.
Le rapport souligne par ailleurs une réduction de la pauvreté, en particulier en Chine où le taux de pauvrêté est revenu de 60 % en 1995 à 16 % en 2005. Revers de la médaille, si le nombre de pauvres a globalement reculé de 300 millions dans la dernière décennie, la croissance s'est souvent accompagnée d'un creusement des inégalités, ce qui risque de peser sur le long terme.
Vous vous souvenez de ces deux graphiques là ?
Va falloir sérieusement penser à émigrer...
Quoique... A voir le premier graphe, on aurait touché le fonds en fait. Voilà qui est rassurant. Peut être que ce pays va arrêter de péricliter. Chaque français va arrêter d'attendre que son voisin travaille pour lui. Et peut être va t'on arriver à avoir un sursaut de dignité.
En même temps, c'est toujours dans l'urgence que la France change. Mais une fois qu'elle a entamé le changement, elle ne le fait pas à moitié.
Le courtier en ligne Empruntis.com a interrogé les établissements bancaires : ils n'envisagent pas baisser à nouveau leurs taux à la rentrée. A l'avenir, les emprunteurs peuvent espérer, au mieux, une stabilisation.
Et vu comme le Libor grimpe, comme la confiance est fragile entre banques, comme les liquidités commencent à se faire rares, et vu comme le refinancement de leurs bilans s'annonce compliqué, à mon avis, la donne va beaucoup changer. Tout semble indiquer aujourd'hui que l'argent va devenir plus cher...
Ensuite, l'avenir s'annonce sombre. Interrogés par Empruntis.com sur le sujet, les banques ont unanimement déclaré ne pas envisager de baisser à nouveau leur grille tarifaire. Ils pourraient même remonter. Compte tenu de la récente reprise des prix de l'immobilier, la conjugaison de ces deux phénomènes pourrait bloquer instantanément le marché immobilier.
Le Monde :Mais présentons les choses d’une autre façon, qui sera peut-être un peu plus parlante : quelles seraient les conditions pour qu’en 2050, malgré les évolutions démographiques, ni les actifs cotisants ni les retraités ne soient appauvris, c’est-à-dire disposent alors du même revenu moyen réel (en € 2008) qu’actuellement ? Un calcul très simple à partir des chiffres du C.O.R. montre que pour cela il suffirait que la productivité moyenne du travail augmente de 0,34 % en rythme annuel.
Passons sur le fait qu'on ne parle même plus d'une amélioration du niveau de vie des actifs actuels. Si on arrive déjà à conserver notre niveau de vie ... ce serait un grand cadeau des papy-boomers.
Passons sur le fait que notre niveau de vie se base sur celui des pays émergents. Croire que rien ne va changer, c'est osé.
Non. Le pire dans cette argumentation, c'est que le mot DETTE n'apparaît pas une seule fois! On est en train de faire du 12 points de PIB de deficit pour obtenir 1.5 points de croissance.
Alors son augmentation de la productivité dans les années à venir, il peut la chercher encore et encore dans ses bouquins théoriques!
Je confirme. Ces gusses sont vraiment dans leur bulle
C'est le principe d'une bulle d'ailleurs. C'est qu'il est très dur de la voir quand on est à l'intérieur.
"Gains de productivité"
Le principal produit que fabrique et exporte l'occident, c'est de la dette. Mais c'est pas grave, on peut continuer à faire n'importe quoi. Comme toujours, les techniciens et les scientifiques vont tous nous sauver
Le patron de la Caisse des dépôts (CDC), Augustin de Romanet, l'a confirmé ce matin sur BFM Radio. Un accord entre la CDC et la China Development Bank sera signé ce mercredi pour la création d'un fonds pour les PME. Selon la CDC, ce fonds est un contrat "gagnant-gagnant".
D'un côté, la France vend à la Chine des PME qui, sur le papier, ont un "business plan" solide. De leur côté, les Chinois apportent le "cash" et viennent ainsi aider les PME françaises à renforcer leur fonds propres et à accéder plus facilement au marché chinois.
Concernant le risque en Chine du transfert de technologies, la CDC se dit très attentive à la propriété intellectuelle. Elle déclare qu'elle veillera à ce que les PME françaises ciblées par le fonds soient assez armées pour protéger leur savoir-faire.
