lundi 7 juin 2010

The Economist : Time for a rent cut

Un article de The Economist qui se pose la question de pourquoi la finance prélève une rente si indécente sur l'économie pour faire son travail d'intermédiation.
Time for a rent cut
The Economist, 03/06/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.economist.com/businessfinance/displayStory.cfm?story_id=16274625&source=features_box1
WHY do people who work in finance earn more than most other people? It is a question that concerns politicians, as they debate reform of the industry. It ought also to worry those millions who, as savers and borrowers, are consumers of the industry’s products.

As evidence of the industry’s lack of competition, Mr Smithers points to its increasing concentration. The proportion of bank assets held by the three biggest American banks has tripled since 1994. It is far from clear that this concentration is healthy for the rest of the economy; Mr Haldane cites research showing that economies of scale peak when banks have $5 billion-10 billion of assets.

Pour ma part, j'ai une petite idée sur la question. Exemple typique, bien français celui là : quand vous placez votre argent sur un livret A/LDD, la banque est rémunérée 0,6% de l'encours de votre livret (quasiment deux fois le taux actuel que vous touchez), juste pour gérer un chiffre dans une base de données  

Comme si l'État n'était pas capable de court-circuiter les banques et de gérer lui même un site web où les citoyens auraient un livret A par numéro de sécu, ou un système du genre.

Pour les assurances vie, ça devrait pouvoir marcher pareil avec des particuliers ayant accès en direct très simpement aux obligations d'État par le même site que pour le livret A.

Pour beaucoup de leurs métiers, les banques sont dans des positions de grossistes qui ne sont plus justifiées. Pour tout ce qui consiste à prêter à l'État ou aux grandes structures, nul besoin des banques. Il n'y a aucun travail d'intermédiation nécessaire. Le risque est déjà pricé ouvertement par le marché et directement disponible.

EDIT : Comme on me l'a fait remarquer dans un commentaire, le chiffre de 2% était erroné. Je l'ai corrigé à sa valeur actuelle.

Regain de tension entre les banques

Regain de tension entre les banques
Le Figaro, Guillaume Guichard, 07/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/06/07/04016-20100607ARTFIG00427-regain-de-tension-entre-les-banques.php#xtor=AL-5
«Il existe un risque élevé que nous nous dirigions vers une crise comme celle que nous avons connu après la faillite de Lehmann Brothers», analyse Christoph Rieger, de Commerzbank, cité par l'agence Bloomberg. «Aussi longtemps que les banques ne sauront pas quelle est l'exposition de chacune sur les pays qui risquent de faire défaut (Grèce, Hongrie, NDLR), elles seront réticentes à se prêter entre elles et placeront leur argent auprès de la BCE.»

Youhou ! C'est la reprise !

Pyramide des besoins de Maslow



A vous de cocher  

Niches fiscales

Pour rééquilibrer le budget, faites votre choix (c'est en millions d'euros) :



C'est issu de ce document là : http://www.performance-publique.gouv.fr/farandole/2010/pap/pdf/VMT2-2010.pdf

De l'égoïsme des "baby-boomers" sur les retraites

De l'égoïsme des "baby-boomers" sur les retraites
Elizabeth Pineau, Reuters via Le Monde, 07/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/depeches/2010/06/07/de-l-egoisme-des-baby-boomers-sur-les-retraites_3208_38_42649227.html
Génération gâtée, les "baby-boomers" ont tout eu hier mais ne veulent rien céder aujourd'hui : l'universitaire Bruno Palier ne comprend pas l'égoïsme des 58-65 ans à l'heure de la réforme des retraites.

Pour le chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le gouvernement a tort de préserver "la classe la plus riche de France" dans la réforme des retraites

"Je pense qu'il y a une injustice profonde à ne rien leur demander"

"Le niveau de patrimoine des plus de 50 ans excède de plus de 50% le patrimoine moyen, leur revenu disponible net excède de plus de 15% le revenu moyen"

"Aujourd'hui nous sommes confrontés à un égoïsme générationnel tout à fait choquant de la part 'baby boomers' qui ont eu la chance de naître au moment où ils sont nés"

Quarante ans plus tard, un jeune sur quatre est au chômage - 23,0% des 15-24 ans au premier trimestre 2010 - dans un contexte de crise et de précarité.
Tout le contraire des années actives des "baby-boomers" qui ont bénéficié d'une "progression de salaires forte parce que la génération précédente disparaissait", sans oublier "un accès à un marché de l'immobilier extrêmement favorable dans un contexte d'inflation élevé".
"Aujourd'hui ces gens-là partent en retraite avec de bonnes pensions et un patrimoine"

"Ces gens-là refusent de participer à la solidarité collective qui nécessiterait aujourd'hui d'investir dans les jeunes qui sont trois fois plus pauvres qu'eux, et dans les enfants", dit-il.

