jeudi 27 mai 2010

Todd : Retraites et protectionnisme européen

Une interview vraiment à lire d'Emmanuel Todd qui, pour le coup, a tout compris à la mondialisation :

Emmanuel Todd : « Le débat n'a aucun sens »
Le progrès, 23/05/2010 (en Français texte en français )
http://www.leprogres.fr/fr/france-monde/article/3187674/Emmanuel-Todd-Le-debat-n-a-aucun-sens.html
En termes d'économie immédiate, la question des retraites n'a aucun sens. Le gouvernement veut donner l'impression qu'il affronte la réalité, la vérité est qu'il fuit la réalité.

Nos sociétés développées sont globalement très riches, très éduquées et âgées. L'âge médian (qui partage la population en deux moitiés) est d'environ 40 ans en France, de 44 ans en Allemagne et au Japon. Si vous enlevez tous les enfants et adolescents qui n'ont pas le droit de vote, vous obtenez un âge médian pour l'électorat qui est encore beaucoup plus élevé… Je précise aussitôt qu'avec mes 59 ans, je fais partie de la masse centrale de ces « croulants ». Nos sociétés ont donc des préoccupations de gens âgés, qui approchent de la retraite.

Et pourquoi serait-ce grave ?

Le vrai problème de la France, c'est la disparition de notre industrie, les délocalisations d'entreprises, la stagnation du niveau de vie. A terme, si nous ne faisons rien, notre société est menacée d'appauvrissement, ce qui remettrait complètement en question toutes les décisions qu'on prépare sur les retraites. Dans ce décalage temporel, ce qui me choque le plus, c'est la place épouvantable qui est faite aux jeunes : ils ont en général un niveau d'études beaucoup plus élevé que les générations précédentes, et ils sont maltraités en termes d'emploi et de salaire. Or je suis désolé d'être obligé de le rappeler : l'avenir d'une société, ce sont ses jeunes, pas ses vieux !

Je n'ai pas de passion particulière pour les jeunes, je trouve les enfants extraordinaires, mais les adolescents sont fatigants - et je sais de quoi je parle. Non, je parle en historien. J'aime bien mon pays, j'ai envie que son histoire continue, et cette histoire sera faite demain par les jeunes d'aujourd'hui.

Les premières victimes de la crise sont les ouvriers, qui sont en train de disparaître avec notre industrie, et l'on va d'ailleurs se rendre compte que ce sont les ouvriers qui étaient les véritables créateurs de la richesse du pays. Jusqu'à il y a quelques années, ces ouvriers faisaient grève pour protéger leur outil de travail. Maintenant, ils se battent pour négocier leurs conditions de départ. Leur attitude est très analogue à celle des dirigeants d'entreprise qui essaient de s'en mettre plein les poches, à coups de stock-options ou autres, avant de se faire éjecter… C'est une ambiance d'Apocalypse Now, d'après moi le déluge.

L'euro est mort ?

Oui, si l'Europe n'est pas capable de sortir de la crise par le haut, par la mise en place d'un protectionnisme au niveau du continent. Mais comme c'est très difficile, le plus probable est la disparition de l'euro, de manière ordonnée ou dans la pagaille.

La première victime en serait l'Allemagne, mais on voit se reproduire l'attitude habituelle des dirigeants français : on se rebelle, car on voit bien que nos intérêts ne sont pas les mêmes, et puis on finit par se coucher. Ce qu'ils ne voient pas, c'est que nous sommes dans une crise sans fin, dont on ne sortira qu'en changeant de logiciel, en prenant la voie du protectionnisme européen.

Les ventes de pièces d'or continuent d'augmenter

C'est fou comme les gens ont confiance dans la reprise  

European Debt Crisis Spurs Jump in Sales of U.S. Gold Coins
Wall Street Journal, 26/05/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704026204575266943235384822.html?mod=wsj_india_main
Sales of gold coins by the U.S. Mint have risen to their highest levels since December 2008, with coin dealers reporting that business is booming thanks to demand from investors unnerved by Europe's sovereign-debt problems and a sharp decline in stock markets.

So far in May, the U.S. Mint has sold 158,000 one-ounce 2010 American Eagle bullion coins, according to the agency's website. This is already more than double the full-month total of 65,000 for May 2009.

"We've seen a tremendous uptick in investors looking toward gold for their portfolio," said David Beahm, vice president for marketing and economic research with New Orleans-based coin dealer Blanchard and Co. "It's been like that for a couple of years now. But just over the last two or three weeks, it has exploded."

His company's gold-bullion coin sales are up 60% so far for this year compared to 2009. He described the current demand as the strongest since the aftermath of the Lehman Brothers collapse in autumn of 2008.

He described a tightening coin market in which buyers are holding on to the coins rather than turning around and selling as the price of gold keeps rising.

"There is no secondary market," he said. "They [coin holders] are motivated by fear, not greed. So when you're afraid, you hold on and don't let go."