En terme de disponibilité des capitaux, si les étrangers fuient l'Europe, ou même se contentent juste de ne plus investir, ça ne sent pas super bon pour nous...
Et Gross d'annoncer qu'il abandonnait un peu les obligations pour se reporter sur les actions...
“We are making a move into equities, period,” said Gross. “We are recognizing that the global marketplace is not just bond-oriented, and so equities have a place, always have had a place.”
Pour que Pimco (qui si j'ai bien compris est un fonds "obligataire") abandonne les obligations, j'imagine que c'est qu'ils ne savent plus vraiment où aller en fait. Il n'y a plus aucune classe d'actifs qui rapporte des revenus décents... Autant rester cash.
Bon sinon, plus sérieusement, écoutez bien cette interview sur BFM de Jean-Marie Chevalier, après la dégradation de BP de 6 crans de AA à BBB par Fitch. On va tâcher de lire entre les lignes :
Jean-Marie Chevalier, Directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de l'université Paris-Dauphine
60 milliards de $ ont disparu dans la nature en 40 jours
Moi mon sentiment quand même c'est que BP s'en sortira pas.
Cet événement me paraît marquer une étape dans l'histoire du pétrole. Parce que je pense que les conditions d'exploitation vont se durcir. Ça va probablement retarder la mise en place de certains gisements découverts, et ça va d'ailleurs dans le sens d'une augmentation des prix et ça peut accélérer la fin du pétrole.
J'espère qu'ils en ont trouvé vraiment beaucoup beaucoup du lithium en Afghanistan
Une réforme qui en gros, s'en prend essentiellement aux plus modestes de la génération suivant directement les papy boomers, ceux de 50-57 ans qui ont commencé à travailler jeunes. En gros, l'essentiel de l'effort sera fourni par eux. Mais on tape un peu sur les riches et le capital pour donner un vernis de justice à la réforme.
Mais ma foi... justice ou injustice de la réforme, ce que je vois surtout, c'est que leur joli bout de scotch va tenir au plus 5 ans. Et qu'on sera même surement repartis avant ça pour réaligner les prétentions des français à la réalité de leur déclin.
Parce qu'avec leurs suppositions de croissance, de reprise, de productivité, de hausse des revenus et autres joyeusetés d'un monde qui n'est plus, et qui sont maintenant considérées comme des données, limite des acquis sociaux, il vont encore se manger le rouleau compresseur de la réalité du déclin et de la mondialisation sur leurs modèles d'un autre âge.
Et la réalité, c'est que sauf saut technologique énorme, on ne sait plus croître. Et ils ne peuvent plus que gérer le déclin et l'uniformisation mondiale des niveaux de vie désormais, à un niveau bien plus bas que celui auquel on était habitués quand on était seuls à avoir accès au gâteau.
Le Monde résume les principaux points de la réforme :
Relèvement progressif, à raison de 4 mois par an à partir de la génération née en 1951, de l'âge légal de départ à la retraite, lequel sera ainsi porté pour tout le monde à 62 ans en 2018. La durée de cotisation sera portée à 41 ans et 1 trimestre pour les générations 1953 et 1954 et à 41,5 ans en 2020. Carrières longues et pénibilité. Les salariés ayant commencé à travailler avant 18 ans pourront continuer à faire valoir leurs droits à la retraite entre 58 et 60 ans sous réserve de justifier de la durée de cotisations + 2 ans. Aide à l'embauche pendant un an pour les demandeurs d'emploi de plus de 55 ans et renforcement du tutorat Création d'un prélèvement de 1 % sur la dernière tranche de l'impôt sur le revenu, hors bouclier fiscal. Augmentation d'1 point des prélèvements sur les plus-values de cessions mobilières et immobilières et du prélèvement forfaitaire libératoire sur les dividendes et les intérêts. Prélèvement accru sur les stock-options : passage de la contribution de l'employeur de 10 à 14% et de la contribution du salarié de 2,5 % à 8 %. Augmentation des prélèvements sur les retraites chapeaux : le prélèvement de l'entreprise est appliqué dès le 1er euro de rente versé. Une contribution sociale de 14 % est mise en place pour le bénéficiaire. Alignement du taux de cotisation du public (7,85 %) sur le privé (10,55 %) en 10 an. Fermeture du dispositif de départ anticipé sans condition d'âge pour les parents de 3 enfants ayant 15 ans de service à compter de 2012. Application de la même règle d'obtention du minimum garanti que dans le secteur privé. Les jeunes en situation précaire bénéficieront de trimestres validés supplémentaires lorsqu'ils sont au chômage non indemnisé. Pour améliorer les retraites des femmes, l'indemnité journalière perçue pendant le congé maternité entrera désormais dans le salaire de référence sur lequel est calculée la pension de retraite. L'octroi du minimum vieillesse (709 euros pour un célibataire) aux agriculteurs sera facilité.