"Or il serait dans l'intérêt de tous, y compris les retraités, de s'assurer que les jeunes puissent avoir un bon boulot demain pour financer les retraites".

Et après eux le déluge   

Le G20, un extraordinaire succès

G-20 an Amazing Success; Another Look at the Impossible
Mish's Global Economic Trend Analysis, Mike Shedlock, 06/06/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://globaleconomicanalysis.blogspot.com/2010/06/g-20-amazing-success-another-look-at.html

Mike Shedlock note que contrairement aux autres G20, la presse explique que c'est un fiasco. (Là où ces mêmes médias criaient à la victoire lors des ridicules G20 précédents  ).

Puis 4 articles expliquant que le G20 a été un fiasco et que chaque pays n'en fait qu'à sa tête :

  G-20 Coordination Fails as Governments Clash on Recovery Recipe.
‘Who Will’ Buy?

“If everyone’s expecting to export their way out of trouble, who will be buying?” said Alvin Liew, a Singapore- based economist for Standard Chartered Plc. “Countries may resort to inward-looking policies and protectionist sentiment.”

  Merkel Says Recovery Can’t Trump Cutting of Budget Deficits
The German government “believes we must not achieve growth at the expense of high deficits,” Merkel told a news conference. Treasury Secretary Timothy Geithner, who attended a meeting of G-20 finance chiefs in South Korea that ended today, called on Japan and European countries such as Germany to boost domestic demand to complement the U.S. “shift towards higher savings.”

  Merkel Seeks ‘Decisive’ German Cuts as Geithner Urges Spending
“It’s not exaggerated to say that this Cabinet conclave will give important direction for Germany in coming years, years that will be decisive,” Merkel told reporters today before the meeting in the Chancellery. “We can only spend what we receive in income.”

The Defense Ministry said last week there are “no taboos” when it comes to potential savings, including a possible reduction in the army’s size by 100,000 active-duty soldiers plus scrapping conscription.

Tax rises, welfare cuts and the loss of about 10,000 civil servant posts are among other measures being considered,

  ECB Advocates Tightening as U.S. Urges Domestic Demand Growth
European Central Bank President Jean- Claude Trichet and Treasury Secretary Timothy F. Geithner diverged on prescriptions to sustain growth, with Europe set to tighten budgets and the U.S. seeking stronger domestic demand.

International Monetary Fund estimates backed up Geithner’s concern. Managing Director Dominique Strauss-Kahn said at a press briefing that efforts to cut budget deficits in rich countries could hurt growth over the next two years. Stimulus measures implemented in the last two years that haven’t expired yet should remain in place in advanced economies, he said.

A study by the fund showed that fiscal consolidation, without market deregulations that would bolster domestic demand, could shave as much as 2.5 percentage points off global growth and cost 30 million jobs worldwide.

Alors pourquoi ce G20 est-il un succès ? Parce que déjà, contrairement aux shows précédents, on y parle des vrais problèmes du monde. Et c'est pour ça que ça frotte beaucoup plus.

Mish note les points positifs :
That's a good question so let's highlight the positives.

Defining G-20 Success

  Merkel and Trichet politely told Geithner to go to hell. Given that Geithner needs to be fired, this is a positive event.
  Europe is more concerned about sovereign debt issues than stimulating growth. Only fools like Geither and the IMF would argue against that.
  No one paid any attention to Geithner or the Keynesian clowns at the IMF, most notably, IMF Managing Director Dominique Strauss-Kahn.
  There was no agreement on a universal bank levy. A universal tax is the wrong approach to risk management and it punishes banks with good lending practices.
  Geithner made a complete fool out of himself.
  A dozen cheers for German Chancellor Angela Merkel who said “We can only spend what we receive in income.” Finally Someone gets it.

What more could you possibly ask for?

Maintenant, personnellement, je me demande surtout sur le dos de qui ils vont faire porter le fardeau de la rigueur. Et si ils vont nous jeter dans une sorte de déflation Laval nouvelle version, qui fera s'effondrer la consommation au niveau mondial et exploser le chômage, ou bien s'ils demandent aux plus riches de porter leur part du fardeau en leur demandant de recracher un peu de leur festin orgiaque de ces 10 dernières années.