Greeks give new meaning to idea of sovereign wealth
Times Online, 25/05/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://business.timesonline.co.uk/tol/business/economics/article7135543.ece
Now they are being used as a physical hedge against fears that Greece may leave the eurozone. For weeks buyers have been queuing patiently in the central bank’s main downtown Athens office, prepared to shell out nearly €273 per piece, up from €243 at the start of May and €180 last July.

Central bank officials estimate that while Greek demand for the distinctive bullion has been rising by 10 per cent a year since 2008, its price has been soaring by more than 50 per cent.

The growing run on the bullion sovereign has spawned a thriving black market: in addition to about 50,000 sold legally by the Bank of Greece in the first four months of this year, officials estimate that at least 100,000 have changed hands on the black market at prices of up to €300.

Et plus je lis ce genre de trucs, alors qu'il apparaît de plus en plus clair qu'on est partis pour sombrer dans la déflation et que le cash va être roi (car le seul actif légalement en mesure de solder cette orgie de dette), j'ai de plus en plus envie de revendre un peu de mon assurance métaux précieux...  

Le NYT pose ouvertement la question d'une bulle chinoise

Merci à resterzen pour avoir déniché cet article du NYT, sur la bulle chinoise.

La Chine y est montrée comme le Japon de la fin des années 80. Et vu le documentaire "un oeil sur la planète" de l'autre jour, comme le Japon en son temps, c'est clair que ce pays croule sous les mauvais investissements et les mauvaises dettes visiblement.


  resterzen : Un article court mais intéressant, qui a le mérite de rappeler deux choses (tout n'est pas dans l'article) :

- La "sinomania" actuelle n'est pas différente de la "nippomania" d'il y a 20 ans. Pour avoir vécu cette période, je peux témoigner qu'il y a beaucoup de similitudes.

- Le modèle de croissance chinois n'est pas soutenable sur la durée. La Chine devra nécessairement "occidentaliser" son modèle socio-économique. Cette mutation prendra du temps et les Chinois seront rapidement confrontés aux mêmes difficultés que les nôtres.

Chinese Economy Treads Risky Path. (Ask Japan.)
New York Times, Michael Wines, 25/05/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.nytimes.com/2010/05/26/world/asia/26beijing.html?ref=asia
China’s rise is doubtless an economic miracle. But like Japan’s, China’s state-driven economic model may prove more useful in earlier stages of development than in guaranteeing sustained growth well into the future.
For much of the postwar 20th cen tury, Japan built an empire of private companies closely tied to and favored by the state. It erected a trade colossus whose exports were pumped up — American critics said — by an artificially depressed yen. Japanese manufacturers were accused of arrogating American technologies to churn out low-cost electronics. Japan’s retail and financial markets were all but impenetrable to American competitors.
China is different in two respects that may seem contradictory. On one hand, major industries like oil, telecommunications, banking and aviation are deemed strategic and are under tight state control. Of the 22 Chinese corporations listed on the Fortune Global 500, 21 are controlled by China’s central government or state-run banks. Just one, Shanghai Automobile, is run by a local government. None are privately owned. [...] These “national champions,” as the government deems them, are the vanguard of China’s push into global markets, and the evangelists of Chinese economic values.

On the other hand, light industry, retailing and the nation’s booming export sector are more free to play by Adam Smith’s rules. In contrast to Japan, in China Western retailers and consumer goods, from Wal-Mart to Snickers to Tesco, are ubiquitous and compete vigorously with homegrown competitors. And many of China’s leading exports, like iPods and Nike sneakers, are manufactured by or for foreign multinationals that retain most of the profits from their sale.

Less clear, many economists allow, is how long this formula will work. China itself is rapidly changing: already, low-cost competitors like Vietnam are siphoning some of the labor-intensive industries that powered Beijing’s rise. The worldwide economic slowdown and the fact that China already dominates some crucial industries suggest that it can no longer count on ever-rising exports as a major source of growth.

Beijing has pledged to ease its reliance on exports by raising domestic consumption. But that requires a turnabout in spending habits by a population accustomed to saving for contingencies, like education and medical care, rather than spending. Turning that around may take time.

And then there is China’s debt. Some influential economists argue that China has grown in part by seizing people’s savings to finance high-speed trains, steel factories and speculative real-estate investments.

How productive that state-led investment will turn out to be is a matter of debate. It has clearly aided China’s development up to now. But just as exports cannot increase endlessly, at some point the returns from building new roads and factories are likely to diminish as well.

Retraites : ça va se régler au pouvoir de nuisance et au corporatisme

Comme toujours...   