Et une interview intéressante sur France Inter, avec Marisol Touraine pour le PS, Dominique Paillé pour l'UMP et surtout Bruno Palier qui avait fait déjà entendre parler de lui avec cet article sur les retraités, où n apprenait très clairement qu'ils étaient désormais plus riches que les actifs.
Naturellement la députée PS fait mine de s'offusquer alors qu'elle aurait fait exactement la même chose si elle avait été au pouvoir. Il fallait envoyer un signal clair aux marchés pour sauver le AAA. Il n'y a plus que ça qui compte désormais. Ce sont nos créanciers qui dirigent le pays.
Réforme des retraites : le gouvernement dévoile son projet !
France Inter, Le 6h30/10, 16/06/2010 (en Français )
L'Espagne semble inquiéter sérieusement tout le monde, alors que l'on parle un peu partout d'un plan de sauvetage, de 250 milliards d'€, de discussions avec le FMI et l'union européenne...
Spanish debt wilts amid €250bn rescue plan confusion
Telegraph, Ambrose Evans Pritchard, 16/06/2010 (traduire en Français )
European debt markets remain under high stress on persistent reports that Spain is in secret talks with EU officials and the International Monetary Fund for a support package of up to €250bn (£208bn), the largest rescue in history.
"We're in a dangerous and stressful situation," said Gary Jenkins, a credit expert at Evolution Securities. "Spain is a big enough borrower to wipe out the EU's rescue fund."
Theodora Zemek from AXA Investment Managers said any rescue will have knock-on effects on the credit ratings of donor states. "Germany and France risk going from AAA to AA," she said.
What haunts markets is fear that Spain may be the last line of defence. There can be no easy rescues after that because the money will run out. If investors ever start to question Italy's public debt – the world's third largest – they may face a sovereign version of the Credit Anstalt crisis of 1931. So far, Italy has remained as strong as a rock.
Malgré les dénégations de l'Espagne, Royal Bank of Scottland maintient :
Spain Rescue Credit Line From IMF Still Likely, RBS Analysts Say
Bloomberg, Keith Campbell, 17/06/2010 (traduire en Français )
Some form of credit support for Spain from the European Commission and International Monetary Fund is still likely, even after a report of such a plan was denied yesterday, Royal Bank of Scotland analysts said.
Les taux d'intérêt de l'Espagne montent en flèche... Les symptomes sont bien connus désormais.
On parle de 30 miyards d'€ pour restructurer le système bancaire espagnol :
Spain may use 30 billion euros for bank restructuring
Spain may use as much as 30 billion euros of its Fund for Orderly Bank Restructuring (FROB) to cover the financing needs of its banks, the Economy Minister Elena Salgado said on Thursday. The FROB, created to help the banking sector, can issue up to 99 billion euros to aid credit institutions.
Et déjà, se dessinent des velléités fortes d'imprimer autant de monnaie qu'il sera nécessaire, pour nettoyer le vomi d'hier, malgré un retour à l'équilibre budgétaire pour demain (Au passage, tout ceci permettra par un effet de bord pas du tout prévu de sauver les banksters et les actionnaires qui ne seront nullement inquiétés et/ou mis devant leurs responsabilités) :
Repenser les banques centrales
Libération, Thomas Piketty, 16/06/2010 (en Français )
Les banques centrales peuvent-elles nous sauver ? Non, pas complètement. Mais elles détiennent une partie de la solution à la crise actuelle. Reprenons par le commencement. Depuis toujours, il existe deux façons pour l’État de se procurer de l’argent : faire payer des impôts, ou fabriquer de la monnaie.