“If everyone’s expecting to export their way out of trouble, who will be buying?” Countries may resort to inward-looking policies and protectionist sentiment.”

As a result of reckless over-spending by nearly every country on the planet, it is impossible to both save and spend at the same time. Saving is the correct thing to do, even though it means more near-term pain.

Geithner needs to be fired. He is hopelessly out of touch with reality. That everyone ignored him at the G-20 conference is not only a step in the right direction, it is the absolute best one could ever expect to come from an economic summit.

Quant au fait que tout le monde va chercher à exporter chez son voisin, Mish explique comme tous les durs de durs, que c'est la purge nécessaire de la dette avant de pouvoir repartir...

Et à noter aussi que les lobotomisés qui se croient keynésiens et qui appellent à toujours plus de dette pour régler ce problème de dette, sont passés cette fois au mieux pour des abrutis finis, au pire pour de dangereux psychopathes.

Heureusement que cette crise n'a absolument rien à voir avec 1929...

On en est encore qu'au début du grand rééquilibrage du monde.

Il n'y a plus qu'à attendre l'équivalent moderne de la dévaluation de 1934 du $ par rapport à l'or, qui n'était rien d'autre qu'un défaut sur la dette. Peut-être qu'en forçant sur le quantitative easing, ça reviendra au même.

Peut être même qu'on verra revenir l'équivalent mondial de la grande redistribution des richesses du New Deal, et un taux d'imposition des plus riches à 94 %. Mais là dessus, j'ai de gros doutes...

Roubini et le double dip, au moins pour l'Europe

Ha ben Nouriel, elle est où la reprise en U ?  

L'économiste Nouriel Roubini n'exclut pas une nouvelle récession dans la zone euro
La Tribune, 06/06/2010 (en Français texte en français )
http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20100606trib000516712/l-economiste-nouriel-roubini-n-exclut-pas-une-nouvelle-recession-dans-la-zone-euro.html
"Ce risque (de nouvelle récession) existe, du moins pour la zone euro. La croissance va être nulle et même si ce n'est pas une vraie récession, ce sera ressenti comme tel. La Grèce n'a été que le sommet de l'iceberg"

"Et les Américains iront également droit dans le mur à un moment donné s'ils continuent dans la même voie"

Ce n'est pas la fin de la crise !
Nouriel Roubini, 14/05/2010 (en Français texte en français )
http://www.project-syndicate.org/commentary/roubini25/French
L'Histoire montre qu'au bout d'un certain temps les crises financières se métamorphosent. Celle que nous avons récemment subie a été initiée par une dette excessive et un recours excessif à l'effet de levier parmi les acteurs du secteur privé (les ménages, les banques, les institutions financières et les entreprises). Cela a abouti à un nouvel endettement externe du secteur public, alors que les plans de relance budgétaire et la collectivisation des pertes privées (les plans de sauvetage) ont accru dangereusement les déficits budgétaires et le volume de la dette publique.

La relance budgétaire et les plans de sauvetage ont peut-être été nécessaires pour éviter que la Grande récession ne se transforme en une Grande Dépression II, mais quand à la dette privée on ajoute une dette publique, la note à payer est élevée. Hausse des impôts et baisse des dépenses sont alors indispensables pour combattre déficits et dettes colossales. Passage obligé pour éviter une crise budgétaire, l'austérité freine la reprise économique à court terme. Si l'on ne lutte pas contre le déficit budgétaire par la baisse des dépenses et l'augmentation des rentrées d'argent dans les caisses de l'État, il reste seulement deux options : l'inflation pour les pays qui font des emprunts dans leur propre devise et peuvent de ce fait monétiser leur déficit, et le défaut de payement pour les pays qui empruntent des devises étrangères ou ne peuvent imprimer la leur.

On sait quelles sont les mesures à prendre pour éviter les désastres budgétaires, mais le principal obstacle à la consolidation et à la discipline budgétaire partout dans le monde est la faiblesse des gouvernements et leur manque de volonté politique pour imposer l'austérité. L'impasse politique à Washington et au Congrès américain montre l'absence de volonté commune aux républicains et aux démocrates pour traiter le problème budgétaire américain. Au Royaume-Uni, un Parlement sans majorité a abouti à un gouvernement de coalition qui aura des difficultés à appliquer la discipline budgétaire.