Et on retartine une couche sur le gros tas de rustines innomable qu'on appelle la France. Quand l'exception devient la règle :

RETRAITES - Les régimes spéciaux épargnés par la réforme
Le Point, 26/05/2010 (en Français texte en français )
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-05-26/retraites-les-regimes-speciaux-epargnes-par-la-reforme/916/0/459177
La réforme des retraites en France qui va reporter l'âge légal de la retraite , fixé actuellement à 60 ans, ne concernera pas dans l'immédiat les salariés des régimes spéciaux, notamment de la SNCF. C'est ce qu'a déclaré mercredi le ministre du Travail Éric Woerth à la veille d'une journée de grèves et de manifestations où est attendue une forte mobilisation des bastions syndicaux, notamment à la SNCF.

La roumanification, ça ne va pas être à chacun selon ses moyens, ça va être à chacun selon son pouvoir (de nuisance)...

Et pendant que nos vieux ont bien l'intention d'en découdre pour exiger qu'on continue à dépecer une jeunesse déjà exsangue :
Le débat sur les retraites occulte celui sur l'horizon bouché de la jeunesse, par Louis Chauvel
Le Monde, Louis Chauvel, 26/05/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/26/le-debat-sur-les-retraites-occulte-celui-sur-l-horizon-bouche-de-la-jeunesse-par-louis-chauvel_1363297_3232.html
Au dernier trimestre 2009, le taux de chômage des jeunes a battu un record historique : 24 %

Au-delà des indicateurs de la conjoncture, les questions structurelles préoccupantes pour le long terme de notre pays s'accumulent et nous ne voyons dans ce contexte avec quels moyens les nouvelles générations pourraient améliorer leur sort.

L'échec de la France à l'entrée dans la société de connaissance, la misère de l'université low cost, la situation toujours plus problématique de nos banlieues,[...]

Mais tout cela semble ne compter pour pas grand-chose par rapport au seul enjeu qui passionne le public : celui de l'avenir de "notre retraite".

La réalité est que jamais le taux de pauvreté des seniors n'a été aussi bas par rapport à une jeunesse paupérisée. Jamais leur revenu moyen n'a dépassé si nettement celui des générations de travailleurs, jamais leur patrimoine net moyen accumulé n'a été aussi élevé, comparé à celui des nouvelles générations. Jamais le taux de propriété ne les a mieux protégés de la crise du logement vécue par les jeunes. Jamais le taux de suicide des jeunes retraités n'a été aussi faible, relativement à celui des quadragénaires. Jamais ils ne sont partis plus longtemps en vacances, aussi, alors que, depuis 1979, cette pratique a régressé chez les adultes d'âge actif.

Du point de vue de la justice sociale, les retraités aisés doivent contribuer, mais, d'un point de vue pragmatique, ils en seront exonérés. C'est ici la conséquence du fonctionnement politique français, fondé sur un faux libéralisme qui réserve la liberté à ceux qui peuvent l'acheter et sur un faux socialisme qui a oublié ses enfants.

Le scénario gris foncé de l'avenir des générations de jeunes actifs d'aujourd'hui se confirme. Il en résultera que les jeunes travailleurs d'aujourd'hui sont destinés à se contenter de faibles salaires nets, à rester les victimes d'un coût du travail exorbitant, à bénéficier au bout du compte de maigres pensions, à un âge tardif, dans un contexte où les négociations sur l'aménagement de postes de travail et de conditions moins pénibles pour les actifs vieillissants seront esquivées. Tous ces constats portent vers cette conclusion : les nouvelles générations doivent faire un effort considérable de lucidité de long terme, de façon à comprendre que ce monde qui se fait politiquement sans elles se fera contre elles. Ces déséquilibres massifs exigeront bientôt un lourd réajustement : ce sera le retour du pendule. Mais l'injustice suscite l'injustice, avec l'émergence de générations doublement sacrifiées, dans leur jeunesse d'abord, puis dans leur séniorité ensuite. C'est écrit, pour 2025.

Mais c'est pas grave, les régimes spéciaux sont sauvés  C'est l'essentiel. Les syndicats peuvent être satisfaits.

Après tout... Puisque les vieux veulent la guerre, faisons tous péter le taux d'épargne de chinois, à 40% de nos revenus. Et en étant locataire en plus, histoire de bien nous enfoncer dans la déflation en refusant de créer du jus de dette... Révolte passive et grève de la consommation. Il faut assécher le système, le foutre en faillite. Après l'émigration, c'est le seul pouvoir qu'il reste aux jeunes.

Leur système social français, les "acquis sociaux", ce n'est pas pour nous. Il faut faire table rase de leur tas de rustines. Il n'est fait que pour les vieux, pour leur assurer que jusqu'au bout du bout, ils auront quoi qu'il arrive la belle vie dorée qu'ils se sont tous promis entre eux en 68. Dussent leurs propres gamins avoir des vies sacrifiées pour leur payer leurs thalassos et leurs trois croisières par an. Et après eux le déluge.

France : Moral des ménages

On sent très très fort la reprise :



Les chiffres de l'INSEE sont disponibles ici : http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=20&date=20100527