Dans les années 1970, l’inflation atteignait 10 % à 15 % par an, et cela n’a pas empêché la stagnation économique et la montée du chômage. Cet épisode durable de «stagflation» a convaincu les gouvernants et les opinions que les banques centrales devaient être «indépendantes» du pouvoir politique, dans le sens où elles devaient se contenter de faire progresser lentement et régulièrement la masse monétaire afin de cibler une inflation faible (1% ou 2%).
Pour alléger le fardeau, la FED, et maintenant la BCE, ont commencé à racheter des titres de la dette publique, et donc à prêter aux États.
Mais cette évolution mal assumée se fait beaucoup trop lentement. Visiblement, après plusieurs décennies de dénigrement de la puissance publique, on trouve plus naturel d’imprimer des billets pour sauver les banques que pour sauver les États. Le risque inflationniste est pourtant tout aussi faible dans les deux cas, et peut être maîtrisé. La BCE pourrait reprendre à son compte à bas taux une bonne part des quelque 20 points de PIB de dette publique créée par la récession, tout en annonçant qu’elle relèvera ses taux si l’inflation dépasse 5%.
Cela ne dispensera pas les États européens de maîtriser leurs finances publiques, et surtout de s’unir pour enfin émettre une dette européenne commune et bénéficier ensemble de taux faibles. Mais s’ils misent tout sur des politiques de rigueur drastique, alors cela risque fort de nous mener à un désastre.
Et les pays du sud déjà, se rebellent contre la rigueur qui menace de les transformer en pays du tiers monde :
Italian economists slam austerity measures
Telegraph, Ambrose Evans Pritchard, 17/06/2010 (traduire en Français )
A group of 100 Italian economists has written an open letter warning that the EU austerity policies being imposed on Southern Europe may tip the region into a downward spiral, risking the disintegration of the monetary union.
"The fundamental point is that the current instability of monetary union is not just the result of accounting fraud and over-spending. In reality, it stems from a profound interweaving of the global economic crisis and imbalances within the eurozone."
"Some countries will be pushed out of the eurozone, others will break away to free themselves from a deflationary spiral."
Et vous pouvez aussi vous rendre ici pour un post plus long et commenté sur le blog d'Evans Pritchard :
Ambrose Evans Pritchard : While I don’t share the big-state Left-Keynesian perspective of these professors — nor their implicit hostility to the free market — I do agree with much of their overall analysis.
Just to be clear, I do not share their Krugmanite view that huge fiscal deficits are benign. In my view, it is imperative that the whole western world reduces debt in a orderly fashion over 10 to 15 years. Pacing is crucial. Too fast can be self-defeating. Too slow is not an option.
My objection with the EU’s mix of policies is that extreme fiscal austerity is being imposed on a string of countries without offsetting monetary stimulus. (Yes, I know, some will say that I am mixing apples and oranges).
Ireland, Spain, and Portugal have already tipped into outright deflation. Ireland’s nominal GDP has contracted 18.6pc since the peak. They are falling deeper into an Irving Fisher debt-deflation trap.
Et enfin pour conclure, Fiorentino hier matin sur BFM, comme quoi l'Allemagne a repris la main sur l'Europe et est seule maître à bord :
L'édito de Marc Fiorentino
BFM Radio, Marc Fiorentino, 16/06/2010 (en Français )
Alors soit, jusque là, c'était de la rigolade et maintenant, on rentre dans le gras des années 30, soit c'est la solution nazonesque-jean-dupontique-marc-faberienne "Accrochez vous aux rotatives ! Ça va cracher du billet !", soit ça sera un mix le plus raisonnable possible des deux (ce qui reste ma piste privilégiée). Mais la ligne de crête va être mince...
Quoi qu'il en soit, désormais, l'économie ne peut plus faire grand chose. Ça va être politique maintenant. A qui va t'on faire payer la crise ?
Un lien récupéré sur @peaksandbubbles, un des deux twitter de tibere.
Je n'ai pas d'avis tranché sur la question, mais leur lecture de l'histoire est pour le moins différente de ce que laisse suinter l'histoire officielle :
Le New Deal de Roosevelt n'a pas résolu la crise de 1929. Il l'a prolongée.
Objectif Liberté, Vincent Bénard, 29/10/2008 (en Français )
La FED, nouvelle banque centrale, déjà mal inspirée !