En l'Allemagne, après le sauvetage de la Grèce la chancelière Angela Merkel a subi une défaite électorale dans un État clé. Au Japon, un gouvernement faible et inefficace nie la gravité du problème auquel il est confronté. En Grèce même, éclatent des émeutes et des grèves. Dans les autres pays en difficulté (le Portugal, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne), l'austérité sera politiquement et socialement douloureuse. Aussi les contraintes politiques pourraient faire obstacle à la discipline budgétaire et aux réformes structurelles.

Nous allons sans doute vivre encore longtemps dans une économie de crise. Pire encore, à l'image de médicaments toxiques, les mesures prises pour combattre la crise financière ont été en partie contre-productives. Elles ont affaibli le malade et l'ont rendu dépendant de produits dangereux et moins résistant à de nouvelles souches d'un virus qui dans certains cas peut se révéler mortel.

Pas mal d'enfonçage de porte ouverte, il ne prend pas beaucoup de risques, mais ça fait jamais de mal de rapeller tout ça :

Les nouveaux pronostics de Nouriel Roubini, le "Dr Catastrophe"
L'Express, 19/05/2010 (en Français texte en français )
http://www.lexpress.fr/actualite/economie/les-nouveaux-pronostics-de-nouriel-roubini-le-dr-catastrophe_893326.html
La récession n'a pas été provoquée par un resserrement monétaire : ce fut une "récession bilancielle" due à une accumulation vertigineuse de dette. Les travaux récents de Carmen Reinhart et de Kenneth Rogoff ont montré qu'une récession bilancielle pouvait conduire à un redressement peu marqué en raison du désendettement simultané de tous les secteurs de l'économie. Cela prendra un moment.

"recession bilancielle" ou "balance sheet recession". Richard Koo inside.

L'Union monétaire européenne pourrait se disloquer si [ses] divergences économiques persistaient et s'approfondissaient. [...] Aucune union monétaire n'a jamais survécu en l'absence d'union budgétaire et politique.

La Californie et beaucoup d'autres États des Etats-Unis sont confrontés à des crises budgétaires , mais une forte tradition de fédéralisme ainsi que des dispositions du code des faillites permettent de traiter certains de ces problèmes locaux au niveau national.

La mondialisation pourrait finalement provoquer des crises bien plus fréquentes et virulentes. La vitesse à laquelle le capital financier et les capitaux spéculatifs peuvent entrer et sortir d'économies ou de marchés particuliers a accru la volatilité des prix des actifs et la virulence des crises financières.

Mais alors que la finance est devenue mondiale, sa régulation demeure une affaire nationale. Tout cela augmente la probabilité de crises futures susceptibles de prendre une dimension mondiale. La crise récente a ouvert une ère de "Grande Instabilité" plutôt que de "Grande Modération".

La formation et l'explosion de bulles d'actifs pourraient se succéder à un rythme plus rapide; les crises de dimension mondiale pourraient quant à elles se produire plus souvent qu'une ou deux fois par siècle. [...] Alors que s'éloignait la pire crise financière depuis la Grande Dépression, les responsables publics et les experts ont été nombreux à faire remarquer qu'"il est terrible de gâcher une crise".

C'est vrai. Nous planterons les germes d'une crise plus destructrice encore si nous négligeons cette occasion de mettre en oeuvre les réformes nécessaires.

Et une vidéo où il reprend dans une conférence tout ce qui est dit dans l'article de l'Express au dessus :
Nouriel Roubini: A Crash Course in the Future of Finance
via The Big Picture04/06/2010 (en Anglais texte en anglais )
http://www.ritholtz.com/blog/2010/06/nouriel-roubini-a-crash-course-in-the-future-of-finance/


Avec la mondialisation, il va falloir s'attendre à une volatilité extrême, des bulles et des crises permanentes... Désormais, en tant que petits poypoys, on ne va plus épargner, on va tous devoir spéculer...  

PIIGS et debt deflation

Un graphe intéressant d'avril dernier, de l'inflation sous jacente pour les deux groupes de plus en plus divergents de la zone euro.

On voit que les PIIGS filent vers la déflation.
Les pays périphériques de la zone euro confrontés à la déflation
L'AGEFI, Florence Guédas, 29/04/2010 (en Français texte en français )
http://www.agefi.fr/articles/Les-pays-peripheriques-zone-euro-confrontes-deflation-1133417.html
La chute de l’inflation sous-jacente en Grèce, Irlande et Espagne explique en grande partie la baisse de l’indice sous-jacent dans l’ensemble de la zone euro.