En 1913, l'état US met fin au système de monnaie privée qui prévalait jusque là dans de nombreux états de l'union, afin de pouvoir financer par la planche à billets les déficits d'une guerre mondiale qui s'avérait inévitable, et parce que le conflit rendait impossible les transferts d'or de banque à banque. Le lien des monnaies à l'or n'est pas rompu, mais il est distendu. Dès cette époque, les économistes autrichiens, au premier rang desquels Ludwig Von Mises, prédisent que le nouveau système sera instable.
Après guerre, la FED manque de maitrise de son nouveau jouet, et augmente trop vite les émissions de dollars, par une politique de taux faibles, pour "soutenir l'expansion économique" des "roaring twenties". Il en résulte une "bulle d'actifs", laquelle oriente l'argent trop facilement gagné, entre autres, sur les marchés d'actions, en plein boom.
(je reviendrai un jour prochain sur le problème des bulles, et des politiques "bullaires" - Le mystère de la localisation des bulles -- Pourquoi celle ci s'est produite sur les actions, celle là sur les dotcom, les fonds asiatiques, ou l'immobilier ? --- reste pour moi entier...)
L'expansion monétaire provoque des craintes inflationnistes: en 1928, la FED décide d'opérer une vaste contraction monétaire qui aboutira à la disparition sur 3 ans de près du quart de la monnaie en circulation. Un tel rationnement conduit à la pénurie, dont le krach d'octobre 29 ne fut que la première manifestation, mais pas la cause. Il faut d'ailleurs noter que le PER (Price on earnings ratio) de la bourse avant le Jeudi noir était de 19, ce qui est élevé dans l'absolu, mais pas explosif.
A ce stade, vous noterez donc que ce sont des décisions d'état, et un monopole octroyé par l'état à une institution qui n'a de privé que l'apparence, qui ont créé les conditions initiales favorables au déclenchement de la crise.
Une bombe protectionniste
L'événement qui met le feu aux poudres est l'entrée en discussion d'une loi protectionniste, le smoot hawley act, qui fait anticiper aux acteurs de marché une contraction du commerce mondial, provoquant les premières hésitations de la bourse puis la panique boursière que l'on sait. Mais si ce n'était pas cette loi qui avait donné le signal de la fin de partie, ç'aurait été autre chose: les bulles finissent toujours par éclater, peu importe le signal déclencheur.
La loi sera finalement votée en 1930. Elle prévoit une augmentation des droits de douane sur plus de 3000 produits. En représailles, de nombreux pays adoptent des lois similaires. Les volumes d'échange sur les produits considérés sont massacrés. L'agriculture US, ou les constructeurs automobile, perdent tous leurs débouchés à l'export. Les surplus agricoles invendus provoquent une chute des prix des deux tiers, poussant des milliers d'agriculteurs à la faillite. La production automobile est divisée par 4 entre 1929 et 1932.
Un socialiste nommé Herbert Hoover
Rien que la promotion de la loi Smoot-Hawley devrait faire taire le mythe d'un président Hoover "libéral", adepte du laissez faire.
Mais il y eut pire.
Inquiet de la perspective de voir les salaires baisser, puisque les entreprises ne pouvaient payer, Hoover convoqua une conférence entre syndicats et patronats, qui aboutit à limiter autoritairement les baisses de salaire bien en dessous de celles enregistrées par les prix. cela entraîna un renchérissement de la main d'oeuvre qui aboutit à pousser hors du marché du travail des quantités d'employés.
Ce n'est pas fini.
Hoover augmenta considérablement les dépenses de l'état fédéral, de 16 à 21% du PIB, et distribua des "aides" et "soutiens" à qui mieux mieux. Pour ce faire, il multiplia les nouvelles taxes. Même les chèques furent taxés, ce qui eut pour effet de restreindre les opérations financières.
Désolé, je n'en ai pas encore fini avec Hoover, le soi disant héraut du capitalisme triomphant, selon l'imaginaire keynesien. Non content d'avoir endossé la politique de stop and go monétaire de la FED, d'avoir promu des lois protectionnistes, d'avoir augmenté de près d'un tiers le poids de l'état dans l'économie, et d'avoir augmenté de nombreuses taxes, il commit en 1932 l'erreur tragique d'augmenter le taux marginal d'imposition de 24% à 63% !! Plus personne n'était incité à prendre des risques et à créer de nouvelles richesses, à ce compte là.
Résultat, le taux de chômage passa de 3% en 1928 à 25% en 1933... Et encore, nombre de salariés touchaient leurs salaires très en retard. Les collectivités locales, entre autres, ne pouvaient plus payer leurs personnels.
Et Roosevelt dans tout ça ? Un candidat plutôt libéral...
Notons que pendant la campagne présidentielle de 1932, Roosevelt fit campagne contre l'interventionnisme débridé de Hoover, condamnant les dépenses "imprudentes et extravagantes", et accusant le président de mener les USA sur la voie du socialisme ! Et il avait raison.
Roosevelt promit une réduction des impôts, une réduction des dépenses publiques de 25%, un budget fédéral en équilibre, une monnaie "solidement basée sur l'or" pour éviter toute manipulation... Pas du Ron Paul dans le texte, mais pas si loin. Il promit de faire cesser de nombreuses interventions gouvernementales.
Il fut élu par 472 grands électeurs à 59 contre Hoover. Jamais sans doute un président nouvellement élu n'avait suscité autant d'espoirs à son arrivée.
... Un président élu ultra socialiste
Pourtant, dès son intronisation, il décida de faire tout l'inverse de ce qu'il avait promis, provoquant la démission de plusieurs de ses conseillers parmi les plus compétents, qui l'avaient soutenu pendant la campagne.
La liste des actions contre productives de Roosevelt est impressionnante.
Les tranches marginales d'imposition furent augmentées à 90%. Roosevelt essaya même de les porter à 99%, mais se heurta finalement au congrès. Il démonétisa totalement l'or, interdit les transactions en métal, et ordonna que le prix de l'or soit fixé par l'état.
Face à la recrudescence des faillites bancaires, il fit d'abord fermer les banques, ce qui provoqua une panique des épargnants, et 2000 faillites de banques supplémentaires.
Les dépenses budgétaires, que FDR avait promis de réduire de 25%, augmentèrent de 83% entre 1933 et 1936. La dette fédéral augmenta de 73%. Il imposa un salaire minimal qui eut pour effet de sortir plus encore les plus démunis du marché du travail.
Il fit promouvoir le Glass Steagall act, qui interdit aux banques de diversifier leurs activités. Alors que les banques canadiennes, diversifiées et pouvant opérer dans toutes les provinces de la fédération, résistèrent à cette période (rigoureusement aucune ne fit faillite), plusieurs milliers de banques US tombèrent.
L'industrie en coupe réglée...
Il créa une bureaucratie chargée de superviser une mise sous tutelle de l'industrie, par une loi appelée National Industry Recovery Act, votée en juin 1933, analysée de façon extensive par Ohanian et Cole cités plus haut. La bureaucratie en charge du NIRA, la NRA (rien à voir avec l'actuelle National Rifle association), National Recovery Administration, sorte d'organisme de cogestion des entreprises par les gouvernements et les syndicats, sous un régime de prix contrôlés, de salaires minimaux, de codes réglementaires imposés et d'embauches forcées. Le NIRA fut financé par des taxes sur les entreprises contrôlées et entraîna une augmentation des comptes de charges des d'entreprises de 40% !
Alors que l'économie avait montré des signes d'une reprise vigoureuse lors des 6 premiers mois de 1933 (hausse de l'emploi industriel de 25% !!), le NIRA allait lui donner le coup de grâce: dans les 6 mois qui suivirent sa promulgation, la production industrielle chuta de 25%. 2 millions d'entreprises et 22 millions d'employés furent concernées par le NIRA. Lawrence Reed rapporte qu'un tailleur du New Jersey fut mis en prison parce qu'il fabricait des éléments de costumes pour 35 cents alors que le code NRA prévoyait un tarif de 40 cents: et toute l'industrie était gérée de cette façon, et les méthodes des employés du NRA confinaient au Fascisme. En effet, la NRA ne pouvait éviter que se développat un important marché noir. elle eut recours à des méthodes policières musclées, fascisantes, pour faire appliquer les codes du NRA...