Europe : crise de confiance

Personne ne sait vraiment dans quels bilans se trouvent les prêts toxiques accordés aux PIIGS. Et rien qu'Espagne, Grèce et Portugal, il y en aurait pour 2 200 milliards d'€  

La France est exposée à hauteur de 230 milliards :

On The Trail Of Europe's "Mysterious" $2.6 Trillion In Toxic Debt
New York Times via ZeroHedge, 06/06/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.zerohedge.com/article/trail-europes-mysterious-26-trillion-toxic-debt


The problem is, alas, that no one — not investors, not regulators, not even bankers themselves — knows exactly which banks are sitting on the biggest stockpiles of rotting loans within that pile. And doubt, as it always does during economic crises, has made Europe’s already vulnerable financial system occasionally appear to seize up. Early last month, in an indication of just how dangerous the situation had become, European banks — which appear to hold more than half of that $2.6 trillion in debt — nearly stopped lending money to one another.

S'ils devaient monétiser tout ça...  

Sur la mondialisation

En réponse à un post indiquant que la chasse aux riches allait tout solutionner (et donc le protectionnisme avec) :

J'ai quand même de gros doutes pour cette fois. C'est trop simple et trop binaire comme façon de voir. Le monde a changé. Et puis, tout le monde en a mangé de ce gâteau là. On a tous acheté de la merdouille mondialisée fabriquée en Chine. On est tous un peu coupables.

Et puis c'est vrai que c'est vraiment mondialisé maintenant. C'est inextricable. Je crois qu'on n'imagine pas en effet le bordel et le nombre de pays qui participent dans le moindre produit un peu élaboré.

Du coup, le côté "traitre à la patrie", j'ai du mal à voir cette mayonnaise là prendre. Y a quelque chose qui sonne trop siècle d'avant là dedans.

Après, si les riches sont vraiment trop cupides et refusent le moindre sacrifice spontané, alors oui, ce refrain pourrait retrouver des relans millénaristes. Mais personnellement, ce n'est vraiment pas comme ça que j'imagine la chose.

Sur le très très long terme, pour l'occident, ça sent la déflation lente, avec ou sans montée des inégalités. Création d'une classe moyenne mondiale uniforme, ayant accès à la consommation, désormais beaucoup plus contrainte par les ressources que par la bonne répartition des richesses. Appauvrissement de l'occident (absolu ou relatif, c'est selon l'ampleur réelle du manque de ressources). Montée en puissance progressive des monnaies des pays émergents face à un $ et un € déclinants. Les actifs, eux, sont de plus en plus inaccessibles à la population de l'ancienne classe moyenne occidentale, déclassée. L'immobilier et les infrastructures se délabrent.

Soit le déclin est refusé, et on a la roumanification. Devant cette rareté, en occident, les mentalités se durcissent, la solidarité étatique est progressivement remplacée par une solidarité de clan, l'humanisme régresse, la violence augmente.

Soit le déclin est accepté, on fait avec, et on fait en sorte de travailler plus, d'avoir moins d'accessoire, mais on peut conserver notre modèle social.

Mais tout dépendra du niveau de rareté. Si au final, il se trouve qu'il n'y a pas de rareté du tout, alors on aura un déclin tout relatif, et même un progrès en absolu. Et c'est alors que le monde est en transition en attente d'accoucher d'un nouvel âge.

Car quelle que soit cette rareté, j'imagine que cette mondialisation va faire rentrer l'humanité dans une nouvelle étape de son histoire. Et que la planète va devenir une sorte de petit village. On le sent vraiment poindre ça. On le touche du doigt. Surtout chez les élites, le matin à Singapour, le soir à Tokyo, le lendemain à Londres... L'humanité va alors arriver à se penser elle même comme un seul tout, à se penser un projet global. La conquête de l'espace va prendre du sens dans ce monde là.

J'imagine que c'est ça leur projet mondialiste qui déchaine les pires fantasmes, ou ce qu'ils appellent le New World Order, les délires de la société fabienne et tout le tintouin. On est en passe de vivre un bouleversement. L'histoire va basculer. Non pas en mode panique à la Alex Jones et ses délires de génocides FEMA style. Mais on le vit nous mêmes tous les jours, avec Internet, le monde qui se rétrécit un peu plus chaque jour, la consommation qui s'uniformise, les multinationales aux produits uniformisés présents dans tous les pays, les mêmes séries américaines tout autour de la planète, l'anglais parlé partout...

Et nous petits occidentaux, du mauvais côté du deal, en attente de déclassement, on passera juste pour des cocus et un vague gravier dans l'immense godasse de l'histoire.