Cela paraît difficile à croire tant cela est en décalage avec l'histoire idyllique du New Deal que nous avons retenu de notre passage par l'école, mais toutes les sources historiques fouillées concordent: l'Amérique de Roosevelt était le siège d'un dirigisme de nature très autoritaire. L'analogie avec Mussolini, dont certains proches de Roosevelt étaient ouvertement admirateurs, n'est pas dénuée de fondement. Fort heureusement, la solidité de la constitution imaginée par les pères fondateurs de l'union permit de préserver un minimum de libertés individuelles, qui empêcha toujours un basculement vers un état pré-fascisant.
Naturellement, de nombreux bureaucrates du NRA choisirent de ne pas sévir moyennant corruption. Comme en URSS, de nombreux fonctionnaires préféraient fermer les yeux sur ces marchés parallèles et prélever une dîme au passage: la corruption a ici joué un rôle de soupape de sécurité du système pour l'empêcher de sombrer. Loin de moi l'idée de défendre la corruption, mais dans les régimes les plus sévèrement dirigés, elle est souvent le seul moyen d'acheter un peu de liberté...
Explosion de l'appareil bureaucratique
Toute l'économie fut encadrée par des bureacuraties similaires. Voici une liste non exhaustive des bureaucraties créées sous l'administration Roosevelt:
1. AAA - Agricultural Adjustment Administration
2. AMA - Agricultural Marketing Administration
3. AOA - Administration of Operation Activities
[...]
113. WPB - War Production Board
114. WRA - War Relocation Authority
115. WSA - War Shipping Administration
Ah, les emplois aidés...
Inutile de dire que la productivité de ces administrations fut pus que douteuse. L'un des volets les plus importants de la politique de FDR fut la politique des emplois aidés pour les grands travaux.
Deux administrations, la CWA puis la WPA, se succédèrent pour créer des emplois publics destinés à réaliser des ponts, des routes, des immeubles, mais aussi parfois à des tâches essentielles comme des troupes de théâtre, et autres... Si la mythologie populaire affirme que cette politque a permis de relancer l'économie US, il n'en est rien. Pour quelques réalisations spectaculaires (barrages, ponts, etc...) qui servirent d'exemple, mille autres projets, en fait, plus de 200 000, soit n'aboutirent jamais, ne furent pas achevés, ne servirent à rien (bridges to nowhere), ou furent l'occasion pour les bureaucrates en charge de leur achèvement, de toucher de juteuses contreparties occultes.
L'économie commença à respirer quand la cour suprême, dont FDR avait tenté de réduire les pouvoirs, déclara illégale la NRA et le NIRA, ainsi que son équivalent dans l'agriculture, l'AAA, en 1936. La cour a joué un rôle important dans cette période, constituant souvent le dernier rempart contre les atteintes répétées de l'administration Roosevelt contre les libertés individuelles.
Mais les hausses d'impôt sur les sociétés, les nouvelles instances de représentation syndicales, et quelques autres créations de l'administration Roosevelt, eurent tôt fait de stopper l'embellie toute relative. Le chômage, malgré les mesures de travail artificiellement fourni par l'état, resta supérieur à 15%, pour remonter à 18% à la veille de la guerre.
Je passe sur les détails de nombreuses autres politiques socialistes aux relents fascisants mises en place par FDR. Les relations entre syndicats, employeurs et bureaucraties tournaient souvent à la confrontation, parfois dure. Un employeur qui résistait au diktat conjoint de l'état et des syndicats risquait parfois plus que son entreprise...
Le secrétaire au trésor de FDR, un certain Henry Morgenthau, écrivit dans son journal privé que "non seulement ce gouvernement n'avait tenu aucune de ses promesses, qu'il y avait autant de chômage et plus de pauvreté qu'à leur arrivée, et que la seule évolution notable des années FDR fut celle de la dette publique qui avait explosé".
Ah, et FDR a légué à l'Amérique Fannie Mae. Le monde continue de payer, d'une certaine manière, les tragiques erreurs de FDR.
Il y a certains trucs qui me piquent les yeux et avec lesquels je ne suis pas d'accord (comme le glass steeagle act ou le taux d'imposition des plus riches). Mais il y a d'autres choses en revanche qui me semblent assez pertinentes.
Notamment le fait que le mal a été fait avant, le temps de la montée de la bulle de crédit de mauvaise dette et de "mal investments". Et après, forcément, quel que soit le chemin choisi, c'est douloureux de purger de telles bulles de fausse monnaie...